Il y a de cela deux mois, les organisations de la société civile guinéenne se réunissaient au sein d’une entité qu’elles ont dénommée « Forces Sociales de Guinée » pour exiger du gouvernement la baisse du prix du carburant. Cette mobilisation est intervenue quelques jours seulement après la décision du gouvernement guinéen d’augmenter de 25 % le prix du litre de carburant à la pompe.

Une décision qui a suscité une indignation quasi-générale dans le pays et qui a sonné le réveil du mouvement social guinéen. Soixante jours après, où en sommes-nous avec les “Forces Sociales de Guinée” ? Quels sont leurs défis ?

Deux mois après la naissance des « Forces Sociales de Guinée », celles-ci semblent, aux yeux de beaucoup, être à bout de souffle. Car, l’objectif pour lequel cette dynamique de la société civile a été lancée n’a pas été atteint. Et au fil du temps, ceux qui s’attendaient à une réussite du combat pour la réduction du prix du carburant en Guinée perdent tout espoir. Certains parlent déjà d’un « échec » de la société civile guinéenne dans cette lutte qui a polarisé tant d’attentions et de débats.

Il existe des réponses à tout ce que la tristesse et le découragement peuvent objecter. Encore faut-il accepter de regarder autrement les choses, de raisonner autrement devant chaque événement, chaque situation, s’arrêter un moment pour considérer les deux aspects : négatif mais aussi positif.

L’homme sage n’en voudra jamais à la vie, car à travers son non-sens apparent, il y découvre un sens plutôt profond. Il accepte ce qui le contrarie, et la fermeté de son âme lui donne la force de faire de l’épreuve une opportunité. C’est pourquoi, je décide enfin de parler. Oui parler pour rassurer et interpeller tous les acteurs. Devant l’histoire nous avons un devoir. C’est celui de dire à ceux qui, à moment donné, ont eu confiance en nous et en nos actions. À un moment donné, ils ont espéré et cet espoir ne doit pas être déçu.

En solo ou en groupes, certains acteurs ont joué un rôle nocif au sein des Forces Sociales de Guinée, le temps a fait son tri, le peuple nous observe. Et c’est le bon moment de rendre compte aux citoyens.

En une, comme en mille, la société civile guinéenne a un véritable problème de leadership. Au sein de la vieille garde, il y a des personnes qui jouent le double jeu et n’aiment pas l’émergence de nouvelles têtes. Ceux-là sont des troubles faits, ils poussent la nouvelle génération au découragement et à lui faire croire à tort que le soleil ne reviendra pas.

D’abord, ils ne participent jamais à la naissance des mouvements, mais se joignent toujours quand ils sentent que la saveur prend. Et une fois qu’ils rejoignent la dynamique, ils font tout pour remettre en cause les décisions. En réalité, ce sont des gens qui jouent le jeu de l’adversaire. Par tous les stratagèmes, ils étouffent les mouvements, en créant des débats inutiles. Souvent même, ils choisissent des mots (souples) qu’il faut employer dans les communiqués ou déclarations censés être publiés pour dénoncer la mauvaise gouvernance.

Très malheureusement, ceux-là ont contaminé la plupart des jeunes qui s’identifient en eux et qui, pire, ne donnent pas à espérer à un lendemain meilleur. Ils ont un culte de la personnalité ; peut-être pour du pain, mais pas pour des convictions. Ces derniers se laissent manipuler et tombent souvent facilement sous les mailles de la corruption.

Une autre catégorie, non la moindre au sein des médias, est malléable et à tout prix, favorise l’intox et la diffamation. De la suspicion à l’extrapolation, ces gens ne vont jamais à la source pour comprendre le sujet de débat, mais se permettent tout de même de donner l’impression d’être en mission du plus offrant pour étouffer toute dynamique citoyenne. Et en ce qui concerne les Forces Sociales de Guinée, il y a encore un espoir.

Pour combattre le découragement, un penseur disait : « La vie, ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ». Sèneque et Saint Augustin d’ajouter : « Les temps sont mauvais, les temps sont difficiles, voilà ce que disent les gens… Vivons bien, et les temps seront bons ! C’est nous qui sommes les temps ! Tels, nous sommes, tels sont les temps ».

Aujourd’hui, les Forces Sociales de Guinée doivent se confondre au temps pour exister. Et pour cela, il faut trois choses :

▪ Extirper les gens qui jouent le double jeu ;

■ Concevoir une ligne de conduite ;

■ Structurer la dynamique en se départissant des considérations mesquines d’un soi-disant rassemblement.

Par ailleurs, cette lutte sociale permet désormais à certains jeunes de conviction de se démarquer. Ceux-ci doivent prendre leur destin en main pour l’intérêt de la nation, car la Guinée est à la croisée de chemins. Les enjeux se multiplient et la société civile doit être le rempart indispensable pour la défense des droits et des intérêts des citoyens. Ne nous décourageons pas ; souvent, c’est la dernière clé du trousseau qui ouvre la porte. Citoyens, restons debout !

Abdoulaye Oumou Sow/Journaliste- Blogueur

Membre des Forces Sociales de Guinée

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