Le mercredi passé, 06 septembre 2017, un piroguier s’est noyé avec sa femme et son neveu, alors qu’ils revenaient d’un décès de sa grand-mère dans un village situé à l’autre rive de la rivière Koloun. Quatre jours après, un des correspondants de Guineematin.com dans la préfecture de Tougué s’est rendu au bord de cette rivière pour chercher à mieux comprendre ce qui s’est réellement passé.

Tout d’abord, il importe de signaler qu’après l’annonce du décès de sa grand-mère, Thierno Fatoumata CIRA Diallo à Siguira, monsieur Boubacar Baldé a décidé d’y aller le lendemain pour présenter ses condoléances et assister aux funérailles. Il embarquera alors dans sa propre pirogue ses deux épouses (Koumba Alarba Diallo et Penda Baldé), son jeune frère (Abdourahmane Baldé) et son neveu (Ousmane Baldé). Ils traverseront la rivière vers 11 heures, ce mercredi, sans difficulté.

Après la présentation des condoléances et l’enterrement, c’est à 15 heures 40 minutes que monsieur Baldé reprendra le chemin du retour avec sa famille. A la rivière Koloun, il embarque les deux épouses, son petit frère et son neveu comme à l’aller pour rejoindre leur village, après la traversée des quatre kilomètres, puisque la rivière s’était déversée sur toute la pleine qui l’entoure…

Malheureusement, l’atmosphère a changé, entre temps ! Après un kilomètre de parcours, un vent violent a soulevé des vagues qui ont renversé la pirogue. Boubacar a alors décidé de ne pas laissé cette rivière « avaler » sa dernière femme (Penda) qui ne savait pas nager et son neveu (Ousmane). Il les suit alors et se bat jusqu’à son dernier souffle…

« Moi, j’ai réussi à tenir la pirogue qui n’était pas d’abord descendue au fond. Puis, j’ai attrapé la paille et j’ai appelé fort à l’aide. En ce moment, mon frère tentait de sauver sa femme et notre neveu qui est âgé de 27 ans », raconte Abdourahmane Baldé, rescapé de cette noyade, qui est diplômé fraîchement de l’Université de Sonfonia et qui est venu en compagnie de son défunt neveu passer la fête de Tabaski au village.

Avec les cris de ce jeune, plusieurs piroguiers sont venus au secours. Mais, Boubacar Baldé, sa femme et son neveu avaient déjà tous répondu à l’Appel d’Allah !

Face au reporter de Guineematin.com, madame Koumba Alarba Diallo, du haut de ses trente ans, jure ne pas réussir à dormir depuis cette épreuve où elle a perdu sa coépouse qui est entrée dans son foyer depuis 7 ans ; et, surtout, son cher époux, Boubacar Baldé, l’homme avec lequel elle a fait quatre enfants durant ces douze dernières années !

Parlant de sa survie de cette épreuve, elle met tout au compte du Tout Puissant Allah, même ses qualités de nageuse… « Quand la pirogue s’est renversée, nous étions cinq dedans ! J’ai commencé à nager… Heureusement que je n’étais pas avec mon enfant. Le jeune Abdourahmane avait appelé à l’aide. Les gens de Siguira d’où nous venions ont entendu l’appel. Ils sont venus me trouver entrain de nager et m’ont pris avec le jeune. Depuis lors, je ne dors pas, je suis hors de moi-même. Je n’arrive pas à me retrouver », explique la rescapée, qui met tout au compte de la volonté divine.

Concernant les causes de cette noyade, les avis sont partagés dans ce village ; certains résument tout à la volonté de Dieu qui s’est accomplie ; et, d’autres accusent des diables qui habiteraient la rivière et qui se seraient transformés en tornade pour renverser la pirogue…

« Mon mari n’avait pas disputé avec quelqu’un, il est aimé par tout le village. Je n’accuse personne, c’est Dieu qui a voulu ainsi et a fait souffler le vent », a dit madame Koumba Alarba Diallo. C’est aussi l’avis du jeune rescapé. D’ailleurs, plus que son grand-frère, Abdourahamane Baldé continue de pleurer son ami et neveu, Ousmane, qui était venu comme lui de Conakry pour passer la Tabaski en famille : « si ce que j’ai vu n’a pas changé une personne, celle-ci ne changera jamais ! Maintenant, je vais rentrer à Conakry sans mon ami. C’est la volonté de Dieu », ajoute le jeune rescapé.

Cette rivière est pleine de diables

Au-delà des deux seuls rescapés de cette noyade, Guineematin.com a rencontré des citoyens de la localité qui ont également accepté de donner leurs avis sur ce qui s’est passé. « Chez nous ici, cette rivière est pleine de diables ! », dit Mody Mamadou Hady Diallo, un des sages de Bidon. Et, ce sont ces diables qui seraient à l’origine des noyades, pensent le doyen. « Pendant la saison sèche où il n’y a pas d’eau, si tu suis un chemin dans la plaine, les diables te font perdre ; tu marcheras toute la nuit sans retrouver ton chemin », ajoute Mody Hady.

Pourtant, Mody Mamadou Baïlo Diallo, un autre sage de ce village (Bidon), estime que la rivière fait plus de morts ailleurs qu’au niveau de leur village, ajoutant que certains contournent même cette rivière pour rejoindre les autres villages en passant par Kafah.

A rappeler que depuis sa source, dans la sous-préfecture de Kollagui (Tougué), la rivière de Koloun (qui se jette dans le fleuve Kioma) traverse plusieurs villages sur une distance qui avoisine les 11 mille hectares de long et 4 kilomètres de large, formant ainsi une vaste plaine. Elle sépare les sous-préfectures de Koïn et de Kansagui. Pour la traverser pendant la saison pluvieuse, les populations locales utilisent des pirogues, notamment à l’occasion des cérémonies sociales (mariage, baptême, décès…) qui réunissent les familles établies de part et d’autre ou bien pour le grand marché hebdomadaire de Koïn. On fait ainsi payer la traversée, à l’aller comme au retour.

La partie la plus dangereuse de cette rivière est Lughudhe (lire en poular : le très profond) qui se situe entre les villages Kouradjé et Bantahin-Koloun. Là, on enregistre presque chaque année des morts par noyade. Le plus souvent, les survivants disent avoir observé le passage dans l’eau soit d’une femme ou d’un animal. Les gens disent que ce lieu est habité par une puissante diablesse…

De Tougué, Alpha Ibrahima Diogo Baldé pour Guineematin.com

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