Alors que la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) continue de donner au compte gouttes les résultats des élections locales du 04 février dernier, les acteurs politiques continuent de dénoncer les  irrégularités qui ont entaché le scrutin. Au PUP (Parti de l’Unité et du Progrès), ancien parti au pouvoir, le président, Elhadj Fodé Bangoura n’est pas allé du dos de la cuillère pour dénoncer la manière dont les élections locales se sont déroulées. Il l’a dit dans une interview accordée à Guineematin.com hier, samedi 10 février 2018.

 Au cours de cette entrevue, Elhadj Fodé Bangoura n’a pas caché sa déception de ce  scrutin qui a connu une fraude à ciel ouvert.

Guineematin.com : nous sommes au lendemain des élections locales. Dites-nous aujourd’hui combien de conseillers le PUP a pu avoir au total ?

Elhadj Fodé Bangoura : bon, vous savez qu’on n’a que des résultats provisoires. La preuve, jusqu’à présent, Ratoma n’a pas publié. Mais, il n’y a pas eu de région où on n’a pas de conseillers. On a des conseillers en Guinée Forestière, en Haute Guinée, en Moyenne Guinée, en Basse Guinée et à Conakry. On n’a pas tous les résultats parce que certains résultats ne sont toujours pas parvenus. Mais, encore une fois, nous avons des conseillers et on vous donnera les chiffres précis au moment venu.

Guineematin.com : quelles sont les communes où vous avez des sièges ?

Elhadj Fodé Bangoura : En liste, le PUP, nous avons des sièges à Bissikrima, à Passayah (dans Faranah), à Tougué centre, à Tondon, à Dubréka, à Matoto où vous connaissez le résultat ; malgré tout le holdup, on a deux sièges. On en a d’autres aussi. Je dis, nous aurons la liste précise et on vous communiquera… Je ne vais pas faire de faux pas.

Guineematin.com : avec qui vous êtes prêts à faire des alliances  dans ces différentes communes ?

Elhadj Fodé Bangoura : nous ne sommes pas arrivés aux alliances. On parlera, quand il y a des résultats définitifs. Mais, d’abord, nous sommes en train de tirer les leçons de ce qui s’est passé. Ce que les gens appellent élections. Nous attendons à ce que tous les résultats soient proclamés pour pouvoir tirer une conclusion. Mais, à chaud déjà, franchement, on est déçu de l’organisation des élections.

Guineematin.com : la dernière élection locale qui date de 2005, le PUP avait eu plus de 80% des communes, dont la capitale Conakry. Aujourd’hui, avec ce score que vous avez, cela vous dit quoi sincèrement ?

Elhadj Fodé Bangoura : D’abord, cette élection est différente sur le plan organisationnel, sur le plan des textes. Elle est différente des autres. Franchement, si vous m’aviez posé la première question en disant qu’est-ce qui s’est passé ? J’aurais dit c’est qui s’est passé pour ces élections là, j’aurais préféré qu’on prenne  un acte administratif pour nommer les conseillers que de nous fatiguer d’aller sur le terrain, de nous battre, de faire des dépenses et d’avoir ce genre de résultats. C’est dommage ! C’est pourquoi, je dis, il n’y a pas eu d’élection. Il y a eu des fraudes à ciel ouvert. Franchement, c’est tout sauf ce qu’on appelle élection. On a fait de l’entorse à la jeune démocratie guinéenne.

Guineematin.com : au regard de ces résultats, vous trouvez les guinéens opportunistes ou bien c’est vous qui faites mal la politique ?

Elhadj Fodé Bangoura : Je ne juge pas les guinéens d’opportunistes. Ce que je regrette, ce qu’on dit démocratie et on fait le contraire de la démocratie. C’est ce que je regrette. Aujourd’hui, soit on achète les consciences, soit on manipule les ethnies, au profit d’un groupe. Je pense que si on laissait les gens voter librement, exprimer leur désir, dire suivant le programme de société, je peux aller avec tel leader, sans l’influence d’une communauté, sans l’influence de l’argent, comme tout le monde l’a vu, je pouvais dire que nous sommes en train de construire une démocratie. Mais, aujourd’hui, franchement, on est en train de faire du mal à la jeune démocratie qui malheureusement est loin de nous. On est en train de lui tourner le dos.

Guineematin.com : quels conseils avez-vous à lancer à l’endroit des guinéens ?

Elhadj Fodé Bangoura : le premier conseil, je le donne aux dirigeants. Il faut éviter qu’il y ait trop de frustration, parce que ce sont les frustrations qui amènent les violences. C’est le manque d’équité et de justice qui amène les violences. Quand tu pousses quelqu’un et il n’a pas de recours, parce que vous allez suivre, on va commencer à dire ‘’tribunal incompétent’’.  Tant qu’il y a cela, ça serait difficile de mettre fin à la violence. Aujourd’hui, ce qui est malheureux, même s’il y a viol, on trouve des gens venir voir la victime pour dire accepte. C’est ça le danger. Moi, je demande aux guinéens de se regarder en face, de s’accepter. Et, je demande aux dirigeants de construire un Etat de droit.

Propos recueillis par Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel: 654 416 922/664 413 227

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