Alimou Sow

A Télimélé, au nord ouest de la Guinee, le taux de guérison élevé de malades d’Ebola étonne les chercheurs au plus haut point. Le blogueur Alimou Sow originaire de Telimele privilégie l’une des hypothèse avancées. Il l’explique dans ce billet d’humeur que nous partageons !

Disons-le d’emblée : à Télimélé, chez moi, Ebola a trouvé garçons ! Le redoutable virus s’y est heurté contre une résistance inattendue, héroïque et même historique. Les professionnels de santé en sont encore tout baba !

Les autorités sanitaires ne l’ont pas encore officiellement annoncé, mais l’épidémie d’Ebola a été très vraisemblablement vaincue à Télimélé. Avec brio. Depuis plus de 21 jours (période d’incubation de la maladie), les rapports de l’OMS répètent la même phrase concernant la préfecture : « aucun nouveau cas, zéro malade, zéro décès, il n’y plus de contact à suivre ». Du coup, le centre de traitement d’Ebola de Sogoroyah situé à 15 km du centre-ville, a été  fermé. Bien que la vigilance reste de mise mais l’agitation du mois de juin, nourrie par les rumeurs les plus folles, s’est estompée. La tempête est passée.

Fin mai, l’épidémie d’Ebola qui sévissait jusqu’ici à Conakry et surtout en région forestière, a été déclarée à Télimélé créant ainsi un nouveau foyer de la maladie et semant la psychose. Je suis l’une des premières victimes collatérales. Mon mariage civil prévu pour se tenir le 15 juin à Télimélé-ville est reporté, plusieurs invités saisis de panique, ayant décliné poliment mais fermement l’invitation.

Si l’organisation de la riposte contre la maladie au plan local a été unanimement saluée, c’est surtout le taux de guérison des personnes infectées par le virus  qui intrigue. Celui-ci est sans précédent à en croire les spécialistes.

Sur 23 malades admis au centre de traitement, 16 en sont sortis complètement guéris ; soit un taux de létalité de seulement 30%contre 65% en moyenne à l’échelle nationale ! Sur la totalité des cas confirmés de la préfecture (26), la fièvre n’a tué que 10 personnes, les trois autres décès étant intervenus avant l’installation du Centre de traitement de Médecins Sans Frontières, donc pas pris en charge. Une centaine de contacts avait été identifiée et suivie, seule une infime partie a développé la maladie.

C’est du jamais vu !  À titre de comparaison, la  préfecture de Guéckédou, épicentre de la maladie en Guinée, a enregistré au 12 juillet 2014, 168 cas dont 135 décès, soit un taux de létalité de 80%. Dans les autres localités affectées par l’épidémie, le taux de létalité dépasse les 50% (sauf à Conakry où il était de 44% à la même date).

La question est simple. Pourquoi un taux de guérison si élevé à Télimélé ?

La réponse ne tient pas en une ligne. Dans un article publié le 10 juillet sur le site de la Fondation Reuters, des chercheurs interrogés avancent plusieurs hypothèses :

  • Culturellement, certains spécialistes pensent que la gestion des dépouilles mortelles est différente entre Télimélé, en Basse Guinée, et  la  Guinée forestière. Le contact avec les défunts est rare en Basse Guinée, pays musulman. Ce qui, selon cette théorie, limiterait la quantité de virus inoculé dans le corps des contacts ;
  • Il se peut aussi que la prise en charge des patients soit plus efficace au centre de traitement de Télimélé qu’ailleurs. Il est démontré qu’une prise en charge assez tôt augmente jusqu’à 10% les chances de guérison des patients atteints d’Ebola ;
  • D’autres chercheurs imaginent aussi qu’une mutation virale ait pu avoir lieu, c’est-à-dire une version Ebola moins tueuse serait allée chez nous ;
  • Génétiquement, les personnes infectées à Télimélé pourraient être résistantes au virus mortel. Comme pour certaines maladies incurables y compris le SIDA, il existe  effet des personnes naturellement prédisposées à lutter contre les germes ;
  • Enfin, les résultats étonnants enregistrés à Télimélé seraient dus à des erreurs d’analyses de laboratoire. Cette hypothèse voudrait que les résultats des analyses effectuées dans les unités de laboratoires internationaux délocalisés en Guinée, soient parfois erronés. Cela peut arriver, confirme un spécialiste, mais rarement nuance-t-il.

De toutes ces hypothèses, la piste génétique retient mon attention. Pour deux raisons, sans doute discutables. Mais bon…

  1. A Télimélé, le foyer de la fièvre –importée  de Conakry – a été le village de Sogoroyah dans la commune rurale de Sâarè Kaly, à 15 km du centre-ville. Sogoroyah est, en termes de superficie, l’un des plus grands villages de la Guinée, bâti sur une plaine au pied d’une falaise de calcaire et s’étendant sur plusieurs km. L’agriculture  maraichère et de tubercules y sont très développés. Le niveau de vie de la population est relativement élevé.

Sogoroyah est un village « Roundè » peuplé majoritairement de descendants d’esclaves. Physique de catcheurs aux muscles pétillants de féculent, les natifs de la  contrée sont réputés « robustes » et « endurants ». Aux antipodes de nos corps frêles de bergers Peuls arpentant les flancs de coteaux.

J’ai grandi plus haut sur la montagne, à une vingtaine de km de Sogoroyah. Les jeudis, jour de marché, nous descendions la montagne, mes amis d’enfance  et moi, pour venir nous approvisionner en pain, bonbons sucrés (moura-bounga) et autres babioles pour bambins que nous revendions dans nos villages à prix d’or. Notre hantise était de croiser les jeunes incirconcis de Sogoroyah. Tels les éléments de Boko Haram au Nigéria, ces gamins nous flanquaient la trouille au point qu’on ne se hasardait jamais à se déplacer en solitaire. Nous étions toujours dan les jupes de nos mamans, prêts à grimper sur leur dos au moindre signal annonçant l’approche d’un Sôlidjö de Sogoroyah.

Vous me direz que je grossis un peu le trait, mais je me laisse imaginer que le virus Ebola a eu la même trouille que nous pour oser s’attaquer aux habitants de ce coinLeur génome est fait d’acier.

  1. La deuxième raison est purement culturelle et consolide la première. Il est apparu en effet qu’en matière de polygamie, les pères de famille de Sogoroyah ne font pas dans la dentelle. On y aurait découvert un patriarche qui a au moins 12 épouses ! Supposons que ce viril monsieur soit génétiquement résistant au virus Ebola et que chacune de ses femmes lui donne cinq gosses. A lui seul, il a aura créé un petit village de 60 personnes Ebola-résistantes ! La suite c’est comme les amitiés sur Facebook, les liens (de mariage) se créent et se développent.

Si cette hypothèse venait à être confirmée, Ebola aura trouvé son tombeau en Guinée et la polygamie connaitrait ses lettres de noblesse. Et bien sûr, Sogoroyah sera notre nouveau Facebook où on ira créer de liens (de sang) pour blinder notre immunité.

Pour les incrédules qui persistent à croire que tout ceci n’est que batifolage, rappelez-vous de l’étymologie du nom de notre préfectureTélimélé vient de deux mots : Téli désinge une essence végétale particulièrementrésistante. La légende raconte que le Téli vit trois siècles : un siècle avec le feuillage, un siècle effeuillé, et un siècle couché au sol avant de se décomposer. Méli ou Mélé signifie toxique.

Il n’y a donc aucune raison que les habitants de Télimélé ne soient pas immunisés contre cette maléfique bestiole nommée Ebola. CQFD

Par Alimou Sow

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