Elhadj Saïkou Oumar Diallo

L’insécurité grandissante en République de Guinée et la préoccupation est majeure. Le kidnapping (une forme de criminalité jusque-là méconnue des guinéens) est en train de prendre de l’ampleur. Il y a déjà au moins 12 cas d’enlèvement, avec demande de rançons, qui ont été enregistrés. Les plus visés par cette pratique sont les opérateurs économiques. Le dernier cas en date est l’enlèvement il y a 3 jours à Hamdallaye, dans la commune de Ratoma, d’Elhadj Abdourahmne Barry, alors qu’il revenait de la mosquée aux environs de 6 heures.

Pour parler de cette problématique, un reporter de Guineematin.com s’est entretenu ce vendredi 08 décembre 2017, avec Elhadj Saïkou Oumar Diallo, opérateur économique et président de la chambre de commerce de Matam.

Guineematin.com : l’insécurité devient de plus en plus grandissante dans notre pays. Des cas d’enlèvement sont enregistrés. Elhadj abdourahmane en a été victime ces derniers jours. Comment vivez-vous cette situation en tant qu’opérateur économique ?

Elhadj Saïkou Oumar Diallo : nous vivons cette situation comme tout autre citoyen guinéen. Mais, nous sommes touchés de plein fouet avec l’enlèvement encore d’un opérateur économique. Elhadj Abdourahmane est un sage qui avait même cessé ses activités depuis quelques temps, âgé de près de 80 ans. Donc, les opérateurs économiques qui vivent avec lui depuis plusieurs années, nous sommes vraiment touchés. Nous condamnons avec la dernière énergie cet acte d’un autre âge et nous invitons l’Etat de faire en sorte que la sécurité règne. Les opérateurs économiques sont aujourd’hui inquiets. Nous ne nous sentons pas en sécurité dans notre propre pays, dans nos propres activités. Nous sommes inquiets aujourd’hui en ce sens qu’on peut aller le matin au travail sans savoir si on peut revenir le soir. Et, quand on rentre aussi à la maison, on a peur de sortir, on a des inquiétudes parce qu’on sait qu’à tout moment on nous guette.

Guineematin.com : ce phénomène de kidnapping devient récurrent. Récemment c’est le fils d’Elhadj Guleguêdji pour lequel les ravisseurs avaient demandé 200 000 dollars.

Elhadj Saïkou Oumar Diallo : oui, c’est devenu récurrent. Ils ont commencé ça fait longtemps et nous sommes à la 12ème personne aujourd’hui. C’est ce qui inquiète parce que chaque opérateur économique sait qu’il pourrait se retrouver dans la même situation si rien n’est fait. D’ailleurs, c’est pour cette raison, en commun accord les opérateurs économiques ont fermement condamnés cet acte. C’est pourquoi nous demandons aux autorités de ce pays de nous aider, de nous assister.

Guineematin.com : la sécurité est primordiale, particulièrement pour les opérateurs économiques et autres investisseurs. On dit que l’argent n’aime pas le bruit non ?

Elhadj Saïkou Oumar Diallo : on peut ne pas avoir beaucoup d’infrastructures. Mais, pour ce qui est de la sécurité, on ne peut pas vivre sans. La paix et la sécurité sont on incontournables. Non seulement l’argent a peur du bruit, mais aujourd’hui notre pays, nos autorités vont à l’extérieur à la recherche des investisseurs. Si nous-mêmes nous sommes menacés dans notre pays, je pense que ces investisseurs ne peuvent pas venir en Guinée. Nous sommes des exemples des investissements en Guinée. Donc, il faut sécuriser les gens, sécuriser leurs bien parce que c’est possible. Oui, l’insécurité zéro, ça existe. Mais, l’Etat guinéen peut et doit faire mieux.

Guineematin.com : quand il y a eu l’enlèvement du doyen Elhadj Abdouarhamne, est-ce que votre corporation a entrepris quelque chose ?

Elhadj Saïkou Oumar Diallo : bien sûr ! L’opérateur économique, quand il est menacé, que va-t-il faire ? Les opérateurs économiques, sans attendre aucun ordre, ont fermé leurs boutiques et magasins pendant deux jours, le mercredi et le jeudi, à Madina. C’est aujourd’hui vendredi 8 décembre 2017 que nous avons ordonné de rouvrir. On va demander à l’Etat de continuer les recherches. Nous allons entamer des démarches auprès de l’Etat pour lui dire ce qui hante nos concitoyens. Mais, quand l’insécurité bat son plein dans un pays, ce n’est pas évident. Il est temps d’arrêter cette hémorragie.

Guineematin.com : à votre avis, comment peut-on expliquer cette incapacité de l’Etat à arriver à bout de l’insécurité ?

Elhadj Saïkou Oumar Diallo : il est vrai que la question mérite d’être posée. Mais, l’Etat est le seul à même de répondre à cette question aujourd’hui. Et nous attendons incessamment la réponse à cette question. Pourquoi l’Etat ne communique pas sur tous ces 12 cas dont on a parlé ? Ça se passe pourtant ici et des gens ont payé des rançons pour se faire libérer. Donc, nous voudrions que l’Etat communique pour rassurer les gens sur ce qui est entrain d’être fait, pour que les opérateurs économiques puissent être rassurés et continuer leurs activités. Vous savez, quand le pays marche normalement, c’est au profit de tout le monde. Mais, si l’Etat n’arrive pas à canaliser cette situation, je dis bien que c’est tout le monde qui va en pâtir. Les opérateurs économiques payent des taxes, génèrent des emplois, avec un secteur privé qui amène le développement. Aujourd’hui, on prône partout l’émergence. Avec cette situation là, on ne peut parler d’émergence.

Guineematin.com : l’Etat se bat pourtant pour la promotion des investissements et du secteur privé.

Elhadj Saïkou Oumar Diallo

Elhadj Saïkou Oumar Diallo : l’Etat est entrain de beaucoup travailler pour le secteur privé. Mais, la problématique de la sécurité doit être mise en avant. Je profite de votre organe d’informations pour interpeller l’Etat sur les prochaines élections locales, programmées le 04 février 2018. On sait qu’à chaque élection, on enregistre des pillages de magasins et de boutiques pour mettre les opérateurs économiques à genoux. Nous voudrions que l’Etat anticipe, au lieu de parler de dédommagement quand ce sera trop tard. L’argent qu’on va utiliser pour dédommager, on va mettre ça ailleurs, dans des secteurs où la nécessité est là. Si tout le temps on parle de dédommagement, c’est qu’on n’a pas anticipé en amont. Comme on est à deux mois de ces élections locales, l’Etat a encore le temps pour mettre un dispositif en place en vue de nous éviter l’éternel recommencement. L’Etat doit le faire pout tout notre pays, particulièrement pour le marché de Madina qui regroupe près de 70% des activités commerciales dans le pays. Il est temps de rassurer les gens puisque nos partenaires sont inquiets. Les banques de la place peuvent vous passer de l’argent, mais si vous êtes victimes de pillage, comment pouvez rembourser ? Vous n’êtes plus solvables à leurs yeux. Dans ce cas, on n’aura plus de crédits avec les banques et il n y aura de confiance entre nous et nos fournisseurs. Donc, l’Etat est garant moral de nos activités commerciales en République de Guinée, parce que nous payons des taxes et il nous autorise à exercer nos activités. Donc, il est temps que l’Etat fasse de sorte que la sécurité règne dans l’ensemble du pays, surtout au marché de Madina, le poumon économique du pays.

Guinematin.com : quel est le dernier mot ?

Elhadj Saïkou Oumar Diallo : je vais remercier les opérateurs économiques pour leur solidarité, leur mobilisation à chaque fois que la corporation est dans le doute. Le combat continue pour les affaires prospères au bénéfice de tous les guinéens de façon inclusive. Je vais inviter l’Etat à tout mettre en œuvre pour sécuriser les citoyens et leurs biens. Beaucoup est fait mais, l’Etat peut faire mieux que ça. J’invite le gouvernement à revoir la situation des infrastructures au marché de Madina. Il faut y aménager des canaux d’évacuation des eaux, des latrines publiques. Le visage du marché de Madina doit être plus attrayant, plus présentable aux yeux des étrangers, notamment les touristes qui viennent chez nous.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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