Kassory à la PrimatureLe bilan des 100 premiers jours de Kassory Fofana à la tête de la Primature continue d’être scruté par nos compatriotes. Pendant que les avis divergent sur la question, Sékou Koundouno de la Cellule Balai Citoyen pense que ce bilan est mi-figue, mi-raisin. Il l’a dit dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com, hier, jeudi 30 juin 2018.

Guineematin.com : quel regard jetez-vous sur la prestation de Kassory Fofana depuis sa prise de fonction le 24 mai dernier ?

Sékou Koundouno : ce bilan, il est très difficile de l’apprécier, dans la mesure où les cent premiers jours de gouvernance d’une entité ou d’une personne physique consistent à élaborer les politiques, les orientations, et choisir des hommes et des femmes, créer des services, faire en sorte que tout l’arsenal étatique et administratif permette de dérouler tranquillement son projet ou ses idéaux afin d’amorcer l’émergence et l’épanouissement tant recherché. Comme vous le savez, dans son discours de politique générale, Kassory avait inscrit comme en marbre, de façon indélébile, qu’il allait lutter farouchement contre la corruption, qu’il ferait en sorte que l’autorité de l’Etat soit respectée et faire en sorte qu’on n’ait pas une administration militante mais, une administration efficace et efficiente qui est apolitique, exclusivement au service des fils de la nation, sans distinction. De façon très succincte, à date, nous observons de façon très mitigée, il faudrait qu’on ait le courage de le dire, que ces réformes institutionnelles et administratives retardent dans la mesure où qu’elles n’ont pas encore vue jour. Du point de vue politique, en termes d’insertion et d’autonomisation des jeunes, les cent premiers jours du Premier ministre, nous ne parvenons pas au niveau du Balai Citoyen, en toute objectivité, pu faire constater les politiques et orientations qui puissent permettre la formation et l’autonomisation, l’insertion des jeunes et des femmes.

Guineematin.com : tout est donc noir, à votre avis ?

Sékou Koundouno : non, il y a des passages à saluer. Ces 100 premiers jours ont permis d’intensifier la rénovation du réseau routier à travers des ponts, des voiries urbaines ou voiries rurales. Nous avons aussi constaté une certaine réforme au niveau de la police et de la gendarmerie en termes de renforcement des capacités opérationnelles, des capacités d’intervention pour maintenir l’ordre public. C e qui va dans le même ordre d’idées que le renforcement des capacités des structures de maintien d’ordre qui pourraient restaurer l’autorité de l’Etat. Il faut saluer le fait aussi qu’au niveau de la communication du gouvernement, on n’observe plus maintenant de bicéphalisme. Plutôt, on remarque une structure qui est reconnu par tous qui fait passer les messages.

Guineematin.com : que dire sur le plan social avec les crises à répétition ?

Sékou Koundouno : du point de vue social, je pense bien que la crise perdure du fait qu’il y a un manque criard de confiance entre les centrales syndicales et le gouvernement, mais aussi un manque de confiance entre les acteurs de la société civile et le gouvernement. Parce que dans la mise en place et l’orientation des politiques publiques, aucune consultation préalable n’est faite. C’est comme si on était dans une dictature où un groupe de personnes décide d’imposer son veto sur la majorité silencieuse. Comme vous le savez, au 21ème siècle, ces théories, ce type de mentalité, c’est très difficile faire passer. C’est ce qu’on a constaté en début du mois de juin, le soulèvement des acteurs de la société civile sous le label des forces sociales. Mais, en tout état de cause, nous pouvons retenir que le bilan reste mitigé. Nous estimons qu’ils prendront la mesure sur eux-mêmes pour qu’ils rectifient le tir et faire en sorte que les orientations et les politiques qu’ils veulent mettre en place, qu’ils puissent les dérouler tranquillement, tout en ayant une démarche inclusive, participative, en associant toutes les entités sociales et politiques du pays dans le déroulement de ces politiques.

Guineematin.com : pour revenir aux revendications sociales, il faut dire que le Balai Citoyen est partie prenante dans le combat contre la hausse du prix du carburant. A travers les Forces Sociales, il y a eu beaucoup de bruit et puis rien. Est-ce que les forces sociales ne sont pas « mortes » ?

Sékou Koundouno : je pense que le peuple de Guinée doit se regarder dans le miroir. Ceux qui le disent, nous avons l’impression que c’est des vietnamiens, des rwandais ou des somaliens qui peuvent tenir un tel discours. Les forces, c’est moi, c’est vous, c’est eux, c’est tout un chacun. C’est quand on se donne la main qu’on devient plus fort. Mais, quand la majorité veut laisser une minorité se battre pour elle, afin qu’elle puisse bénéficier du fruit, c’est dangereux pour la démocratie, ça devient dangereux pour la participation citoyenne. Le peuple souverain de Guinée doit comprendre que les forces sociales, c’est lui d’abord. Ils doivent s’organiser, ils doivent s’engager afin de booster ou d’encourager les leaders qui prennent la parole pour porter si haut les revendications légitimes et légales du peuple. Donc, nous demandons à plus de rétrospective, que les citoyens se mirent d’abord avant de nous jeter l’anathème. Je pus vous rassurer que les forces sociales ne sont pas mortes, l’heure est aux réflexions, aux analyses des forces et faiblesses afin de se projeter sur des bases claires. C’est une dynamique qui est née spontanément, nous avons eu des hauts et des bas, mais comme je vous disais, nous sommes à la phase des analyses et des synthèses pour tirer tous les enseignements…

En tout cas, l’environnement est propice. Quand la mal-gouvernance est généralisée, quand la paupérisation ne fait que s’accentuer, c’est un climat qui nous arrange. Vous avez constaté l’impact de ce prix du carburant sur les tarifs du transport interurbain, mais aussi sur les denrées de première nécessité. Le panier de la ménagère est entrain de subir de façon drastique cette montée du prix du carburant. Donc, nous pensons que le peuple pourra se remobiliser car il est entrain de payer le prix de cette mal-gouvernance et de cette hausse unilatérale du prix du carburant à la pompe. Les forces sociales n’ont pas intérêt à mourir dans la mesure où les attentes et les aspirations sont profondes. Mais, nous rassurons que très bientôt, après les consultations et toutes les analyses, des projections claires seront faites afin que le peuple souverain de Guinée puisse recouvrer toute sa souveraineté.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tel 628 17 99 17

Facebook Comments

Guineematin