« Je dis que cette revendication porte beaucoup plus sur le politicien qui cherche à se faire acclamer, à se faire aimer. Or, le syndicat cherche à faire comprendre le problème à la partie gouvernementale et ensemble, trouver une solution. Aujourd’hui, nous avons un problème de 11 148 enseignants… », a notamment dit Michel Pépé Balamou.

Aussitôt mis en place, le Syndicat National de l’Education (SNE) s’active sur le terrain pour son implantation et la défense des intérêts des enseignants. Cette tâche semble complexe au regard de l’immensité des défis à relever, mais n’entame pas pour autant l’engagement des initiateurs du mouvement.

Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com, dans la journée du lundi, 08 septembre 2018, le Secrétaire Général du SNE, Michel Pépé Balamou est revenu sur les difficultés d’implantation et les perspectives de la structure qu’il dirige. Il a aussi répondu à ceux qui qualifient son syndicat d’une création des autorités pour contrecarrer les actions du SLECG dirigé par le camarade Aboubacar Soumah…

Guineematin.com : le Syndicat National de l’Education vient de naître. Quels sont les objectifs assignés à ce mouvement ?

Michel Pépé Balamou : le SNE a été créé pour apporter une nouvelle pierre angulaire aux plateformes revendicatives, qui se veut professionnelle d’autant plus que ce nouveau syndicat est composé de jeunes enseignants en situation de classe et qui voient que la revendication syndicale, telle qu’elle est portée dans notre pays ces derniers temps, frise beaucoup plus le combat politique que syndical. Puisque le syndicat s’inscrit dans la dynamique de la défense des intérêts matériels et moraux des enseignants. Et, le syndicat défend non seulement le travail et le travailleur. Nous, nous voudrions que la revendication syndicale porte sur des éléments catégoriels, visibles, observables, tangibles comme des primes de préparation, des primes de craie et de correction, de documentation,…. Au delà de ça, il y a aussi certains aspects sociaux comme les logements sociaux, la prise en charge et l’évacuation sanitaire, la formation des enseignants. Le SNE est un syndicat qui s’intéresse donc à la qualification du système éducatif qui est aujourd’hui évanescent. On a aussi des écoles où les effectifs sont pléthoriques, où il n’y a pas de bibliothèques, pas de laboratoires, où rien ne se fait par l’Etat. Aujourd’hui, aucun enseignant du secondaire ne bénéficie d’une bourse pour aller étudier à l’extérieur. Donc, nous, nous devons avoir pour vocation d’aider à la formation des formateurs.

Guineematin.com : que peut-on dire de la représentativité du Syndicat National de l’Education (SNE) sur le territoire guinéen ?

Michel Pépé Balamou : vous savez que nous venons de sortir de notre fontaine baptismale, il ya de cela un mois et un jour. Depuis lors, nous sommes sur pieds, nous avons essayé d’installer des bureaux provisoires à l’intérieur du pays, que nous irons valider d’un moment à l’autre sur le terrain. En même temps, ici à Conakry on a un bureau à Matoto, d’autres bureaux à Matam et à Dixinn.

Guineematin.com : comment se passe justement cette implantation à l’intérieur du pays ou à Conakry ? On a appris qu’il y aurait des difficultés, notamment avec le SLECG.

Michel Pépé Balamou : oui, ce sont nos camarades du SLECG (Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée) qui, dans leur philosophie syndicale, veulent le monopole syndical, dans leur imagination, c’est que les enseignants ont déjà un syndicat. Pour eux, ce syndicat c’est le SLECG. Autre syndicat n’est pas là pour défendre les enseignants. Or, c’est aller en porte à faux avec nos textes de lois qui consacrent la liberté syndicale. Nous avons dit, si nous sommes nés, la première démarche qu’on a eu à faire et qui est très louable, c’était d’aller vers eux, en leur adressant une lettre d’information, comme il est de tradition syndicale, pour leur dire que nous existons. Toutes les autres structures syndicales qui existent, même au-delà de l’éducation, ont reçu avec respect notre lettre d’information. Mais, le SLECG a refusé de recevoir cette lettre et dit ne pas coopérer avec nous, d’aller déposer cette lettre au niveau du gouvernement. Alors, nous leur avons dit, comme ils nous prennent pour ennemis, nous ne sommes pas adversaires à eux, nous œuvrons tous à la qualification du système éducatif. C’est le moment de leur rappeler que, loin de nous toute prétention de vouloir ramer à contre-courant des intérêts des enseignants, mais « la beauté d’un tapis dépend de la diversité de ses couleurs », dit un auteur. Une sauce n’est sauce que lorsqu’il y a des ingrédients. Nous sommes encore là, disposés à aller vers eux pour qu’ensemble nous puissions voir comment on peut contribuer à l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants.

Guineematin.com : au début, vous avez dit que la manière dont les revendications sont posées frise beaucoup plus le combat politique que syndical. Vous voulez dire que le SLECG aurait des accointances avec des formations politiques ?

Michel Pépé Balamou : je n’ai pas dit que le SLECG est entrain d’aller sur le terrain politique. Je dis, la manière de porter les revendications…. Vous savez, en matière syndical, il y a ce qu’on appelle les techniques de négociations. Si vous voulez négocier, vous allez préparer psychologiquement vos syndiqués. On va à une bataille, on peut ne pas gagner. C’est comme un chasseur qui va à la chasse, il a la prétention d’abattre une biche. Il peut revenir avec un rat, il peut revenir bredouille. C’est ça la négociation syndicale. Mais, si vous tenez mordicus à ce que si ce n’est pas ça, ce n’est rien, alors vous avez tendance à sortir du terrain syndical. Et, le gouvernement n’est pas l’ennemi, c’est des partenaires. Vous-mêmes qui revendiquez, vous émargez au Fichier Général de l’Administration. Vous êtes une force sociale d’alerte, vous alertez le gouvernement sur les conditions de traitement de vos syndiqués pour qu’ensemble, avec le gouvernement, vous voyez le PIB, les recettes pour pouvoir améliorer ces conditions. C’est en cela que moi je dis que cette revendication porte beaucoup plus sur le politicien qui cherche à se faire acclamer, à se faire aimer. Or, le syndicat cherche à faire comprendre le problème à la partie gouvernementale et ensemble, trouver une solution. Aujourd’hui, nous avons un problème de 11 148 enseignants. L’Etat est parvenu à trouver 3000 enseignants en classes. Leurs salaires ont été dégelés. Les 7600 restent aujourd’hui non trouvables alors qu’ils coûtent à l’Etat 4 milliards de francs guinéens par an. Si nous parvenons à avoir cette sommes là, on peut l’ajouter aux salaires des enseignants. Nous, nous avons dit que nous allons agir en synergie avec l’Etat pour mener un recensement exhaustif.

Guineematin.com : le SLECG parle certes de huit millions de francs guinéens de salaire mensuel par enseignant, mais ils disent que c’est négociable. Ne sont-ils pas disposés à lâcher du lest ?

Michel Pépé Balamou : la négociation syndicale a été ratée dès le début, la forme de la négociation syndicale. En matière de lutte syndicale, on négocie sur la base des pourcentages et sur la base des données quantifiées. Il y a ce qu’on appelle ici une grille catégorielle. Nous, au niveau de l’éducation, il y a des enseignants du primaire, du collège, du lycée, du professionnel, de l’université. Il faut tenir compte de la hiérarchie, du dernier diplôme, de la compétence, de l’échelon, du grade. Mais, si vous vous levez seulement pour dire que nous voulons pour tout le monde, sans au moins tracer une ligne, là ça pose problème. Nous ne sommes pas opposés à ces huit millions. Mais, c’est la démarche qui sous-tend la revendication de ces huit millions a été biaisée dès le départ. Donc, quand vous êtes en erreur, ça ne vous coûte rien de rectifier le tir. Et, c’est le moment de rectifier le tir d’avoir une plateforme revendicative consensuelle, sur des données techniques et là maintenant, la partie gouvernementale peut les prendre.

Guineematin.com : certains observateurs disent que le SNE est une création des autorités pour contrecarrer les actions du SLECG. Qu’en dites-vous ?

Michel Pépé Balamou : la première des choses est que nulle part dans nos déclarations, personne ne s’est attaqué au SLECG. Le SLECG est entrain de défendre le traitement salarial des enseignants. Nous, nous sommes entrain de défendre les conditions de vie des enseignants. On a le même objectif, mais on n’a pas la même démarche. Ensuite, l’histoire du syndicalisme en Guinée n’est pas loin de la politique. Quand vous prenez la première structure syndicale, la FSPE (Fédération Syndicale Professionnelle de l’Education) dirigée par Koumandian Kéita, vous avez vu la grève des enseignants en 1961. C’est eux qui ont été à l’avant-garde du combat politique. Le premier président de la Guinée était un syndicaliste et le SLECG même, celui originel, a été créé en 1991 et ça c’est un an après le discours de la Baule. Les premiers opposants qui sont rentrés en Guinée ont instrumentalisé les syndicats, surtout le syndicat du supérieur. Le SLECG était un syndicat du supérieur. Donc, dire que nous sommes manipulés, ce serait des jugements subjectifs, nous n’allons pas leur répondre. Mais, les jours, semaines, mois et années à venir démontreront devant le peuple de Guinée si nous sommes instrumentalisés ou pas.

Guineematin.com : quel est le dernier mot au compte de cet entretien ?

Michel Pépé Balamou : le mot de la fin est d’exhorter les enseignants à un sens beaucoup plus républicain et de penser que les revendications syndicales ne sont pas un affront que l’on lance. Mais, c’est une persuasion. Et, la persuasion consiste à mettre la pression sur l’Etat. La grève n’est que la phase ultime d’une revendication syndicale et de penser aux pauvres enfants. Parce que, ceux qui sont commis de l’Etat aujourd’hui n’ont pas leurs enfants dans nos différentes écoles. Leurs enfants étudient à l’extérieur et dans les écoles françaises en Guinée. Donc, nous ne faisons pas du tort à l’Etat, au gouvernement. Mais, on fait du tort aux pauvres citoyens qui se battent à longueur de journée pour trouver le quotidien pour leurs enfants.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél : 628 17 99 17

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