Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com en séjour à Bruxelles, l’ancien milieu de terrain du Syli national, Abdoul Karim Sylla ‘’Dakino’’, fait le diagnostic du football guinéen, il parle de ses souvenirs et de sa nouvelle vie après le sport. L’ancien capitaine de  l’AS Kaloum et ex-sociétaire de l’ASEC Mimosa d’Abidjan dit tout dans cet entretien à bâton rompu avec votre quotidien électronique.

Interview

Guineematin : Bonsoir M. Abdoul Karim Sylla

Abdoul Karim Sylla : Bonsoir M. Sow

Guineematin : Cela fait quelques années depuis que vous avez raccroché les crampons, alors que devenez-vous aujourd’hui après le Sport ?

Abdoul Karim Sylla : Bon ! Après le sport j’ai suivi une formation et je travaille ailleurs. Je parle plus de foot si ce n’est avec mes enfants, comme ils ont aussi emboîté mes pas dans ce métier de footballeur.

Guineematin : Le football est donc resté dans la famille comme vous le dites, vos enfants ont emboité vos pas, combien en avez-vous ?

Abdoul Karim Sylla : J’ai 3 enfants qui vivent tous avec moi ici à Bruxelles, dont 2 qui jouent au football. Le premier s’appelle sekou Yalani communément appelé prince qui est latéral gauche. Le second à 11 ans et joue aussi dans le même club que son frère mais chez les U12. Ils évoluent tous dans le club en promotion de Jette qui est beaucoup reconnu  ici pour son encadrement et le suivi des jeunes joueurs.

Guineematin : Vous êtes un ancien footballeur, donc vous suivez peut-être l’actualité sportive en Guinée, quelle est votre lecture de la situation à la fédération guinéenne de football et aussi ces défaites successives du syli National ?

Abdoul Karim Sylla : Vous savez, je ne peux pas trop me prononcer sur la nouvelle génération qui joue actuellement pour le syli National. Ce sont des enfants que je n’ai jamais côtoyés. Ce n’est pas comme les Pascal Feindouno ou Fodé Mansaré qui m’avaient trouvé dans la sélection. Cette nouvelle génération je ne la connais pas, il y’a certains qui jouent bien.

 Par contre, on a un coach Lappé que je connais bien, c’est quelqu’un qui m’a formé. Mais si on lui donne des joueurs qu’il ne connait pas, sur lesquels il n’a aucune idée, sachant qu’il y’a d’autres qui viennent sur recommandation, c’est pour le piéger. Beaucoup sont ces guinéens qui parlent mal de Lappé aujourd’hui. Personnellement je pense que ce n’est pas vrai, c’est la fédération même qui ne fait pas son boulot parce qu’à mon avis il y’a beaucoup de joueurs qui viennent là-bas on ne sait même pas dans quel club ils jouent mais ils sont sélectionnés. A l’époque, pendant notre temps, si tu ne jouais pas dans un club tu ne serais jamais sélectionné. Dommage, aujourd’hui moi je vois certains qui viennent en aventure et demain tu retrouves ces mêmes personnes dans la sélection. Pour moi c’est malheureux et honteux à la fois.

Guineematin : Donc vous pensez que Lappé Bangoura n’a pas la main libre ?

Abdoul Karim Sylla : Je pense que Lappé Bangoura n’a pas la main libre pour faire la sélection. Ce n’est pas lui qui fait la sélection, la liste tombe sur sa main.

Guineematin : Lors des éliminatoires du  mondial 2018 en Russie, le syli national a terminé dernier de sa poule, une poule dans laquelle se trouvait notamment la Libye, un pays en guerre, quelle est votre analyse de cet état de fait ?

Abdoul Karim Sylla : Bon, je pense qu’aujourd’hui on parle de Lappé, mais il ne faut pas oublier que les joueurs qui étaient aussi présents n’ont pas pu se battre pour le pays. Sinon, un pays qui vient de sortir de la guerre comparativement à nous qui nous disons que nous avons des professionnels qui jouent dans des clubs, on n’a pas pu battre une petite nation de football comme la Libye, donc pour moi il ne faudrait pas condamner Lappé mais les joueurs. S’ils doivent être changés faisons-le, ou si on doit former d’autres jeunes qu’on les forme, mais avec cette nouvelle génération là, c’est la génération qui vient avec des montants colossaux, je ne suis pas contre eux c’est leur chance, mais je pense qu’ils ne sont pas prêts à se battre pour le pays.

Guineematin : Vous pensez qu’ils ne sont pas prêts à se battre pour le pays, pourtant dans cette sélection on retrouve de bons joueurs de foot à l’image de Naby Keita, François Kamano et tant d’autres

Abdoul Karim Sylla : Bien sûr, Keita et Kamano peuvent être dans l’équipe mais ce n’est pas deux personnes qui peuvent tirer tout ce groupe. Il faut que les autres joueurs se battent comme eux.  Mais s’ils ne se battent pas tous ensemble comment voulez vous qu’on obtienne de bons résultats ?

Guineematin : En tant qu’ancien joueur du syli, quel est le conseil que vous pouvez donner alors à cette nouvelle génération ?

Abdoul Karim Sylla : C’est d’abord de penser à la population guinéenne. Vous savez, tout ce qui se passe au pays avec ces pauvres gens. Moi j’ai joué au foot, il y’avait rien (financièrement NDLR). La seule chose qui peut nous faire oublier certains problèmes, certaines blessures, c’est la victoire. Pendant le régime de feu Lansana Conté je savais, j’étais là, si le syli gagnait on oubliait tout, même ceux qui n’avaient pas à manger, ils oubliaent tout pendant ce moment. En Guinée c’est seulement le football qui peut réunir toute la population sans distinction.

Guineematin : Parlons maintenant du championnat national et de l’AS Kaloum que vous connaissez bien. Il y a quelques années c’était l’un des poids lourds de ce championnat, mais aujourd’hui ça va très mal pour l’ASK qui se retrouve loin derrière, comment vous analysez la situation de votre ancien club ?

Abdoul Karim Sylla : Je ne sais pas trop comment les choses se passent actuellement là-bas. Pour rappel, c’est un club qui n’a jamais connu ce genre de crise et je pense qu’ils vont la surmonter parce qu’il y’a encore du chemin à faire. Je connais Bouba Sampil, il a été mon premier président et j’ai été son premier capitaine avec l’olympique. On a travaillé ensemble et nous avons vécu beaucoup de choses ensemble. C’est aux joueurs aussi de se battre, d’oublier les problèmes d’argent. Il faut se battre pour avoir ta place après le reste va venir.

Guineematin : Beaucoup de personnes disent que les supporters de Kaloum sont exigeants et pensez-vous que Bouba Sampil fait assez pour ce club ?

Abdoul Karim Sylla : Non ! Je ne sais pas parce que je ne suis pas au pays. Vraiment je ne sais pas comment les choses se passent là-bas actuellement. Moi j’ai vécu là-bas au moment des Biriki Momo, la gestion n’est pas la même. Donc je pense que Bouba a sa façon de gérer son club qui est différente des autres. Pour le moment je dirais aux joueurs que lorsqu’on leur promet quelque chose c’est pour qu’ils puissent avoir une motivation. C’est certainement pourquoi ils ne se donnent pas à fond parce que les promesses n’ont pas été respectées.

Guineematin : Vous avez joué un peu partout, notamment en Guinée, en côte d’Ivoire, au Ghana, en Turquie et ici en Belgique où vous vivez actuellement. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre carrière?

Abdoul Karim Sylla : Ce qui m’a marqué le plus pendant que je jouais, ce sont les supporters. J’ai eu les supporters qui aimaient vraiment le foot, ils n’ont jamais baissé les bras. On a connu des défaites… surtout les supporters de l’A.S Kaloum parce que moi c’est un club qui m’a beaucoup lancé et je n’arrêterai pas de parler d’eux. Leur position actuelle dans le championnat c’est quelque chose qui me touche beaucoup, mais j’ai confiance en eux et je sais que cela va changer. L’AS Kaloum m’a marqué dans ma vie et je resterai toujours comme un supporter de ce club.

Guineematin : Si toutefois vous avez des propositions à faire aux dirigeants de l’AS Kaloum, que proposerez-vous ?

Abdoul Karim Sylla : D’abord avoir confiance aux jeunes qui sont avec eux et leur remonter le moral. Le football change vite, ils peuvent retrouver leur forme. Il faut qu’ils soient confiants.

Guineematin : Si on revenait un peu sur vos deux enfants footballeurs, pensez-vous qu’ils joueront pour la Guinée ?

Abdoul Karim Sylla : C’est à eux de choisir. Moi j’ai joué pour le syli, par contre, mes enfants sont nés ici, je pense que c’est différent. Donc c’est à eux de voir s’ils vont jouer pour la Belgique ou pour  la Guinée. Aucune porte n’est fermée, le jour où ils vont se sentir prêts à aller jouer pour le pays, ils seront les bienvenus. Ce n’est pas moi qui vais choisir à leur place, le dernier choix leur revient.

Ils ont été en Guinée, ils ont vu le terrain sur lequel j’ai évolué. A ce moment là le stade de la mission n’était pas encore renouvelé. Ils m’ont demandé si c’était là-bas que je jouais, j’ai répondu oui c’est là-bas que j’ai débuté. Ils ont la chance d’être nés ici en Europe avec toutes les infrastructures nécessaires pour vraiment être à l’aise et jouer au football. Mais ce sont des guinéens avant de devenir Belges.

Guineematin : Donc si vous avez une certaine influence sur leur choix un jour vous préférerez qu’ils jouent pour la Guinée ?

Abdoul Karim Sylla : Bon, tout dépend du choix qu’ils feront, je ne vais pas me mêler dans leurs affaires. Ils vont grandir et c’est à eux de choisir

Guineematin : Quelles sont vos relations avec vos anciens coéquipiers ?

Abdoul Karim Sylla : Ça va très bien avec eux. Il y’a certains je suis en contact avec eux, surtout  N’Gom il est tout le temps avec moi, il passe souvent chez moi ici. Les autres nous ne sommes pas dans le même pays mais on se rencontre souvent dans certaines activités. Si on se voit on est tous contents de se revoir, on parle de nos passés, ça va quand même.

Guineematin : On a appris que vous étiez très proche de Pascal Feindouno ?

Abdoul Karim Sylla : Ouais ! Pascal c’est quelqu’un pour qui j’avais beaucoup de respect. J’étais plus âgé que lui mais on a joué ensemble. Il a évolué avec mon jeune frère, ils sont venus ensemble en Europe, Pascal est venu à Bordeaux et mon petit frère est parti à Metz. Mais à la fin moi je me suis retrouvé avec Feindouno et j’avoue que c’est un garçon qui avait beaucoup de respect pour moi et c’est ce respect qui continue

Guineematin : Ça vous tente un peu de rentrer vivre en Guinée ?

Abdoul Karim Sylla : J’ai ma famille là-bas, ma mère vit là-bas mon frère également et j’y vais de temps à autres. Pendant les fêtes par exemple je suis parfois avec la famille là-bas. Mais comme mes enfants sont encore petits, c’est ce qui me retient ici d’abord sinon je préfère m’installer au pays que de rester ici avec ce froid qui tape sans pitié. Si tu vis au pays c’est encore mieux

Guineematin : Un mot pour les supporters du Syli et de l’AS Kaloum ?

Abdoul Karim Sylla : Mes supporters de l’AS Kaloum, il faut qu’ils sachent que suis de cœur avec eux. Je ne les ai pas oubliés. Je sais qu’ils n’ont pas de mes nouvelles mais je suis quand même au courant de tout ce qui se passe au pays au niveau de notre club. C’est quelque chose qui me touche aussi comme eux donc on partage ensemble cette peine.

Guineematin : Merci M. Abdoul Karim Sylla Dakino

Abdoul Karim Sylla : Merci beaucoup

Interview réalisée à Bruxelles par Abdoulaye Oumou Sow pour Guineematin.com

Tél : (00224) 620848501

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