La fronde à la Cour Constitutionnelle continue d’inspirer de nombreux acteurs de la vie nationale. Dr Faya Millimouno, président du parti Bloc Libéral (BL) ne va pas du dos de la cuillère pour dénoncer le comportement des huit conseillers qui ont annoncé la destitution du président de ladite Cour. Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com, ce vendredi 14 septembre 2018, Dr Faya s’insurge contre cette manière de procéder et dit qu’on « joue avec le feu ».

Guineematin.com : huit conseillers ont annoncé avoir destitué le président Kéléfa Sall de la tête de la Cour Constitutionnelle. Comment réagissez-vous ?

Dr Faya Millimouno : nous pensons que c’est très scandaleux ce que nous sommes entrain de vivre à la Cour Constitutionnelle. Ce n’est pas sérieux de la part de nos sages de la Cour Constitutionnelle. Nous pensons que ça s’inscrit dans la dynamique qui consiste à vendre l’idée d’un troisième mandat pour le président Alpha Condé. Je dis qu’on joue avec le feu. Comme l’ont dit les collègues de l’opposition républicaine, le BL est solidaire à la déclaration que l’opposition a déjà faite, celle de soutenir Kéléfa Sall qui a été élu pour un mandat de neuf ans et qui doit demeurer à la tête de la Cour Constitutionnelle pour les neuf prochaines années. Pour nous, c’est l’une des premières mesures que nous voulons appliquer. La deuxième, nous savons maintenant que les autres « sages » de la Cour le sont moins. Parce que ce qu’ils font est une preuve d’incompétence. Lorsqu’un membre de la cour Constitutionnelle ignore le fait que ce n’est pas par une pétition ou par une motion envoyée à l’assemblée qu’on peut destituer le président, c’est que les sages de la Cour Constitutionnelle ignorent la Constitution, ignorent la Loi qui porte création, organisation et fonctionnement de la Cour. Ils ignorent même le règlement intérieur qui régit le fonctionnement au quotidien de la Cour Constitutionnelle. Une telle incompétence disqualifie clairement ceux-là. Ils ne peuvent plus être dignes de représenter les guinéens en tant que membres de la Cour Constitutionnelle.

Guineematin.com : que comptez-vous faire alors devant cet état de fait ?

Dr Faya Millimouno : pour le BL, la lutte que nous allons mener aux côtés des autres acteurs de l’opposition et de la société civile, c’est non seulement pour sauver Kéléfa Sall, pour sauver la Constitution guinéenne, mais aussi pour disqualifier tous les signataires de cette fameuse motion. Ce combat là, nous allons le mener. Et, si une violence quelconque intervenait, nous demanderons le départ du professeur Alpha Condé.

Guineematin.com : que pensez-vous des arguments avancés par les huit conseillers « frondeurs » qui accusent Kéléfa Sall de gestion unilatérale et opaque de l’institution ? Ne sont-ce pas des raisons suffisantes pour agir ?

Dr Faya Millimouno : nous sommes contre les malversations financières, nous sommes contre la mauvaise gouvernance. Dans le cas précis, je crois qu’en ce qui concerne la gestion financière, comptable de la Cour Constitutionnelle, nous avons une Cour des Comptes qui veille à la régularité de la gestion comptable de nos services publics, de nos institutions. Je crois qu’on pouvait s’adresser à la Cour des Comptes pour venir étayer leurs prétentions. Sur la base de cela, on va lire la Constitution et la Loi qui porte organisation et fonctionnement de la Cour Constitutionnelle, et le règlement intérieur pour voir si ceci est qualifié pour dire c’est un crime de trahison. Parce que, c’est seulement en vertu de cela, que le président de la Cour Constitutionnelle peut être destitué.

Guineematin.com : il y en a qui parlent d’un éventuel 3ème mandat alors que les crises sont nombreuses

Dr Faya Millimouno : je dis que si on veut un troisième mandat, on peut perdre quelques années du 2ème mandat. Nous ne voulons pas qu’on fasse de la Guinée un pays de crise perpétuelle. La crise, elle est déjà profondément sociale, nous avons des syndicats qui son encore dans la rue, nos enfants qui sont menacés de ne pas reprendre les cours le 03 octobre, et parce que les enseignants ont raison. Il faut payer un véritable salaire aux enseignants. Quand on sait le salaire d’un enseignant en Guinée et on voit des milliards qui sont détournés tous les jours, qu’on nous apprend à travers des scandales, je dis qu’il faut commencer par donner un salaire décent aux enseignants. C’est eux qui construisent la Guinée d’aujourd’hui et la Guinée de demain. La crise, elle est économique. On nous dira qu’il y a eu une augmentation de salaire de 40%. Après cette fameuse augmentation, on a donné de la main droite pour reprendre de la main gauche. Pare qu’en appliquant une augmentation de 25% du prix du carburant et en ajoutant le taux d’inflation qui est au dessus de 10%, ça s’amenuise complètement. Donc, les guinéens sont aujourd’hui plus pauvres qu’hier.

Guineematin.com : que dire des soupçons de corruption et de détournements de deniers publics qui pèsent sur certains commis de l’Etat ?

Dr Faya Millimouno : aujourd’hui, c’est devenu une mode dans la gouvernance du professeur Alpha Condé que de dilapider les biens de l’Etat. On parle des ministres dont les comptes sont saisis à Dakar, c’est en millions de dollars, dans un pays où un ministre n’a pas un salaire de plus de 15 millions de francs guinéens. On parle de 21 millions de dollars qui disparaissent de la banque centrale. Aujourd’hui, l’exercice de prédilection de la gouvernance du professeur Alpha Condé, c’est la corruption à grande échelle. On est en fin de règne, on pense que chacun doit, avec rapidité, prendre ce qu’il peut prendre, c’est ce que nous sommes entrain de vivre, sans compter que la Guinée est entrain d’être venue par morceaux. Quand j’entends aujourd’hui, notre ami d’hier (Aboubacar Sylla, ministre des transports, ndlr) justifier que ce n’est pas illégal les marchés de gré à gré, je dis que c’est le monde à l’envers. Quel est le domaine, aujourd’hui, qu’on peut indexer pour dire que voici où ça marche ?

Guineematin.com : que pensez-vous du retard dans l’installation des élus locaux ?

Dr Faya Millimouno : quand j’ai écouté le Général Boureima Condé (Ministre de l’administration du territoire, ndlr) dire que l’opposition aurait demandé d’attendre le retour des pèlerins de la Mecque, j’ai dit, on n’a pas honte dans notre pays de mentir. Le vrai problème c’est quoi, c’est que le RPG qui n’avait aucune tête de liste en allant aux élections, n’a pas encore de tête de liste capable d’être soutenu même par les autres élus du RPG. Donc, si on ne prend pas les grands moyens, on peut bien se retrouver dans une situation similaire en septembre 2019, sans installation des élus locaux. Donc, l’opposition doit se réunir avec la société civile pour mettre au clair les revendications dans un mémorandum et engager des manifestations qui ne doivent pas s’arrêter tant qu’on ne colle pas la paix à Kéléfa Sall, tant qu’on ne voit pas les autres 8 conseillers au dehors parce qu’ils sont entrain de faire de l’activisme politique au lieu de faire le sage à la Cour Constitutionnelle. Tant qu’on n’a pas une explication claire de la destination des 21 millions de dollars, tant qu’on n’a pas une résiliation de la fameuse convention du Port, quand on n’a pas l’installation des conseils communaux, tant qu’on n’a pas la mise en place de la Haute Cour de justice, lorsqu’on va envoyer un tel agenda et qu’on va s’apprêter à descendre dans la rue, les gens comprendront qu’on n’est pas prêt à continuer à vivre cette crise infernale.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél 628 17 99 17

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