Comme annoncé précédemment, le député de Dinguiraye, honorable Fodé Ammar Bocar Maréga, a accordé une interview à Guineematin.com le jeudi 29 mars 2018. Dans la première partie de cet entretien, nous avons parlé des préparatifs de la session des lois de l’Assemblée nationale qui s’ouvre le 05 avril prochain et de la crise politique qui secoue notre pays suite aux élections locales du 04 février dernier.

Dans la seconde partie que nous vous livrons maintenant, nous revenons sur le règne d’Ahmed Sékou Touré, le premier président de la République de Guinée, dont l’anniversaire de la mort a été commémoré le 26 mars dernier.

Décryptage !

Guineematin.com : On sait que le premier système qui a gouverné la Guinée est incarné par le président Ahmed Sékou Touré. Le 26 mars dernier, il a bénéficié de plusieurs hommages dans le pays. Vous, en tant que député et membre de l’Association des victimes du Camp Boiro, qu’est-ce que cette date représente pour vous ?

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Je voudrais dire que le 26 mars 1984, ce fut un soulagement pour la Guinée. C’est un jour joyeux, heureux pour cette Guinée qui a été martyrisée pendant 26 ans par cet individu. Je dirais que quand vous voyez les liesses populaires qu’il y a eu pendant cette période, vous pouvez comprendre aujourd’hui que c’est extrêmement dommageable d’avoir des individus qui sortent et qui essayent de vouloir fêter l’anniversaire de quelqu’un qui a été exécrable, qui a détruit son pays pendant toutes ces années de manière économique, sociale et politique. Il n’y a qu’à voir aujourd’hui les images de la Guinée en 1984 pour savoir que tout ça pour ça et tout ça pour rien parce que c’est un pays de taudis, de misère lamentable que nous avons hérité. Je dirais que ces nostalgiques peuvent se glousser d’une soi-disant force de cet individu ; mais, vous savez que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Voilà pourquoi nous avons une falsification de l’histoire de notre pays.

Nous savons exactement comment s’est passé l’indépendance de notre pays. Je voulais vous dire que c’est le 14 septembre 1958 que Sékou Touré s’est prononcé alors que le référendum c’était le 28 septembre. Pourquoi tout ce temps ? Parce que tout simplement il essayait de convaincre les gens. On a des images et des documents où il a rencontré des jeunes en leur disant qu’est-ce qu’on va faire de cette indépendance alors qu’on ne peut pas faire une aiguille. Le PDG RDA est une section du RDA, or, le RDA était pour le OUI. C’est déjà une traitrise de tout le RDA de la sous-région qui, elle, disait qu’il fallait avoir d’abord une loi cadre permettant d’avoir suffisamment de cadres aguerris avant d’aller vers l’indépendance. Donc, Sékou Touré a pris le devant de cette indépendance à partir du 14 septembre 1958 parce qu’il allait être en minorité au niveau du PDG. Je pense que de toutes les mille manières, c’est vrai qu’il a contribué grandement à cette indépendance ; mais, il faut ramener les choses à leurs simples expressions.

A l’époque, nous avions une convergence de vue de tous les leaders politiques qui se sont prononcés avant lui pour le NON : Barry Diawadou, Barry III qui ont même fait une association pour voter le NON bien avant Sékou Touré. Ils n’ont trouvé personne dans ce pays, aucun leader pour discuter afin d’aller dans le sens du OUI. Donc, c’est un consensus national généralisé qui a entrainé cette Guinée vers l’indépendance.

Guineematin.com : A votre avis, qu’est-ce qu’il faut aujourd’hui pour rapprocher les positions entre les héritiers du Président Sékou Touré et les enfants des victimes de son régime?

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Vous savez, je ne sais pas de quels héritiers vous faites allusion. Des héritiers biologiques, politiques parce que nous, nous estimons qu’il n’y a pas d’héritiers biologiques. Ça n’existe pas.

Guineematin.com : Mais, il a des enfants dont Aminata Touré qui vient d’ailleurs de remporter les élections communales à Kaloum ?

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Ces soi-disant enfants, et Aminata Touré n’est pas maire encore. Donc, ne vendez pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Guineematin.com : Elle est candidate à la mairie quand même !

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Elle est candidate ; mais, elle n’est pas maire encore.

Guineematin.com : Elle peut être maire si elle bénéficie du soutien de votre parti, l’UFDG ?

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Elle n’aura pas le soutien de l’UFDG, c’est impossible. En plus, je voudrais simplement dire que le PDG était une structure qui a fédéré beaucoup de gens à l’époque. Le drame de la Guinée justement c’est que ce PDG s’est résumé à Ahmed Sékou Touré, sa famille et à la famille de sa femme. C’est eux qui ont été les instigateurs de toutes les tueries et de tout le système mal fameux qui a existé en Guinée pendant ces 26 ans. Alors aujourd’hui, que son soi-disant fils nous dise qu’il est l’héritier du PDG, c’est qu’il est héritier du PDG Etat-peuple, du PDG d’Ahmed Sékou Touré, pas le PDG qui a été créé par Madera en Guinée qui a été le premier secrétaire général du PDG en Guinée.

Quand vous savez qu’ils n’ont eu droit à avoir un conseiller communal simplement du fait du plus fort reste dans un lieu, ça prouve déjà qu’il n’y a aucune écoute, aucune possibilité pour ce parti d’émerger. Il n’incarne aucune valeur particulière de la Guinée. Le PDG a été travesti par Sékou Touré en un parti de voyous et un parti qui n’a eu comme objectif que de conserver le pouvoir au mépris de la vie sociale, politique et économique de notre pays. Ils n’ont récolté que ce qu’ils ont semé pendant toutes ces années. Nous, nous disons qu’au-delà de ça, nous voyons le futur. Nous avons toujours dit qu’un déni de justice, des exactions ont été commises dans ce pays pendant cette période.

Nous avons réclamé une commission ‘’Vérité-justice-réconciliation’’. Il y a des enquêtes nationales qui ont permis d’avoir un projet de loi qui est aujourd’hui sur la table du Premier ministre. C’est un projet de loi qui a été validé par toutes les associations des victimes qui se battent pour les droits de l’Homme en Guinée. C’est une plateforme qui a eu un écho dans tous les partis politiques et dans la société civile. C’est cela que nous voulons que le Président Alpha Condé nous envoie à l’Assemblée nationale pour qu’on ratifie et qu’on vote cette loi afin qu’on mette en place cette commission devant lire l’histoire de ce pays. Cela permettra d’apaiser les tensions et tourner la page.

Guineematin.com : Vous parlez de vote de loi justement, on sait que le mandat de la législature en cours finit cette année. Qu’est-ce que vous pensez de l’organisation des élections législatives ? Est-ce que c’est possible cette année et que compte faire votre groupe parlementaire en la matière ?

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Nous, on s’est toujours battu pour l’organisation des élections à date en Guinée. Les gens oublient qu’en 2010, lorsque le président Alpha a été élu, dans les 6 mois, il devait organiser ces élections. Mais, on s’est battu en organisant des manifestations et il y a même eu près de 57 morts pour que 3 ans après, il puisse organiser ces élections. Vous savez que lorsqu’on a eu ces élections législatives, on avait le budget normalement à traiter en octobre 2013 ; mais, il a refusé encore que les nouveaux députés votent ce budget. Il nous a amené jusqu’en avril 2014. Donc, aujourd’hui, 5 ans après, les prochains députés entreront en fonction le 5 avril 2019. Pour nous, les élections législatives doivent avoir lieu normalement dans le premier trimestre de 2019. Ce qui fait que nous, nous attendons ces élections avec sérénité. Nous voulons préparer ces élections pour qu’on les fasse ; mais, Alpha Condé, vous avez vu déjà combien de temps il a fallu pour organiser les élections communales. Depuis 2010, il devait y avoir les élections communales ; mais, impossible jusqu’aujourd’hui. On les a aujourd’hui ; mais, il faut tricher, empêcher les mairies de fonctionner. Il n’a jamais voulu et accepter des élections parce qu’il veut le feu du prince. Vous vous souvenez déjà qu’en 2010, entre le premier et le second tour, au lieu 15 jours, nous sommes allés à 4 mois. Tout ceci du fait d’Alpha qui ne voulait pas qu’on aille aux élections. Donc, nous nous battrons pour qu’on ait ces élections à date parce qu’il faut que le pays aille aux élections à date désormais. On n’a pas besoin de se battre simplement pour des élections ; mais, il faut avoir des élections à date et même plus tard regrouper ces élections et faire comme au Ghana.

Guineematin.com : Ce qui suppose une modification de la constitution ?

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Mais, ça sera après Alpha parce que si on touche à ça aujourd’hui, ça va lui donner un boulevard pour avoir un 3ème mandat que nous ne voulons pas et que nous n’allons pas avoir.

Guinematin.com : merci honorable Maréga.

Hon. Fodé Ammar Bocar Maréga : Merci à vous.

Interview réalisée par Alpha Assia et Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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