Les mines d’or de Siguiri sont régies aujourd’hui par une loi à part. Pas celle de l’Etat, mais celle des « Tömbolomans » ou gardiens de la loi. Cette justice parallèle fait la loi dans les mines d’or de Siguiri. En cas de problème, c’est elle qui arrête, juge et sanctionne ceux qu’elle estime être des coupables selon ses propres lois. Le correspondant de Guineematin.com à Siguiri s’est intéressé au travail des « Tömbolomans », pas très appréciés sur le terrain mais que tout le monde laisse faire.

L’Etat guinéen dispose de sa justice et de ses forces de l’ordre, les mines d’or de Siguiri aussi en ont les leurs. Inutile de rappeler que ces mines attirent du grand monde. Et forcément donc, les problèmes ne manquent pas aussi sur le terrain. Pour réguler alors le travail dans ces mines d’or, les chefs des villages miniers ont décidé de mettre en place une sorte de justice parallèle, dirigée par les « Tömbolomans », ou gardiens de la loi. Quand il y a un problème signalé dans une mine, ce sont eux qui interviennent. Leurs agents interpellent les protagonistes et les conduisent devant les juges qui tranchent selon leurs propres lois et sanctionnent ceux qu’ils estiment être les coupables. Mais, leurs jugements ne semblent pas être appréciés par les orpailleurs. Sékou Condé accuse les « Tömbolomans » d’exactions.

« Une fois, dans la mine, je me suis disputé avec un ami. Il a porté plainte contre moi chez les Tömbolomans. Quand je suis venu répondre, avant de me donner la parole, j’ai déposé sur la table une somme de cent mille francs guinéens et mon ami a payé aussi la même somme pour que sa plainte soit acceptée. Ils détiennent une autre forme de sanction appelée Gbédèni, ils attachent les prisonniers à un bois du matin jusqu’au soir, sans manger ni boire. Et leur jugement est sans recours », témoigne le jeune orpailleur.

Sory Djoumessy, un autre orpailleur, confirme cette version, et explique qu’un de ses amis a perdu la vie en fuyant les exactions des « Tömbolomans ». « Je me rappelle bien, c’était aux environs de 18 heures, les Tömbolomans sont descendus dans la mine appelée Angola pour chasser les orpailleurs, parce que cette mine était interdite d’exploitation. Mais comme la zone était très riche en or, on se cachait pour y exploiter. Ce soir-là, ils sont venus nous chasser, et pendant notre course, mon ami est tombé dans un trou, il est décédé. Les mêmes Tömbolomans avaient dit qu’il est mort par suite d’éboulement, et personne ne pouvait dire le contraire », soutient-il.

Fodé Cissé

Mais, les membres de cette justice parallèle rejettent les accusations portées contre eux. Fodé Cissé, l’un des Tömbolomans, indique que leur travail consiste plutôt à assurer la sécurité des orpailleurs et leurs biens.

Siaka Kéïta

« Notre rôle est la protection des orpailleurs et leurs biens. Les personnes qui viennent ici se livrent à tout. Nous recevons des plaintes que nous jugeons selon notre niveau de compréhension. La plainte est déposée avec une somme de cent mille francs guinéens, et après le jugement, celui ou celle qui n’a pas raison, paye une amende qui varie entre deux cent mille et un million. Le montant dépend de la faute commise », a-t-il expliqué. « Nous protégeons les hommes et leurs biens. Nous mettons de l’ordre et nous travaillons avec la police lorsque la situation devient difficile à notre niveau. Parfois, nous jugeons quand il y a des infractions et notre jugement est sans recours », renchérit Siaka Kéïta, un autre gardien de la loi.

Namory Doumbouya

Les autorités de leur côté, disent ne pas reconnaitre cette justice parallèle. Mais, tout le monde ferme les yeux et laisse les « Tömbolomans » faire la loi dans les mines d’or de Siguiri. « C’est une organisation informelle. L’Etat ne reconnaît pas qu’ils sont mandatés par le village. C’est un autre monde à part. Ils jugent et attribuent des parcelles aux orpailleurs. Leur caisse se trouve à part », a déclaré le sous-préfet de Doko, Namory Doumbouya.

A noter que « Tömbolomans » ou gardiens de la loi, sont représentés dans toutes les mines de Siguiri.

De Siguiri, Bérété Lancei Condé pour Guinéematin.com

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