La grève déclenchée par les « dissidents » du SLECG (Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée) depuis le 13 novembre 2017 a atteint des proportions inattendues. Alors que les élèves sont à la maison, aucune solution n’est en vue, d’autant plus que personne ne veut faire le premier pas en vue de désamorcer la crise. Que réclament Aboubacar Soumah et ses lieutenants ? Jusqu’où sont-ils prêts à aller dans leurs revendications ? Voila autant de questions posées ce jeudi 23 novembre 2017 à Aboubacar Kaba, un des 4 enseignants récemment mis aux arrêts et libérés après 48 heures passées à la gendarmerie. Monsieur Kaba est membre de la cellule de communication du SLECG.

Guineematin.com : cela fait 10 jours depuis que la grève des enseignants a été déclenchée. Où en est-on aujourd’hui ?

Aboubacar Kaba : il est vrai que la grève se poursuit. Les portes des négociations sont ouvertes. Pas plus que ce jeudi matin nous étions en entretien avec  la FESABAG (Fédération Syndicale Autonome des Banques et Assurances de Guinée) sur ordre du secrétaire général Aboubacar Soumah. On est venu discuter avec eux sur certains points. La FESABAG doit rendre compte à l’USTG (Union Syndicale des Travailleurs de Guinée) pour qu’on nous adresse officiellement une lettre d’invitation pour tabler sur les points de revendication. Pour le moment, la grève n’est pas levée, elle continue.

Guineematin.com : est-ce que le ministère de l’éducation nationale a fait un pas vers vous pour tenter de désamorcer la crise ?

Aboubacar Kaba : s’il y en a eu, moi, je ne suis pas au courant pour l’instant.

Guineematin.com : donnez-nous des nouvelles du camarade Aboubacar Soumah, votre leader. Qu’est-ce qu’il vous a donné comme mission puisque vous parlez et agissez en son nom ?

Aboubacar Kaba : le camarade Aboubacar Soumah est là, il se porte bien, il est en lieu sûr pour des raisons de sécurité. Nous agissons au nom d’un mouvement syndical qui est le SLECG. Aboubacar Soumah en est le secrétaire général adjoint et c’est lui qui dirige le mouvement, qui est un mouvement syndical. Et, toutes nos démarches s’inscrivent dans la logique syndicale.

Guineematin.com : à quoi peut-on s’attendre ? S’il y a une main tendue, est-ce que vous accepterez de négocier ?

Aboubacar Kaba : quelque soit la main, nous allons la prendre. On ne déclenche pas une grève pour fermer les portes.  Quand on déclenche une grève, il faut s’attendre à ce qu’il y ait négociation. Nous sommes ouverts au dialogue.

Guineematin.com : aujourd’hui les écoles sont fermées à cause de votre mouvement. Que réclamez-vous réellement ?

Aboubacar Kaba : permettez d’abord que je lance cet appel solennel à l’endroit des manifestants. C’est dommage et même regrettable qu’il y ait des actes de vandalisme. Nous avons dit aux enseignants de rester à la maison. Ce qui se passe à Conakry aujourd’hui est vraiment très déplorable avec ces cas de morts, ces actes de vandalisme, de destruction de biens publics. Quand on parle de grève on reste chez soi. Il ne s’agit pas de s’en prendre aux biens publics et privés. Ça n’a pas de sens. Maintenant, pour revenir à votre question, il y a une plate forme revendicative au niveau de tous les départements concernés. Il y a trois points. Le premier point est la levée des suspensions contre le camarade Aboubacar Soumah et Kadiatou Bah arbitrairement mutés ; le second point est le maintien de la valeur monétaire du point d’indice à 1030 qui est déjà un acquis, nous demandons son payement obligatoire à la fin du mois de décembre ; au troisième point, nous demandons un salaire minimum de 8 millions de francs guinéens conformément à l’article 100 du statut particulier de l’éducation.

Guineematin.com : pensez-vous que le gouvernement est capable de payer chaque enseignant à 8 millions de francs guinéens ?

Aboubacar Kaba : le gouvernement est capable de le faire. Il y a des magistrats qui sont payés à 12 millions de nos francs. Nous n’inventons rien. Ce que nous demandons est conforme au statut particulier de l’éducation en son article 100 qui stipule que les salaires des enseignants doivent être améliorés conformément du coup de la vie, en fonction du panier de la ménagère.  Depuis que ce statut particulier a été signé en 2006 sous le régime du général Lansana Conté, il n’a pas été appliqué. Nous nous battons dans ce cadre là.

Guineematin.com : est-ce que vous êtes prêts à faire des concessions ?  Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour qu’on aboutisse à une levée de la grève ?

Aboubacar Kaba : ce que nous demandons, nous savons que nous ne l’aurons pas totalement ; mais, le gouvernement doit faire des concessions, tout comme les syndicalistes. Dans une négociation, dès qu’on atteint les 50%, techniquement, on peut lever la grève. Mais, si on n’obtient rien, si le gouvernement n’a pas cette bonne foi, c’est ça le problème.

Guineematin.com : quel appel avez-vous à lancer ?

Aboubacar Kaba : la grève se poursuit ; mais, dans un élan pacifique, nous insistons là-dessus. Pas de vandalisme, pas de destruction de biens. On va en grève pour l’amélioration des conditions de vie, pas pour créer d’autres problèmes.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tel 628 17 99 17

Facebook Comments