Alors que le doute commençait à se créer depuis le communiqué de la banque centrale sur ce désormais nouveau scandale financier qui embarrasse les autorités guinéennes au plus haut niveau, Guineematin.com a donné la parole à l’homme politique, doublé de banquier confirmé, Bah Oury. Fondateur et premier vice-président du principal parti de l’opposition guinéenne, monsieur Bah Oury est surtout connu comme étant un professionnel de banque. Il démonte ici, en exclusivité, aux lecteurs de Guineematin.com, point par point les arguments des autorités guinéennes. S’inquiétant d’un blanchissement d’argent, pendant que notre pays est déjà considéré comme une plaque tournante de la drogue, l’opposant politique appel les institutions de Breton-Woods à plus de vigilance et aux députés guinéens de convoquer et interroger le gouverneur de la Banque Centrale et le ministre de l’Economie et des finances sur ce nouveau scandale…

Guineematin.com vous propose, ci-dessous, la réaction de monsieur Bah Oury, premier vice-président de l’UFDG et ancien ministre de la Réconciliation nationale.

« Suite à l’article de senweb.com du 23 août 2014, relatant la découverte d’une cargaison de billets en dollars et en euros équivalent à 4 milliards de Francs CFA ,les autorités guinéennes dont le Porte-parole du Gouvernement et la Direction de la BCRG ont fait des déclarations relatives à ce nouveau scandale financier dans notre pays.

Pour M. Damantang CAMARA , ces fonds servent à alimenter le compte de la Banque Centrale de la République de Guinée domicilié à Dubaï. La BCRG a de son côté indiqué que ces fonds lui appartiennent, tout en laissant entendre que ces mouvements de capitaux sont fréquents en direction de Dubaï par le biais de la compagnie Emirati et une société de  transports de fonds MSS LLC.

La lecture de ces différents communiqués, suscitent quelques interrogations.

D’abord, si ces fonds appartiennent à la BCRG, pourquoi le Gouverneur de cette institution se réfère t-il au Ministre délégué au Budget  comme pour laisser entendre que ce dernier serait l’ordonnateur de l’opération mise en cause ?

En effet, il serait loisible à la Direction de la BCRG de justifier l’opération, si celle-ci était initiée par ses services sans chercher à se référer à qui que ce soit.

Ensuite, il est dit que la société MSS LLC aurait informé les autorités douanières sénégalaises au préalable avant d’engager l’opération. Cette affirmation est contraire aux faits relatés dans www.senweb.com

Enfin, pourquoi la BCRG a t-elle utilisé cette voie pour alimenter son compte domicilié à Dubaï ? Les professionnels de la banque savent que la Banque Centrale n’exporte que des billets mutilés vers les banques centrales qui ont émis ces billets en échange de billets valides. Dans ce cas de figure, la destination serait Francfort pour l’Euro et la Réserve Fédérale à Washington pour le dollar et nullement Dubaï. De même l’approvisionnement des comptes de la BCRG domiciliés chez ses correspondants ne s’effectuent que par des transferts de monnaie scripturale (écriture comptable). L’alimentation du compte de correspondant ne peut nullement se faire en monnaie fiduciaire (billets). La réaction des autorités douanières sénégalaises est donc par conséquent conforme à l’observation des normes internationales de mouvements des capitaux. Ces entorses à l’orthodoxie bancaire accréditent la thèse du caractère douteux de l’opération incriminée. Ceci relève manifestement  d’une opération de blanchiment des capitaux. Que ces fonds appartiennent au Chef de l’Etat guinéen ou pas est secondaire au regard de gravité des faits dont se rend coupable la BCRG. Elle a publiquement endossé la responsabilité d’effectuer pour son propre compte ou pour le compte de tiers, des opérations de blanchiments de capitaux. Cette déduction est consécutive à une simple analyse technique de l’opération.

Dans le contexte où le dernier rapport du Département d’Etat américain a pointé Conakry comme la plaque tournante du narco-trafic dans la région ouest-africaine, il est inquiétant de constater que des opérations de blanchiment se font avec la bénédiction des plus hautes autorités nationales. Devant la gravité de ces faits , le FMI et les Nations Unies devraient être plus regardants sur la gouvernance économique et financière des dirigeants guinéens. L’assemblée nationale quant à elle devrait exiger d’entendre le Gouverneur de la BCRG et le Ministre de l’Economie et des Finances et celui Délégué au Budget pour apporter la lumière sur ce nouveau scandale financier en Guinée. En effet, il est important de savoir quel est le justificatif économique de ces opérations, quelles sont leurs contreparties en biens ou nature. Le fait que M.Alpha Condé soit accusé d’être l’ordonnateur de ces opérations exige que le gouvernement guinéen fasse toute la lumière sur cette sombre affaire. Sa responsabilité est pleinement engagée. »

Entretien accordé à Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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