Par Faty Diallo : Nous avons tous appris avec effroi le décès du journaliste Abdoulaye Bah dans des circonstances révoltantes. Comme tous les guinéens, je suis triste mais surtout indignée que sa vie ait été fauchée dans de telles circonstances. Que son âme repose en paix !

Toutefois, au-delà de la tristesse et de l’indignation, il convient de se poser les vraies questions sur ce genre de tragédies qui semble se répéter bien trop souvent en Guinée. Au cours des derniers mois, combien de vies ont été fauchées par négligence ou impunité sans que personne ne lève le petit doigt ? Oh, bien sûr, nous avons droit au « RIP » et compassions habituelles, mais en tant que peuple qu’avons-nous fait pour nous s’assurer que cela ne se reproduise plus ? Bien sûr, à chaque fois, face à l’émotion générale, les autorités nous promettent des actions et des poursuites à l’encontre des responsables. Mais qu’en est-il, après que la poussière soit retombée ? On passe tous à autre chose jusqu’à la prochaine tragédie !

Sinon comment expliquer que des travaux d’assainissement se fassent en pleine nuit en présence de plusieurs ministres et de journalistes sans que toutes les mesures appropriées aient été prises pour éviter d’en arriver là où on est aujourd’hui ? Oh, c’est vrai, il y avait un pickup avec des signaux de détresse ! Quid des panneaux de signalisation ?
Négligence, manque de rigueur et démagogie sont des fléaux qui gangrènent aujourd’hui la société guinéenne, emportant tout sur son passage. Comment expliquer qu’aucun hôpital en Guinée ne dispose d’équipements pour pouvoir offrir des soins appropriés dans une situation d’extrême urgence ?
En tant que peuple nous nous contentons de si peu et invoquons la fatalité pour ne pas agir.

Pour exemple, les accidents quotidiens causés par des chauffards insouciants, des hôpitaux transformés en boucheries, des attaques à mains armées et kidnapping à la lumière du jour, des assassinats au vu et au su de tout le monde ! Qu’arrive-t-il après la semaine d’indignation ? A ma connaissance, rien, nada, on passe à autre chose en attendant le prochain fait divers !

Combien de Abdoulaye Bah, de Cherif Ibrahima Sagalé, de Elhadj Doura et bien d’autres anonymes, aurons-nous encore avant d’exiger des mesures concrètes de la part du gouvernement ?

Abdoulaye Bah rejoindra sa dernière demeure ce vendredi, j’ose espérer qu’après les larmes, nous aurons le courage de nous battre et d’exiger que de vraies actions soient prises, afin que plus jamais ça !

Ps : la décence voudrait qu’on respecte la vie privée de la pauvre épouse de Abdoulaye Bah, du moins laissons-lui le temps de vivre son deuil avant de pousser notre voyeurisme à son paroxysme, en voulant à tout prix lui arracher un mot, moins de 24h après avoir perdu son cher époux !

Texte de présentation

Faty Diallo est mariée et mère de deux enfants. Diplômée de l’université de la Sorbonne-Nouvelle, elle est spécialiste bilingue en marketing et communication. Elle a travaillé plusieurs années en Guinée avant de s’installer au Canada en 2010.

Fatidiallo23@gmail.com

Facebook Comments

Guineematin