Alexandre Bregadzé est l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la fédération de Russie en Guinée et en Sierra Léone. Il a reçu à la chancellerie russe en Guinée, des médias dont Guineematin.com pour parler aussi bien des relations d’amitié et de coopération entre la Guinée et son pays mais également aborder des questions internationales et d’actualité, notamment la rencontre très prochaine entre les présidents Américain et Russe à Helsinki. Supporteur inconditionnel de la Sbornaïa, il se veut prudent dans les pronostics et pense tout de même que la finale de cette Coupe du monde va se terminer par des tirs au but.  

Pour les détails, Guineematin.com vous invite à lire le décryptage.

Guineematin.com : Bonjour Excellence,

Alexandre Bregadzé : Bonjour chers amis

Guineematin.com : Comment se portent les relations d’amitié et de coopération entre la Guinée et la Fédération de Russie ?

Je réponds tout d’abord et directement avec le cœur ouvert que les relations diplomatiques, d’amitié et de coopération entre la Fédération de Russie et la République de Guinée, se portent très bien. Il y a beaucoup de preuves à ce sujet. En 2016, il y a eu une première rencontre entre les présidents des deux pays, Poutine et Alpha condé. Une rencontre qui a donné l’impulsion du développement de nos relations dans tous les domaines. Après, il y a eu la visite officielle du Président Alpha Condé à Moscou et à Sotchi. Beaucoup d’accords et de conventions ont été signés entre les deux pays et les deux Présidents ont convenu de donner une impulsion complémentaire pour développer nos relations dans tous les domaines. Et je crois que ces deux rencontres ont bien marqué l’avenir des relations des deux pays. Une première preuve est le démarrage des activités de Dian Dian et le redémarrage de l’usine d’alumine de Fria. Et ce qui est formidable dans cette dynamique est que vous, vous allez fêter le 60 èmeanniversaire de votre indépendance, le 2 octobre 2018 et nous, on va fêter ensemble avec vous, le 60èmeanniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, le 4 octobre. A cette coïncidence, il se trouve que ce n’est pas un hasard de calendrier.

Guineematin.com : Qu’est-ce qui fait la singularité des relations entre les deux pays ?

C’est l’amitié qui unit les deux pays depuis l’établissement des relations diplomatiques entre eux. La Guinée a obtenu son indépendance en octobre 1958 et elle est restée seule. Après c’est l’Union Soviétique qui est venue, puis d’autres pays socialistes pour partager une histoire commune entre ces peuples. Depuis l’indépendance, les Soviétiques ont été parmi les premiers à venir aux côtés de la Guinée pour développer des relations d’amitié et de coopération fructueuse entre nos peuples.

Guineematin.com : Il y a une nouvelle dynamique impulsée entre le Parlement guinéen et la Douma russe depuis un certain temps. Dites-nous, quel rôle vous avez effectivement eu à jouer dans ce cadre ?

Je m’en réjouis. Ce qui s’est passé c’est que dans la délégation guinéenne reçue à Moscou l’année dernière, il y avait le président de l’Assemblée nationale, l’honorable Claude Kory Kondiano qui a eu des entretiens avec le président de la Douma russe, monsieur Volodine. On a constaté qu’ils ont trouvé un terrain de parfaite entente et de point de vue commun. Monsieur Kondiano a visité même récemment Moscou en prenant part à une rencontre parlementaire organisée en Russie. Dans l’ensemble, nous constatons l’engagement ferme des élus des deux côtés à soutenir la coopération multiséculaire et les relations d’amitié entre les deux peuples. On a vu cet engagement se matérialiser par le vote de plusieurs conventions et d’accords entre les deux pays. Je me suis battu pour ça et c’est tant mieux.

Guineematin.com : Le 19 juin, vous avez pris part au lancement des opérations d’exportation de la bauxite de Dian Dian, longtemps rêvées. Quel est le rôle que vous avez réellement joué pour faciliter le démarrage de la Compagnie de bauxite et d’alumine de Dian Dian (COBAD) ?

Le rôle pour tous les ambassadeurs, c’est d’aider les opérateurs économiques à bien s’installer, d’être à l’aise et d’avoir de bonnes relations avec les autorités. De cultiver la compréhension entre les parties. Bien sûr, l’ambassade a essayé de faciliter cette atmosphère. Et je salue d’ailleurs le rôle des parlementaires qui ont renforcé ces relations de partenariat. Vous savez, dans le business, parfois, les relations sont un peu dures. Et quand les parlementaires  bénissent un tel accord, ça passe plus facilement et ça renforce les relations de partenariat.

Guineematin.com : Le 20 juin, vous avez également participé à Fria à la cérémonie de relance de l’usine d’alumine Friguia. Vous avez magnifié le rôle joué par les deux leaders guinéen et russe dans le processus. Pouvez-vous nous dire ce qui s’est réellement passé pour la reprise des activités de Rusal/Friguia ?

En 2012, il y a eu une grève syndicale qui a provoqué l’arrêt des activités de l’usine. Peut-être qu’il y aurait quelqu’un qui cherchait à politiser, je ne sais pas, mais ça se termine toujours mal. Puisque le business, n’aime pas qu’on politise un tel ou tel processus. Donc en 2012, Rusal a été contraint d’arrêter les activités de l’usine d’alumine. Et depuis lors, beaucoup de négociations et de démarches ont été menées. Mais vu la nature des relations entre les deux pays, il fallait que Rusal revienne relancer les activités de ce fleuron industriel guinéen et pour le bonheur des habitants de la ville de Fria. J’aime beaucoup cette phrase du Président Alpha Condé qui dit qu’on ne tue pas le poulet aux œufs d’or. C’est une évidence. Moi j’ai été enchanté quand j’ai vu l’usine redémarrer et j’étais content pour les travailleurs. Et j’ai demandé à ceux-ci de travailler mieux pour gagner plus. Voilà mon message.

Guineematin.com : A part les mines, quels sont les autres domaines d’intervention de la Russie en Guinée ?

Sans doute, c’est le secteur de la santé. Pendant la période d’Ebola, notre intervention dans ce secteur a été décisive. Plusieurs apports ont été faits et il faut porter une mention sur ce centre de recherche médical sur les maladies infectieuses installé à Kindia et offert à la Guinée. Des chercheurs russes travaillent avec leurs homologues guinéens. Et il faut se réjouir que beaucoup de cadres guinéens aient été formés en Russie. Et cela est renforcé de nos jours par des stages de formations accordés aux spécialistes guinéens dans de nombreux domaines de compétence.

Et ce qui est important, ce centre de recherche est en train de devenir un centre régional. D’autres domaines, c’est la coopération militaro-technique. Plus de 60% des spécialistes de l’armée guinéenne ont été formés en Union Soviétique, en Russie et plus de 60% du matériel militaire guinéen, proviennent de l’Union Soviétique ou de la Russie. C’est aussi un domaine très important. A cela, il faut ajouter les bourses d’études accordées par la Russie à la Guinée chaque année. Ce nombre est passé de 20 à 65 bourses depuis l’année dernière. Moi quand je suis arrivé là, je voulais augmenter le nombre à 60 cette année pour faire correspondre au 60ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. Mais vous voyez, qu’au lieu de 60, le nombre est passé à 65 depuis l’année dernière, ce qui dénote l’excellence de nos relations. Donc la formation est très importante et elle  existe depuis l’établissement de relations entre nos deux pays.

Guineematin.com : Toujours dans le cadre de la coopération et du raffermissement des relations entre les deux pays, quelles sont, selon vous, les pistes de solution, que le pays doit améliorer pour bénéficier davantage d’investissements russes en Guinée ?

C’est le rôle de l’Ambassade d’expliquer aux investisseurs russes que le climat des affaires s’est fortement amélioré en Guinée et continue de s’améliorer. Les investisseurs viennent. Il n’y a pas ce coin du monde aujourd’hui, où les investisseurs ne voudraient pas venir investir dans ce pays. On est en train d’expliquer à nos investisseurs de venir investir en Guinée. Puisque grâce à la politique de réformes et d’ouverture du Président Alpha Condé, le climat des affaires s’est amélioré d’un niveau suffisant pour attirer davantage d’investisseurs russes en Guinée. Je crois qu’il y a un élément à souligner, c’est l’amélioration de la législation en ce qui concerne le climat des investissements en Guinée. Je félicite les députés guinéens et l’Assemblée nationale et souhaite que cet élan continue.

Guineematin.com : Maintenant, parlons des relations Russo-africaines. Que représente réellement l’Afrique pour la Fédération de Russie ?

D’abord, il faut noter que ce continent attire toujours les Russes. Mais c’est aussi un continent énigmatique pour nous puisqu’il se trouve géographiquement assez loin de la fédération de Russie. On est venu en Afrique après le début des indépendances et la Guinée est le premier pays avec qui nous avons établi  des relations diplomatiques. C’est à travers elle que l’Union Soviétique a découvert l’Afrique.  Bien sûr, il y avait des savants, des voyageurs et de religieux russes qui avaient visité le continent dans le passé, notamment Alexandrie et le Caire en Egypte. Il faut dire aussi que quand on cherche le soleil, on vient en Afrique. C’est aussi le rôle de l’Ambassadeur d’encourager nos investisseurs à venir en Afrique. Et d’ailleurs, de plus en plus, les touristes russes viennent au Maroc, en Egypte, dans plusieurs pays où le tourisme est développé. C’est aux guinéens et en Sierra Léone où je suis accrédité, de travailler plus, pour attirer les touristes étrangers, dont les Russes. C’est à vous de faire visiter les Russes votre continent ensoleillé. Puisque chez nous, le soleil nous manque. Nous avons 6 mois d’hivers. Tandis que chez vous, le soleil est en permanence.

Guineematin.com : Peut-on s’attendre un jour à une visite du Président russe en Afrique, voire en Guinée ?

Ça c’est très difficile à dire puisque je ne connais pas l’agenda de notre Président. A mon avis, il était en visite  dans certains pays comme l’Afrique du Sud en 2006 et l’Egypte il n’y a pas très longtemps. Et ce que je sais, notre Président est invité en Guinée par le Pr Alpha Condé.

Guineematin.com : Quelle lecture faites-vous des relations Russo-européennes depuis le retour de la Crimée dans le giron du Kremlin ?

Les relations avec l’union Européenne par rapport à la Crimée, je crois que l’UE commence à comprendre que le retour de la Crimée dans le giron russe était le souhait des habitants de l’île. A l’époque je le rappelle quand Khrouchtchev, ukrainien d’origine, a donné la Crimée à l’Ukraine, les gens n’étaient pas contents et personne ne pouvait imaginer qu’un jour l’Union Soviétique allait s’effondrer. Pendant tout ce processus qui s’est déroulé au sein l’Union Soviétique, personne n’a eu l’attention là-dessus puisque c’était interne…A mon avis, depuis un certain temps, les européens le comprennent petit-à-petit. D’ailleurs des anciens présidents français en particulier, Giscard d’Estaing l’a dit à haute voix qu’il faut que les européens le comprennent que la Crimée était à la Russie et doit rester à la Russie. Voilà, je pense que c’est une compréhension qui vient de commencer même si c’est de façon assez tardive.

Guineematin.com : Des relations russo-américaines. Une rencontre entre les Présidents Américain et Russe est annoncée en mi-juillet prochain. A quoi, selon vous, cette rencontre pourrait aboutir ?

C’est justement le 16 juillet que ce sommet va se dérouler à Helsinki en Finlande. Ce sera le premier contact bilatéral. C’est vrai, ils se sont vus avant. Mais c’est ce sommet qui va réunir les deux Présidents autour d’un certain nombre de dossiers. La rencontre se prépare puisque tout le monde a besoin que les relations entre nos deux pays s’améliorent. Il faut donc répondre à ce souhait. Au point de vue américain, les élections partielles sont annoncées pour bientôt et le président Trump doit montrer aux Américains, notamment à ces électeurs et les électeurs de son parti, qu’il tient à sa parole. Pendant sa campagne électorale, il avait promis à ses concitoyens d’améliorer les relations avec la Russie. Peut-être, c’est le premier contact avec ce sommet. En ce qui nous concerne, nous croyons toujours que les bonnes relations entre notre pays et les Etats-Unis doivent être un élément de stabilité dans le monde entier. C’est pour cela que notre Président a accepté cette rencontre et je ne souhaite que du succès à ce sommet.

Guineematin.com : Entre l’Union européenne et la Russie, le courant ne passe toujours pas bien. Quelle solution faut-il envisager pour décrisper la situation et permettre une meilleure collaboration entre les pays du vieux continent ?

Vous voyez, l’Union Européenne n’est pas homogène. Et d’ailleurs, c’est de plus en plus. Dans chaque pays, il y a une telle ou telle tendance ou d’appréciation de notre pays, des relations bilatérales… Et petit-à-petit, en continuant le dialogue bilatéral, en ajoutant  celui de l’UE et de mon pays, nous allons retrouver l’harmonie. Il n’y avait pas toujours d’harmonie entre la Russie et ces pays. On a trouvé que cette harmonie après la dislocation de l’Union Soviétique, était plus avantageuse pour les pays de l’UE que pour la Russie en général. C’est pourquoi, nous avons commencé à formuler nos critères comment nous voulons développer nos relations avec l’UE. Il y avait des gens qui étaient d’accord et d’autres non. Mais cette tendance est en train de s’améliorer et bien sûr, nous finiront par retrouver l’harmonie entre l’UE et la Russie.

Guineematin.com : Des relations Russo-européennes, nous parlons à présent de celles existant avec la Turquie. Il y a deux ans, un diplomate russe a été froidement abattu en Turquie. Où en sont les enquêtes ? 

Oui, ce n’est pas un diplomate mais l’Ambassadeur lui-même qui a été abattu par un nationaliste terroriste. C’est un problème général. Il faut qu’on fasse des efforts pour lutter contre le terrorisme international de façon plus efficace et durable. Cet assassinat nous a choqués mais depuis lors, je crois que la Turquie a pris des mesures plus efficaces pour renforcer la sécurité autour des ambassades et celle des diplomates et de leurs personnels. Je vous assure à ce niveau que le Président Erdogan fait beaucoup d’efforts louables.

Guineematin.com : Les conflits en Asie, voire les guerres, le blocus imposé en Palestine sont entre autres des dossiers brûlants. Quelles solutions la Fédération de Russie envisagerait pour ramener la paix dans cette région du monde ?

Ce n’est pas seulement les russes qui doivent le faire ou auxquels il incombe de résoudre ce problème complexe. Il y a les Américains, les Européens, Israël et tous les autres acteurs qui doivent intervenir et chercher la solution d’une paix durable dans la région. Parfois, il y a des excès. Nous remarquons parfois qu’il y a des décisions qui sont prises de manière irrationnelle. C’est une région très importante au point de vue économique, culturel, social et civilisationnel de façon générale. Je crois que le sommet d’Helsinki apportera des solutions à ce niveau. Ou au moins quelques solutions aux nombreux défis qui se présentent.

Guineematin.com : Du fonctionnement de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Quelle est votre appréciation du fonctionnement du Conseil de sécurité, dont le nombre de membres permanents reste bloqué à cinq depuis la fin de la 2ème guerre mondiale ?

Je suis favorable à ce que ça reste ainsi. Puisque ce Conseil de Sécurité établi après la seconde guerre mondiale, composé de cinq pays membres permanents, continue de maintenir la paix dans le monde malgré tout. Ces pays doivent s’entendre et se souder pour la paix dans le monde et les autres pays doivent leur apporter tout le soutien nécessaire.

Guineematin.com : De la lutte contre le réchauffement climatique. Quelle est la position de la Fédération de Russie, grande détentrice d’énergies fossiles, sur la protection de l’environnement et la réduction des gaz à effet de serre ?

Nous avons signé tous les accords possibles pour améliorer cette situation. Nous sommes signataires de l’accord de Paris sur le climat appelé aussi accord COP 21. On fait tout notre possible. A la mesure de nos moyens pour suivre et respecter les accords internationaux établis dans ce cadre. On se sent responsable pour l’avenir de notre planète. Je reviens d’ailleurs sur le projet Dian Dian. Votre ministre des mines a dit une chose très importante le jour de la cérémonie à Kamsar. Il a dit que les Russes sont des partenaires et négociateurs parfois durs. Mais quand ils donnent leur parole, ils la tiennent. Cela est valable pour tous les autres sujets qui nous impliquent.

Guineematin.com : Pour finir, actualité oblige, parlons sport. La Russie abrite la Coupe du monde qui se joue depuis le 14 juin. Quel est votre pronostic pour l’équipe russe et qui, à votre avis, sera champion du monde cette année ?

D’abord, c’est mon souhait que la Russie gagne. En ce qui concerne les pronostics, il est difficile à dire. Moi je n’ose pas. Mais je suis presque persuadé que cette finale va se jouer aux tirs aux buts. Et nous souhaitons que le meilleur gagne dans la plus belle ambiance sportive qui puisse être.

Guineematin.com : Merci Excellence

Alexandre Bregadzé : c’est à moi de vous remercier.

Propos recueillis et décryptés par Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

Facebook Comments

Guineematin