La signature du contrat de bail d’une partie du Port Autonome de Conakry entre la Guinée et la société Turque Albayrak continue de faire couler encre et salive à Conakry. Les travailleurs du port et la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG) ne sont toujours pas prêts à accepter ce contrat qu’ils jugent défavorable à la Guinée.

Au cours d’une interview accordée à un reporter de Guineematin.com ce mercredi 05 septembre 2018, Mamadou Mansaré secrétaire général adjoint de la CNTG s’est exprimé sur la lutte en cours contre ce qu’il qualifie de « vente du port de Conakry ».

Guineematin.com : après la signature du contrat de bail d’une partie du port autonome de Conakry entre la Guinée et la société Turque Albayrak, vous vous êtes levés pour dénoncer la nature du contrat. Où en êtes-vous aujourd’hui dans cette lutte ?

Mamadou Mansaré : comme vous le savez, depuis la cession en forme de bail de trente ans du port autonome de Conakry, la CNTG a pris le dossier en main. Parce que, dans ce contrat, l’emploi du guinéen n’est pas garanti dans la mesure où c’est écrit noir sur blanc que le concessionnaire est libre de choisir, de recruter et de licencier son personnel sans tenir compte de la nationalité. Et plus loin, il est dit que les anciens employés du concédant n’ont aucun droit avec le nouveau concessionnaire. Nous sommes la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée, notre rôle premier c’est de sauver d’abord l’emploi avant même les travailleurs. Donc, face à une telle situation, nous ne pouvons plus rester tranquilles. Cela a surplombé tous les problèmes qu’on avait à savoir notre pouvoir d’achat qui est déjà taraudé avec l’augmentation du prix du carburant. Contrairement à ce que certaines presses disent, j’ai écouté sur Evasion dire que nous avons abandonné les 8 000 francs au profit des 10 millions. Peut-être, ils ne savent pas lire. Nous sommes restés sur la même logique à savoir que nous partons du principe des 8 000 francs.

Guineematin.com : quelles sont les conséquences de la signature de ce contrat sur les travailleurs du port que vous défendez ?

Mamadou Mansaré : il y a 800 familles dont la vie est en jeu. Nous nous rappelons encore du drame des 1 800 travailleurs de la SOTELGUI et nous continuons à le vivre. Et en plus des 800 travailleurs du port autonome, c’est toute la manutention, la consignation et les services annexes du port commercial qui sont en jeu. Dieu ne dormant pas, heureusement que le syndicat a été vigilant, ce syndicat qui est corrompu a dénoncé à temps, vous avez vu la scène que nos gouvernants vous ont donnée au port ? Heureusement que moi-même j’avais déjà quitté. N’oubliez pas qu’au niveau de ce port autonome qu’il y a le quai chalutier, n’oubliez pas qu’il y a d’autres usines qui sont là et n’oubliez que même la population de Kaloum est touchée. Quand les gens font ici trois jours sans manger c’est là-bas que les jeunes vont pour se débrouiller afin de faire manger leurs familles. Donc, c’est plusieurs emplois qui sont en jeu et c’est ce que nous dénonçons.

Guineematin.com : le lundi dernier, vous vous êtes rendus à la direction générale du port autonome de Conakry. Qu’est –ce qu’on peut retenir de cette rencontre ?

Mamadou Mansaré : d’abord nous n’avons jamais rencontré la direction générale du port autonome de Conakry. Nous sommes partis rencontrer nos travailleurs pour leur expliquer le fond du contrat en ce qui concerne les risques liés à leur perte d’emploi et en leur demandant de resserrer les rangs et de rester solidaire. Et, en leur disant de ne compter sur personne, de compter sur leurs propres forces. Nous, nous sommes des Maoïstes purs, donc il faut compter sur ses propres forces. Et pour cela, il faut que tous ensemble serrent la ceinture, des remorqueurs jusqu’aux informaticiens, pour que le bail soit revu conformément à la procédure des marchés. Et, c’est après nous, que les travailleurs ont demandé aux deux directrices de venir s’expliquer et le reste c’est sans commentaire.

Guineematin.com : la directrice générale du port, Hawa Kéita a dit quelle a signé le contrat, son adjointe dit avoir mis le cachet. Comment trouvez-vous une telle réaction ?

Mamadou Mansaré : c’est ridicule, c’est triste pour notre pays. Vous savez, dès qu’il y a la malhonnêteté quelque part, Dieu puni toujours. Aujourd’hui, elles se sont donné en peinture, c’est dire que nous ne méritons pas de tels dirigeants. Normalement, comme démission n’est pas dans la culture guinéenne, si non, ces deux dames devaient démissionner sur le champ. Il y a un certain Mansaré de la capitainerie qui est en train de menacer ces collègues travailleurs là-bas mais est-ce que lui, il est digne Mansaré ?

Guineematin.com : s’exprimant devant les travailleurs, la directrice générale du port autonome de Conakry avait dit qu’aucun emploi ne sera menacé. Elle a même affirmé que le président de la République a dit que si un emploi est menacé, les travailleurs n’ont qu’à aller brûler le palais présidentiel. Qu’en dites-vous ?

Mamadou Mansaré : c’est extrêmement grave. Quand elle dit que le chef de l’Etat a dit que si les travailleurs perdaient un seul emploi d’aller brûler Sékhoutouréyah, c’est pousser les travailleurs à la révolte ou à faire un complot. J’ai le contrat, il est là dans mon téléphone. C’est écrit, noir sur blanc, que le concessionnaire est libre de choisir, de recruter et de licencier son personnel sans tenir compte de sa nationalité. En principe, dans les autres sociétés, quand un tel cas économique arrive, on dit que la priorité est accordée aux anciens travailleurs de l’entreprise, après viennent les autres nationaux. Mais cette fois-ci, la priorité n’est même pas accordée à ceux qui ont travaillé, à plus forte raison des guinéens. Donc, on peut nous envoyer des asiatiques dont le salaire vous savez ce que ça coûte. Nous, on ne peut pas rester tranquilles et on vous invite le 13 septembre 2018 à un grand meeting et nous allons continuer à entraîner nos troupes pour leur dire de ne pas baisser les bras et que la lutte doit continuer. Nous sommes déterminés à poursuivre cette lutte comme nous sommes déterminés à suivre la lutte pour le carburant. Les travailleurs ne suivent pas le mot d’ordre de grève surtout les fonctionnaires ne comprennent pas la vérité du pouvoir d’achat.

Guineematin.com : justement pourquoi les fonctionnaires refusent de suivre votre mot d’ordre de grève ?

Mamadou Mansaré : si vous avez suivi mon discours à partir de Paris, je vous ai dit qu’on dira peut-être les travailleurs ont lâché le syndicat en 2018, le peuple de Guinée a lâché le syndicat en 2018 mais jamais le syndicat ne lâchera les travailleurs et le peuple de Guinée. Nous allons continuer à revendiquer et aujourd’hui Dieu nous a donnés raison. Vous avez suivi les Grandes Gueules à propos des 21 millions de dollars qui ont disparu par miracle. C’est pour vous dire quand on disait qu’il y a des poches qui pouvaient valablement être supprimées sans qu’on ait besoin de toucher le pouvoir d’achat de la population. Dieu est en train de nous donner raison, pourtant nous sommes corrompus mais nous osons quand même dire notre opinion.

Guineematin.com : avez-vous encore les armes pour faire fléchir le gouvernement sur le contrat de bail du Port Autonome de Conakry ?

Mamadou Mansaré : j’estime que nous avons les moyens. D’abord, nous avons les moyens judiciaires et, deuxièmement, nous allons continuer sur nos propres forces. Nous allons continuer à paralyser les activités du port, on va empêcher maintenant les bateaux de rentrer. Si une fois les tankers ne rentrent pas et vous savez tous que ce sont les tankers qui transportent le carburant, imaginez ce que ça peut faire. Même si on dit que la grève n’a pas été suivie, mais vous savez ce que cela a causé en matière économique. Même le budget dans son volet recette a été révisé. Donc, nous savons que peut-être la grève n’a pas été suivie comme certains le pensent. Mais nous, nous savons que la grève a eu des effets néfastes sur le gouvernement. Aujourd’hui même, ils sont en train de penser comment boucler leur fameux budget qui ne tient que sur un pied.

Guineematin.com : est-ce que vous avez informé les autorités de la tenue du meeting prévu pour le 13 septembre prochain ?

Mamadou Mansaré : bien sûr, on a écrit. La première fois qu’on a voulu faire la marche verte pour aller rencontrer la représentation du peuple, ils ont refusé d’autoriser notre marche. Quand on a voulu persister pour qu’il y ait ce dialogue, mais on nous a jetés du gaz lacrymogène et tout le monde a vu ça en direct. On a écrit pour le meeting du 13 septembre et je sais que la réponse, c’est non. Mais, nous allons réunir tous ces non là pour les envoyer au Bureau International du Travail, pour dire qu’on viole la Constitution, on viole les droits humains, on viole la liberté syndicale parce que le syndicat a le droit de marcher dans tous les pays du monde.

Guineematin.com : donc ça veut dire que vous allez tenir votre meeting en cas de refus des autorités?

Mamadou Mansaré : le 13 septembre sera une journée de grande manifestation. Ça sera à Conakry pour un premier départ et les activités futures se déclineront à partir de ce jour.

Interview réalisée par Siba Guilavogui pour Guineematin.com

Tél. : 620 21 39 77/ 662 73 05 31

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