Sory Sangaré alias «Papa Sangaré» et Mohamed Kaba, deux anciens accusés du procès des gangs en 1995, ont refait surface jeudi devant la Cour d’assises de la Cour d’appel de Conakry. La même qui les a condamné pour association de malfaiteurs, vol à main armée et recel, il y a de cela 19 ans.
C’est peut-être leur dernier passage devant la Cour d’assises. Poursuivis pour vol à main armée au préjudice d’un certain Sékou Magassouba, ils ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Une peine sollicitée par le ministère public.

Sur l’action civile, les condamnés devront payer la somme de 100 millions de francs guinéens comme valeur des biens volés chez Magassouba. Ils sont entre autres, un ordinateur et son imprimante, neuf téléphones portables, une chaine musicale, un poste radio, deux lecteurs DVD, trois boîtes à bijoux, la somme de 10 millions de francs guinéens, 20 complets Bazin non cousus, une moto, une montre.

Sangaré et Kaba payeront aussi 25 millions à titre des dommages et intérêts. Toutefois, ils ont six jours pour attaquer la décision.

Si l’avocat de la partie civile et le représentant du ministère public se réjouissent de cette décision, la défense, elle, parle d’une décision « scandaleuse » fondée sur le passé des accusés.  » On ne fonde pas une décision sur le passé carcéral d’un individu. La Cour avait à juger des faits précis qui remontent de 2009 et non de 1995 « , a martelé Me Malick Diakité en exprimant son indignation.

Les faits reprochés aux deux hommes se sont déroulés dans la nuit du 11 au 12 mai 2009. Soit deux mois après l’évasion de Papa Sangaré à la prison de Kindia où il purgeait ses 20 ans de prison infligés lors des assises de 1995.

Selon la partie civile, deux individus dont l’un cagoulé ont surgi à son domicile sis au quartier Kobayah (dans la banlieue de Conakry), alors qu’il regardait la télé en compagnie de sa famille. C’est sa belle-mère qui est tombée la première dans les mains des assaillants armés, avant que, lui, il ne soit mis au respect. Les  » malfrats  » lui ont signifié qu’ils sont venus le tuer, mais il peut rester vivant s’il donne tout l’argent qu’il a dans sa maison.  » Je leur ai dit que je n’ai pas d’argent, mais qu’il peuvent prendre tout ce qui était sur moi « , a-t-il poursuivi ses explications.

Dans la suite de sa narration, Sékou Magassouba a dit qu’il a reconnu Sory Sangaré parmi les bandits. Il dit avoir réussi à le reconnaître par sa nuque et sa voix.  » Je peux jurer sur le Coran que c’est bien lui. C’est un ami d’enfance, je le connais bien « , a insisté Sékou Magassouba sous le feu des questions du président audiencier, du ministère public et de l’avocat de la défense.  » Quand il a su que je l’ai reconnu, il me frappait sur le visage à chaque fois que je tentais de le regarder une nouvelle fois « , a ajouté la partie civile.

Sory Sangaré a reconnu qu’il est un ami d’enfance à Sékou Magassouba. Ils ont tous vécu à Kankan. Mais, a-t-il dit, il a menti sur ce cas.  » Depuis mon évasion de la prison je n’ai jamais volé. Je faisais le taxi-moto entre Km36 et Coyah. D’ailleurs, je ne connais pas Kobayah, je n’ai jamais été là-bas », s’est défendu l’accusé.

A l’enquête préliminaire, Sory Sangaré aurait d’abord fait semblant de ne pas reconnaitre Sékou Magassouba.  » Même ici dans la salle je ne l’ai pas reconnu tout de suite. Sachez que quand on se quittait, il n’était pas comme il est aujourd’hui « , s’est expliqué l’accusé.

Selon Sékou Magassouba, un frère de l’accusé vivant en Belgique a tenté un règlement à l’amiable. Mais il était déjà tard. Sory Sangaré a réfuté cette autre partie des explications de son adversaire. Selon lui, aucun membre de sa famille n’a jamais tenté un règlement à l’amiable dans cette affaire de vol dans laquelle il ne se reproche de rien.

Sur Mohamed Kaba

C’est la condamnation de Mohamed Kaba qui a le plus indigné l’avocat de la défense. Mohamed Kaba qui a fini de purger sa peine de 10 ans de prison en 2004, a été interpellé en septembre 2009 en compagnie de Sory Sangaré. C’est au marché Madina que les deux « récidivistes » ont été interpellés par la police sur dénonciation de Sékou Magassouba.

Dans ses explications des faits, Mohamed Kaba a souligné qu’il a cessé de receler depuis sa sortie de prison en 2004.  » Depuis que je suis sorti de la prison en 2004, je gagne dignement ma vie à Madina dans la vente de moto. Je n’ai jamais volé, et je ne volerai jamais « , a martelé l’homme condamné en 1995 pour recel du fruit des vols de Mathias et autres. Plus loin, Kaba dira que s’il devait voler, il préférerait voler ses parents qui ont suffisamment des moyens que d’aller Sékou Sangaré.

A la barre, la partie civile a confirmé qu’il ne connaît pas Mohamed Kaba, et qu’il ne l’avait pas vu au moment de l’attaque. Alors que faisait Mohamed Kaba en compagnie de Sory Sangaré à Madina ? Selon Kaba, il conduisait son ancien compagnon de prison chez ses amis vendeurs de pièces détachées.

Aucune des explications de chacun des deux accusés n’a convaincu le procureur El hadj Amara Doukouré. Pour le magistrat debout, ces deux accusés sont simplement des voleurs, des criminelles, des dangers publics. Ils s’étaient retrouvés pour reconstruire le gang de 1995.  » Les faits sont clairs. Pour cela, je vous demande de ne pas hésiter à les condamner à la réclusion criminelle à perpétuité « , a requis le représentant du ministère public.

Par contre, l’avocat de la défense a estimé que Sory Sangaré pouvait bénéficier de circonstances atténuantes puisque ni le ministère public, ni l’avocat de la partie civile n’ont prouvé que c’était vraiment lui qui était chez monsieur Magassouba. « La personne était cagoulée, et existe des ressemblances de voix et de physique. Cette personne pouvait ne pas être mon client… Mieux, dans un procès comme celui-ci, on ne peut pas se contenter de la version d’une seule partie. Il fallait au moins un témoin pour confirmer ou infirmer la version de la partie civile « , a souligné Me Malaick Diakité.

Sur le cas de Mohamed Kaba, l’avocat a sollicité qu’il soit simplement relaxé. Malheureusement pour lui, c’est le procureur qui a convaincu la Cour.

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