Lamine Guirassy

Lamine Guirassy, PDG du Groupe Hadafo Médias

Après deux mois de vacances, le groupe Hadafo Médias signe sa rentrée 2018 ce lundi, 03 septembre 2018. Depuis 4 heures 45 minutes, tous les médias membres du groupe ont repris normalement leurs programmes. Et, comme toujours, le PDG du groupe, Lamine Guirassy, a tenu à faire quelques réaménagements des programmes pour cette nouvelle saison. Certaines émissions disparaissent de la grille, d’autres font leur apparition, et d’autres aussi connaissent des améliorations. Pour en parler, le célèbre animateur radio a accordé une interview à Guineematin.com dans la soirée d’hier, dimanche 02 septembre 2018.

Décryptage !

Guineematin.com : le groupe Hadafo Médias était en vacances depuis deux mois, dans quelques heures, vous allez signer votre rentrée avec la reprise normale des programmes de tous les médias membres du groupe. Où en êtes-vous aujourd’hui avec les préparatifs de cette rentrée ?

Lamine Guirassy : je vais dire que nous sommes à 99% prêts. Radio Espace, Espace TV, Sweet FM et les radios en régions, c’est une symbiose. Chez nous, toutes les rentrées sont différentes ; surtout que cette année, on fait notre rentée après 10 ans d’existence en ce qui concerne la radio Espace. On s’est dit donc qu’il fallait enlever 10 émissions de l’antenne et introduire de nouvelles émissions pour pouvoir repartir avec une nouvelle décennie.

Donc, cette rentrée est particulière dans ce sens que nous partons avec une nouvelle dynamique, avec de nouvelles choses que nous allons essayer à l’antenne, on verra ce que ça va donner. On va faire un arrêt peut-être en décembre pour une semaine pour voir ce qui a marché et ce qui n’a pas marché afin de savoir s’il faut continuer ou pas. La particularité aussi cette année, c’est que nous prenons l’antenne à partir de 4 heures 45 minutes avec Alassane Sacko et Bambo Guirassy jusqu’à 6 heure et demi pour me rendre l’antenne pour continuer jusqu’à 11 heures.

On a aussi des français qui ont rejoint le groupe Hadafo Médias, tels que Arnault Becher que les auditeurs auront le privilège d’écouter les lundis à 11 heures. On a aussi Jean Jacques qui sera à l’antenne les vendredis de 23 heures à 2 heures du matin. Donc, voici quelques nouveautés qui vont intervenir du côté de la radio.

A la télévision aussi, on s’est dit qu’il faut mettre le terroir en valeur à travers une émission de divertissement que nous appelons « Yankadi ». A 20 heures, au lieu d’avoir un journal de 10 minutes, nous aurons maintenant un grand journal de 30 minutes qui va s’intéresser notamment à l’actualité du contient.

L’autre nouveauté aussi, c’est le lancement dans deux semaines de Kalack radio, cette radio dont on a parlé. Cette fois-ci on va lancer l’application pour que les auditeurs puissent écouter cette radio dédiée à la culture guinéenne, à la musique guinéenne surtout.

Guineematin.com : ça veut dire qu’il y a des émissions qui ont sauté pour laisser la place à d’autres. Principalement, quels sont les changements intervenus ?

Lamine Guirassy : alors, il y a l’émission « My libre Antenne » qui a disparu de la grille. C’est une émission qui existe depuis la création de la radio Espace, il y a 10 ans. On s’est dit donc qu’il fallait revoir cette émission parce qu’en 2008, la pénétration des réseaux sociaux n’était pas aussi importante qu’elle l’est en 2018 et qu’il fallait se mettre au diapason pour conjuguer avec notre auditoire. C’est vrai que la cible de la radio Espace aujourd’hui c’est la ménagère de 40 ans, mais en même temps il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup de jeunes qui écoutent cette radio aussi, donc on s’est dit qu’il fallait peut-être aller puiser dans ce milieu-là.

Et la nouvelle émission qui a pris la place de « My Libre Antenne » s’appelle « On se lâche ». C’est une manière de se divertir le soir. Des artistes peuvent être invités dans cette émission, des politiques aussi, « Les vrais gens » aussi comme j’aime à le dire. Une manière vraiment d’être en contact avec notre auditoire. Il y a l’émission « Planète Hit » de Prince Diallo aussi qui a sauté. On a voulu cette année aller sur d’autres terrains, notamment du côté des Caraïbes ; une manière de faire une synergie entre l’Afrique et les Caraïbes à travers une nouvelle émission que nous appelons « Afrizone ».

Parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui les Antillais reconnaissent cette africanité en eux et donc pour nous c’était important de penser à eux. Et, le samedi soir maintenant à l’antenne, au lieu de divertissement, on s’est dit qu’il serait bien de donner la parole à ces boulangers, à ces mécaniciens, à ces auditeurs qui interviennent à l’antenne. D’où la création de l’émission « Le club radio Espace » à la place de « La vie est belle » qu’Alassane Sacko va animer.

Guineematin.com : on sait que « Les Grandes Gueules » c’est sans doute l’émission radio la mieux suivie en Guinée, est-ce qu’elle connaitra aussi des changements cette saison ?

Lamine Guirassy : ce qui va changer, c’est la participation des auditeurs. Désormais, au lieu de n’envoyer que des SMS, ils vont pouvoir intervenir dans l’émission. Le réalisateur verra quels sont les auditeurs les plus pertinents pour les mettre à l’antenne afin qu’on puisse les écouter dans les dernières minutes de l’émission. Nous allons aussi essayer de travailler par thématiques. Si on parle de la politique le lundi par exemple, on parle de l’environnement le mardi. Après, l’actualité peut évidemment faire bouger les lignes.

On a souhaité avoir le président Alpha Condé demain lundi dans « Les Grandes Gueules », la demande n’a pas été rejetée ; mais, on m’a fait savoir qu’il ne sera pas là le 03 septembre, il sera en Chine. Donc, j’attends et j’espère qu’on l’aura cette année pour qu’il se prononce enfin sur ses intentions en 2020. J’ai aussi demandé au Premier ministre, Kassory Fofana, d’intervenir lundi chez « Les Grandes Gueules » ; mais, il m’a dit que la pagaille est finie et qu’il est géré maintenant par une agence et qu’il faut qu’on passe par cette agence pour l’avoir.

Mais, je me suis dit que si vous dites que votre gouvernement est un gouvernement qui est plus proche du peuple, et il n’y a pas une émission qui est plus proche du peuple aujourd’hui en Guinée plus que « Les Grandes Gueules », pourquoi ne pas venir intervenir dans cette émission ? Mais, pour l’instant ce n’est pas acquis.

Guineematin.com : vous avez dit aussi qu’il y a des français qui ont rejoint le groupe, est-ce qu’ils rejoignent l’équipe à Conakry ou bien ils vont animer leurs émissions en France et les envoyer pour qu’elles soient diffusées ici ?

Lamine Guirassy : ils vont enregistrer leurs émissions en France qu’ils vont envoyer via un lien, et nous allons les récupérer pour les diffuser.

Guineematin.com : l’ouverture de l’antenne est prévue demain à 4 heures 45 minutes. A cette heure-là, on sait que la plupart des auditeurs en Guinée en tout cas seront encore en train de dormir, pourquoi avoir choisi une heure si matinale, est-ce que c’est les auditeurs d’autres pays que vous visez ?

Lamine Guirassy : honnêtement, tu es trop puissant ! C’est parce qu’il faut être au diapason du monde. Moi, je voyage souvent, quand je prends les Etats-Unis par exemple, à 16 heures là-bas, il est 4 heures du matin ici. Il n’y a que la musique qui passe à l’antenne si ce n’est que des rediffusions. En même temps, j’ai fait une expérience exceptionnelle à la radio à l’occasion des 10 ans de la radio Espace en janvier 2018 en tenant l’antenne pendant 24 heures. Alors, j’étais été surpris de voir que ça crépitait dans tous les sens quand j’ai demandé aux auditeurs d’appeler à 2 heures du matin.

Pour moi, il est très important de se dire que nous sommes une radio guinéenne mais au-delà nous sommes une radio panafricaine. Donc, pour moi, il n’y a pas de limitation par rapport à ça. Et puis, il y a des gens qui travaillent de nuit en Guinée, notamment les boulangers, et il y a des guinéens qui nous écoutent à l’international. Je pense aussi qu’il faut mettre la barre très haute chaque année. Quand on a lancé la radio Espace on démarrait le morning à 7 heures en 2008. De 7 heures, on est venu à 6 heures et demi, et puis à 6 heures.

Guineematin.com : il y a un moment, vous avez décidé de construire un siège à Conakry qui va abriter tous les médias membres du groupe Hadafo, mais aussi des sièges pour les radios en régions afin d’être autonome de ce côté-là. Où en êtes-vous aujourd’hui avec ces différents projets ?

Lamine Guirassy : ça avance vraiment, je vous laisserais le soin d’aller voir vous-mêmes du côté de Bonfi où on construit notre siège à Conakry. C’est vrai qu’il y avait eu des blocages à un moment avec je ne sais quel département parce qu’il fallait avoir un permis de construire. Il a fallu un an et demi pour qu’on puisse obtenir ce papier et aujourd’hui les travaux avancent vraiment. On espère que d’ici la fin de l’année les studios seront prêts ; mais, il reste à savoir est-ce qu’il faut déménager les bureaux sans les autres bureaux. Parce que mis à part les quatre étages que nous allons faire pour les studios de radios Espace, Espace TV et Sweet FM, il faut sortir encore six étages pour les bureaux.

En régions aussi les travaux avancent bien à Kankan, à Labé, à Kindia, à Boké c’est à 90% prêt. On est en train de voir aussi à N’zérékoré comment faire évoluer les choses. Parce que pour nous c’était important d’être sur nos propres terrains partout où nous sommes en Guinée.

Guineematin.com : il y a quelques temps, vous aviez un projet de rachat de la chaîne Gangan TV mais aussi d’une chaîne de télévision antillaise. Est-ce que ces projets n’ont finalement pas marché ?

Lamine Guirassy : pour Gangan, ça n’a pas marché parce que tout simplement le patron de la chaîne qui n’est autre que Abé Sylla a décidé finalement d’annuler le marché. Sinon, les huissiers étaient partis sur le terrain ; mais, en fin du compte, ça n’a pas bougé. Maintenant, du côté d’OM5 TV, nous sommes à 70% en ce qui concerne l’acquisition. C’est quand même complexe parce que ce n’est pas le même pays, là-bas, c’est la France. Il y a un cahier de charges à respecter, il y a des avocats qui sont en train de travailler sur le dossier pour voir avec le CSA du côté de la France dans quel contexte on pourra respecter éventuellement le cahier de charges sans évidemment marcher sur le terrain des autres. Pour moi, ce serait une belle rentrée du côté de la France, je fais le sens contraire en fait.

Guineematin.com : on va parler maintenant de la personnalité de Lamine Guirassy. Vous avez été élu récemment parmi les 50 personnalités les plus influentes d’Afrique de l’Ouest par « Influences Magazine », vous avez reçu votre distinction hier à Dakar, est-ce que cette distinction a été une surprise pour vous ?

Lamine Guirassy : oui, ça m’a surpris honnêtement. Je l’ai même dit hier à l’occasion de la cérémonie de remise. Moi, je ne comprends pas parce que moi, je suis dans mon petit coin, je fais mon boulot normalement et je pense que je n’ai pas besoin de médailles pour ça. Quand on est joueur de football, on va à la coupe du monde pour remporter la coupe ; donc, pour moi, je ne fais que mon boulot. Je me suis dit aussi est-ce que ce n’est pas trop tôt tout ça, je n’ai que 40 ans.

Mais, je pense que cette distinction prouve que ce que nous faisons tous les jours a vraiment un impact sur la population ; donc, ça fait réfléchir et c’est en même temps une pression pour moi. Une pression pour dire qu’il ne faut jamais baisser les bras, il faut toujours continuer sur ce que nous avons commencé sans se répéter, parce que c’est le plus difficile, je pense. Donc, pour moi, représenter la Guinée à travers le monde, on ne peut pas mieux rêver.

Guineematin.com : une fierté mais aussi une pression vous l’avez dit. N’est-ce pas aussi une motivation pour se lancer en politique peut-être ?

Lamine Guirassy : j’ai toujours dit qu’il ne faut jamais dire jamais. 2020, c’est peut-être une occasion de faire un renouvellement de la classe politique guinéenne. Donc, je ne suis pas en train de dire que je vais me lancer en politique ; mais, je ne ferme la porte à rien du tout. Parce que je n’ai pas envie d’être un éternel spectateur, j’ai envie aussi d’être acteur, je ne sais pas quand même pour l’instant comment cela se passera. C’est vrai qu’il y a des gens qui sont venus me voir pour me demander de prendre la tête de leurs partis politiques ; mais, je leur ai dit que ça ne m’intéressait pas.

Guineematin.com : c’est des grandes formations politiques ?

Lamine Guirassy : on ne va pas dire des grandes formations ; mais, c’est tout de même des partis qui ont leur licence. Je n’aime pas rentrer par la petite porte, j’ai toujours dit que si un jour je décide de me lancer en politique, je mettrai de côté la radio, la télévision et ça sera clair pour tout le monde que je ne suis plus journaliste, je suis un homme politique. Tel n’est pas le cas pour l’instant. Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour.

Interview réalisée par Alpha Fafaya Diallo et Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

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