Depuis l’effondrement au mois de juin dernier du vieux pont métallique de Linsan, sur la route nationale n°1 Kindia-Mamou, les paysans qui possèdent des champs aux alentours du fleuve Konkouré assistent, impuissants, à une destruction de leurs cultures.

Pour mieux cerner l’ampleur des dégâts, l’envoyé spécial de Guineematin.com à Linsan est allé hier, lundi 13 août 2018, à la rencontre de ces hommes qui pleurent en silence ! Les pertes qu’ils ont subies ont été causées par des nombreux véhicules et leurs occupants, eux-mêmes victimes des différents blocages de la circulation au niveau du fleuve Konkouré. Là, un nouveau pont vient d’être réalisé et actuellement pratiqué après la montée des eaux du fleuve qui a rendu obsolète la déviation de fortune qui avait été improvisée par les autorités pour, dit-on, atténuer la souffrance des populations qui étaient bloquées de part et d’autre de ce fleuve.

Selon les informations recueillies sur place par l’envoyé spécial de Guineematin.com, ce sont des champs d’arachides et plusieurs hectares d’anacardiers qui ont été détruits cette saison par les véhicules qui abandonnaient la chaussée pour se frayer un chemin qui mène à la déviation, le seul lieu qui permettait aux usagers en provenance de la Guinée profonde pour la Basse Guinée (et inversement) de rallier l’un ou l’autre côté du fleuve Konkouré. Une déviation qui aurait été elle-même créée sur une plantation d’anacardier…

« Quand le pont métallique s’est effondré, les autorités ont envoyé des machines pour créer une déviation. Ces machines ont été les premières à détruire mes anacardiers. Ensuite, des camions, des voitures et leurs passagers sont venus aplanir le reste ! Trois hectares d’anacardiers ont été complètement dévastés. Finalement, la plantation ressemblait à une gare routière. Des véhicules y étaient garés un peu partout. J’étais choqué au point qu’un jour, je me suis mis à pleurer », a expliqué Ibrahima Sory Keïta, un cultivateur qui a fait faire à notre reporter le tour de sa plantation, à la recherche des restes de ses anacardiers.

Pour ce père de famille qui est convaincu que « la terre ne trompe pas son homme », ce sont plusieurs mois de labeur et beaucoup d’argent qui ont été « dévastés » en un laps de temps. « Ces anacardiers avaient juste 18 mois lorsqu’ils ont été envahis et détruits. Et, pour chaque trou qui a servi à planter ces anacardiers, j’ai payé 2 000 francs guinéens. Aujourd’hui, il ne reste plus rien dans cette plantation… », a regretté Ibrahima Sory Keïta.

L’utilisation de la déviation de Linsan avait aussi causé la destruction partielle de plusieurs champs d’arachides appartenant à ce père de famille qui a tout abandonné à Mamou-ville (où il est né et a grandi) pour se consacrer entièrement à l’agriculture.

Avec la fin des travaux du nouveau pont de Linsan, Ibrahima Sory Keïta, croyait que le pire était derrière lui. Mais, il lui a fallu seulement quelques heures pour se convaincre du contraire.

La montée rapide des eaux du fleuve Konkouré, en début de la semaine dernière, a provoqué une crue qui a rendu obsolète le pont de fortune de la déviation. A cela s’est greffée une interdiction pour les camions de plus de 40 tonnes de circuler sur le nouveau pont de Linsan, alors qu’ils étaient déjà là, chargés plein à craquer ! Conséquences, la circulation a quasiment été paralysée, tandis que plusieurs dizaines de véhicules et leurs occupants sont restés bloqués des jours entiers de part et d’autre de cet ouvrage de franchissement.

Pour se rapprocher et tenter de traverser ce fameux pont, certains véhicules en provenance de Mamou ont de nouveau « ouvert » des chemins dans les champs d’arachides de monsieur Keïta et d’autres cultivateurs. « Ce que vous voyez ici, du côté du goudron, est nettement insignifiant par rapport à ce qui a été détruit de l’autre côté du fleuve. Les véhicules ont créé un peu partout des routes en détruisant considérables les champs d’arachides. On a subi des pertes énormes ! C’est pourquoi, nous demandons aux autorités et aux personnes de bonne volonté de nous venir en aide », a indiqué Aboubacar Diallo, l’une des victimes.

Abordant dans la même sens, Ibrahima Sory Keïta a juré avoir investi beaucoup d’argent dans ses champs d’arachides et ses plantations d’anacardes qui ont été dévastées. « Je demande aux autorités de nous aider à sortir de ce problème. Nous avons investi beaucoup d’argent pour travailler nos champs. Personnellement, je me suis endetté dans une banque de micro finance à Mamou pour travailler ici. J’ai bourré mes champs à 700 mille francs par hectare, j’ai acheté un pot d’arachides à 2 500 francs guinéens. Et, aujourd’hui, je paye 20 000 par jour à chacun de mes travailleurs », a-t-il dit.

Par ailleurs, Ibrahima Sory Keïta a confié avoir perdu six vaches à cause du calvaire de Linsan. « Comme il n’y a pas de toilette, les gens se mettent à l’aise un peu partout. Mes vaches sont mortes parce qu’elles ont mangé des excréments humains. Les vaches sont vraiment allergique à ça », a-t-il précisé.

A noter que la circulation a déjà repris sur le nouveau pont de Linsan. Une reprise qui pourrait éviter le pire aux paysans, même si plusieurs véhicules, surtout des camions, se bousculent toujours sur ce petit tronçon de la route nationale n°1 qui a empêché cette année de nombreux vacanciers de se rendre au village et inversement…

A suivre !

De Linsan, Keïta Mamadou Baïlo envoyé spécial de Guineematin.com

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