Les députés guinéens ont clôturé la session budgétaire 2017, avant-hier, mardi 12 décembre 2017, par un vote favorable de l’ensemble des groupes parlementaires. Une grande première dans l’histoire politique de la Guinée surtout depuis l’avènement du multipartisme sous la 2ème République. Dans un entretien accordé à un journaliste de Guineematin.com ce jeudi, 14 décembre 2017, le président du groupe parlementaire « Alliance républicaine », Docteur Ibrahima Deen Touré est revenu sur ce qui a conduit à cette unanimité des adversaires politiques au parlement.

Décryptage !

Guineematin.com : Honorable, quelle lecture faites-vous de la dernière session budgétaire ?

Honorable Ibrahima Deen Touré : Dans l’ensemble, la session s’est passée dans de bonnes conditions. Au plan de la forme, il y a eu un peu plus d’absence des députés qu’avant. La raison est toute simple : la session a été voisine de la préparation des élections communales. Donc, les membres du personnel politique des partis sont intéressés aussi bien qu’à la session qu’à la préparation de ces élections. Cela a fait un peu d’absence dans certaines zones. A part ça, nous avons fait les analyses et les examens des deux volets : le volet recette et le volet dépense.

Guineematin.com : Que peut-on retenir de ces deux volets ?

Honorable Ibrahima Deen Touré : Le volet recette a connu une bonne amélioration apportée par les députés. Les critiques étaient objectives et nous avons reconnu tous ensemble qu’il fallait mobiliser encore plus les recettes et peut-être revoir même l’établissement des assiettes. Ce n’est par une régie financière qui peut se fixer n’importe comment. Les députés veulent des bases beaucoup plus partagées et le débat était ouvert. De la même manière avec le volet dépense, nous avons suivi des débats très fructueux.

En Guinée, le budget n’est pas fait pour financer les besoins parce qu’ils sont énormes ; mais, c’est pour financer les priorités. Maintenant, il faut savoir déterminer les priorités. Les débats d’orientation budgétaire qui avaient eu lieu avant, avaient permis de jeter un peu de lumière sur le budget. Je dis donc que c’est pour la première fois que tous les groupes parlementaires votent dans le même sens lors de la session budgétaire. C’est aussi pour la première fois qu’il y a eu un débat d’orientation budgétaire avant la session. Donc, on peut se dire qu’il y a eu une amélioration du système. Quand à notre groupe parlementaire « Alliance Républicaine », nous avons sollicité et obtenu des commissions d’informations parlementaires sur un certain nombre de sujets. On aura une commission d’information parlementaire dans le secteur de l’agriculture, des mines, de l’éducation et des télécommunications. Ce sont des sujets particuliers transversaux qui intéressent la vie et l’économie de notre pays. On s’est félicité de cela et nous pensons que ces commissions vont être bientôt installées par le bureau du parlement et nous allons entrer en travail. Ce sera aussi bien dans l’intérêt des populations que ceux qui nous dirigent au plan de l’exécutif.

Guineematin.com : Vous venez de dire qu’il a eu unanimité sur le vote de ce budget qui est une première. Qu’est-ce qui a prévalu à cette entente des députés ?

Honorable Ibrahima Deen Touré : D’abord, nous avons tous eu une volonté de critiquer objectivement le budget de la part de tous les députés et de tous les groupes parlementaires. En plus, on a vu une certaine collaboration dans la mise en œuvre des recommandations que les députés ont apportées. C’est vrai que tout n’a pas été fait ; mais, nous nous attendons à une loi rectificative, un correctif budgétaire dans le courant 2018 qui nous permettra de vérifier si effectivement on a tenu compte de nos recommandations et dans quel sens ça peut aller. C’est pourquoi, nous avons voter à l’unanimité. Je pense que chaque groupe a constaté une certaine amélioration et une volonté de suivre les recommandations. Ça déterminera notre position future.

Guineematin.com : l’autre actualité, c’est la fermeture de plusieurs radios privées par l’Etat. Quel commentaire faites-vous de cette situation qui est aussi une première en Guinée ?

Honorable Ibrahima Deen Touré : C’est vrai, nous avons entendu que des radios ont été fermées, paraît-il parce qu’elles n’ont pas payé les taxes. Moi, je dis que l’importance des radios dans notre pays est inestimable. Tout le monde souhaite qu’elles soient toutes ouvertes. Il faut plutôt négocier pour que chacun paye ses impôts parce que si on ne paye pas ses impôts aussi, on ne peut pas vivre. On attend de l’Etat des actions ; mais, l’Etat réalise ces attentes à partir de la collecte des impôts. Etant le quatrième pourvoir, la liberté de la presse est importante. Nous devons beaucoup à la presse et nous voulons qu’elle continue normalement ses activités. Par contre, je demande à la presse de payer ses impôts, c’est une action citoyenne. Mais, je ne suis pas favorable à ce qu’on ferme les radios. Je préfère qu’on rééchelonne, qu’on étale ou qu’on passe par d’autres moyens pour que chacun s’acquitte. La fermeture doit être une solution ultime.

Guineematin.com : Un dernier mot ?

Honorable Ibrahima Deen Touré : Nous sommes à la veille des élections communales et nous voulons qu’elles soient transparentes et impartiales. Ces communales sont comme des petites présidentielles. Il faut les faire très bien pour diminuer les risques des remous sociaux.

Entretien réalisé et décrypté par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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