Commandant AOB

Comme annoncé précédemment, les débats se sont ouverts ce lundi, 09 avril 2018, dans le procès du Commandant Alpha Oumar Boffa Diallo (dit AOB), madame Fatou Badjar Diallo et Jean Guilavogui. Trois accusés condamnés en 2013, et renvoyés devant le tribunal criminel de Dixinn par la cour suprême, qui a cassé l’arrêt de la cour d’assise de Conakry.

Après le rejet de la demande de mis en liberté des accusés introduite par la défense, c’est le commandant Alpha Oumar Boffa Diallo (AOB), qui a comparu à la barre. L’officier de l’armée guinéenne qui se prête pour la deuxième fois à cet exercice, a une nouvelle fois rejeté les charges articulées contre lui, assurant ne rien savoir de l’affaire de tentative d’assassinat du président de la République, Professeur Alpha Condé, dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011.

« Dans la nuit du 18 au 19 juillet 2011, vers 22 heures, j’étais à Colèyah pour acheter du pain, lorsque le Lieutenant Amadou Diallo m’a appelé au téléphone, il m’a dit d’aller le trouver à Lambanyi. Sans me poser de questions, j’ai pris ma voiture pour aller à l’endroit qu’il a indiqué. Mais, quand je suis arrivé sur les lieux, j’ai trouvé que le Lieutenant Amadou était pris en otage, il y avait plusieurs véhicules qui étaient garés sur les lieux.

Dès que je suis arrivé, ils m’ont dit, mon Commandant suivez nous, je les ai suivis. J’étais dans ma voiture, et il y avait des véhicules devant moi et d’autres derrière. On est allé jusqu’à Kagbélen, on est descendu pour aller au Km36, on a tourné pour revenir à Conakry. On est venu rentrer dans le camp Alpha Yaya Diallo, les gens qui m’ont pris en otage sont descendus, cinq minutes après, ils sont revenus on a continué vers Kipé », a narré le Commandant AOB.

Il poursuit en disant que lorsqu’ils sont arrivés à Kipé, le Lieutenant Amadou Diallo a été tué par le groupe qui les prenait tous les deux en otage: « Arrivé au niveau des rails de Kipé, le cortège s’est arrêté. Ils ont fait descendre le Lieutenant Amadou, ils ont tiré sur lui, il est mort. Après ils m’ont dit d’aller attaquer là où il y a la barrière (Le domicile du président de la République ndrl). Pour me sauver, je leur ai demandé alors de me laisser partir devant, ils ont accepté.

Je suis parti trouver le chef de poste, je lui ai dit de prendre ses dispositions parce qu’il y a des gens armés qui viennent les attaquer. Immédiatement, le chef de poste a fait des tirs de sommation, juste après, ils se sont tous barrés. Moi aussi j’ai continué mon chemin en filant vers la ville. Mais, les gens m’ont poursuivi, on est allé jusqu’à Coronthie où ils ont encerclé ma voiture », explique-t-il devant le tribunal.

Selon l’accusé, c’est là qu’un des hommes qui le poursuivaient a posé une grenade dans sa voiture sans qu’il ne s’en rende compte, la grenade a alors explosé et l’a propulsé hors du véhicule. C’est ainsi qu’il a rampé pour venir au bord de la route où il a trouvé quelqu’un qui l’a reconnu et qui a cherché un taxi pour l’envoyer à l’hôpital.

Après sa narration des faits, le Commandant AOB a ensuite répondu aux questions du tribunal, puis celles de la partie civile et du procureur de la République. Il lui a été demandé notamment pour quelle raison il s’est rendu nuitamment à Lambanyi à l’invitation du Lieutenant Amadou Diallo qui est son subordonné sans même chercher à savoir pourquoi ce dernier lui a demandé d’y aller ? A cette question, l’accusé a répondu qu’il est parti parce qu’il savait que sa sécurité est sérieusement menacée à cette époque-là et qu’il pensait que son subordonné avec qui il entretient de bonnes relations, voulait l’alerter par rapport à cette situation.

Pourquoi durant tout le trajet que vous avez effectué avec le cortège vous n’avez appelé personne pour lui dire que vous êtes pris en otage ? Lui a-t-on demandé avec insistance. Le Commandant AOB indique qu’il n’y a pas du tout pensé, et qu’à ce moment-là, il ne pensait qu’à sauver sa tête, parce que, dit-il, il ne connaissait ni les gens qui l’ont pris en otage encore moins leur but.

Autre question qui est revenue plusieurs fois au cours de ces débats, c’est celle de savoir pourquoi après avoir quitté Kipé dans sa voiture, le Commandant ne s’est pas rendu dans le Camp militaire le plus proche ou alors dans un escadron de gendarmerie, plutôt que de prendre la direction de Kaloum ? Il répond en disant qu’il voulait aller garer sa voiture à Coronthie, un quartier qu’il connait bien pour avoir des parents qui y habitent, avant d’aller se présenter au Camp Almamy Samory Touré pour expliquer ce qui lui est arrivé aux autorités militaires. Il déplore dans le même temps le fait qu’il n’y avait aucun barrage sur la route cette nuit-là.

Après les questions du juge, celles de la partie civile et du procureur, il est revenu enfin à la défense d’interroger l’accusé. Pendant un quart d’heure, l’un des avocats de la défense a cherché à démontrer à travers ses échanges avec le Commandant AOB, que ce dernier n’est pas coupable des faits pour lesquels il est poursuivi. C’est ainsi que le tribunal a décidé de renvoyer l’audience au 14 mai prochain pour la suite des débats.

A rappeler que le Commandant AOB et Jean Guilavogui avaient été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d’assise de Conakry le 13 juillet 2013, tandis que la dame Fatou Badjar avait écopé de 15 ans de réclusion criminelle. C’est cette décision qui a été annulée par la cour suprême par son arrêt du 27 mars 2017, renvoyant les accusés devant le tribunal criminel de Dixinn pour un nouveau procès.

Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tél.: 628124362

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