Hadja Nsira Condé, soeur aînée du président Alpha Condé est décédée ce lundi 22 décembre 2014 à Paris

Hadja Nsira Condé, soeur aînée du président Alpha Condé est décédée ce lundi 22 décembre 2014 à Paris

Dans le vol AF 755 du mercredi 17 décembre 2014, l’état d’une vieille femme, très souffrante mais calme, tête légèrement penchée sur le côté gauche, assise entre une brave dame, qui la soutenait soigneusement et un homme débout (tous affichant une certaine inquiétude) attire l’attention de nombreux passagers et provoque l’émotion et la prière chez beaucoup d’entre eux. Dans le même vol, l’ancien ministre, le doyen Cellou Diallo, ami d’Alpha Condé et actuel Conseiller à la présidence, les ancien ministres, Bachir Touré, Almamy Kabélé Camara, le PDG de Guinée-Games, Antonio Souaré.

Cette femme, rendue méconnaissable par une maladie face à laquelle elle perdait le combat de la vie, effectuant son dernier voyage en France à la recherche d’une santé finalement introuvable, n’était autre que Hadja N’Sira Condé.

Et pourtant, la présence de cet homme débout (Condé Mohamed Lamine, dit COMOLAM, neveu et conseiller du président Alpha Condé) pouvait être de nature à fouetter ma curiosité.

Et pourtant, mes activités professionnelles journalistiques et les circonstances politiques des années 90-2000 de la Guinée, m’avaient donné l’occasion de faire la connaissance de celle que j’avais du mal à reconnaître. Elles avaient même permis d’instaurer, entre la sœur du leader du RPG et moi, des relations d’ordre simplement familial.

À ce titre, je peux dire que cette image de la femme, subissant le mal qui la tenaillait sans déranger ses co voyageurs, résume la vie de Hadja N’Sira Condé. Depuis, tout au moins, que j’ai fais sa connaissance.

En effet, avec le temps et à force de couvrir les mouvements de son frère, j’ai eu l’opportunité de découvrir la simplicité, la bravoure, l’humilité d’une femme toujours sourire aux lèvres et sereine face.

Comme son appartement, situé au rez-de-chaussée de la maison familiale à Madina-Mafanco (ses frères Malick et Alpha, respectivement au premier et au second étage), « confisqué » et transformé en QG du leader de parti, c’est bel et bien Hadja N’Sira, plus que quiconque, qui a subi et souffert des effets et conséquences de l’opposition acharnée d’Alpha Condé au régime du feu général Lansana Conte.

Avant et après l’instauration du multipartisme intégral avec l’agrément des partis politiques (le 03 avril 1992), à chacun des retours populaires et bruyants d’Alpha Condé à Conakry et lors des campagnes électorales des présidentielles de 1993 et1998 ou les législatives de 1995, Hadja N’Sira Condé a souvent été confrontée aux réactions de colère que suscitent généralement les mouvements de défiance d’un opposant chez les partisans du pouvoir en place en Afrique. Sans faire la politique, elle en a fait les frais.

Mais, alors que son salon servait de cadre politique privilégié au président du RPG, là où Alpha Condé aimait recevoir ses amis étrangers, ses alliés politiques et même la presse, Hadja N’Sira Condé, elle, dans la cour et hors des murs de la concession familiale ne se lassait jamais de maintenir ou d’entretenir avec les familles voisines des relations de bonne qualité. Même si les aléas des divergences politiques entre le parti de son frère (RPG) et celui du pouvoir (PUP) ont dégradé et déteint sur le bon voisinage cultivé des décennies durant.

Je me souviens, comme si c’était hier, de Hadja N’Sira, voulant se tenir à l’écart des discussions politiques, quand dans son salon, son frère Alpha Condé invitait les journalistes à dîner, s’enfermer dans sa chambre ou restant dans la cour jusqu’à la fin de la cérémonie. Parmi les convives de l’époque du leader du RPG, je revois les défunts Aboubacar Condé, de « l’Indépendant », futur patron du « Soleil », Sékou Amadou Condé du « Lynx-Lance », Siaka Kouyaté du « Citoyen »,(Que leurs âmes reposent en paix. Amen), mais aussi le malade Thiernondjo Diallo alias Bebel de « La Vérité », aujourd’hui admis dans un hôpital au Maroc, Mamadou Dian Diallo « Pountchoun » de « L’Indépendant », Abdoulaye Top Sylla de « L’Indépendant », fondateur des « Rivières du Sud », El Bechir Diallo du « Lynx » puis de « L’Indépendant », Tibou Kamara de « L’Indépendant » et futur patron de « L’Observateur », Abdoulaye Sankara alias Abou Mako de « L’Indépendant », les téméraires Ben Daouda Sylla, correspondant d’Africa N°1, Banni de la RTG, Yamoussa Sidibé, présentateur vedette de la RTG, Serge Daniel de RFI.

Loin de la chose politique, Hadja N’Sira n’était pas pour autant moins proche de ses frères ( Malick et Alpha). Dans ses prières et dans ses relations personnelles, elle veillait afin que rien de mal ne leur arrive. Elle était également sensible à son environnement immédiat et à tous ceux qui fréquentaient ses frères y compris les journalistes. Souvent, elle me manifestait son attachement par l’expression d’une inquiétude du genre  » Condé, tu n’as pas peur, ils t’ont pas convoqué. Fait attention », à chaque fois qu’un article, signé sous ma plume ou paru dans « La Nouvelle Tribune » lui paraissait dur ou trop critique.

Égale à elle même, l’arrestation de son frère, Alpha Condé, en décembre 1998, a été des moments de souffrance pénible que Hadja N’Sira Condé a su contenir dans la dignité, le courage et la croyance en ALLAH. Imperturbable, elle a gardé sa sérénité comme si elle savait que son frère allait s’en sortir et devenir, un jour, président de la République. L’histoire lui a donné raison et Hadja N’Sira quitte ainsi ce monde comblée. Comblée surtout d’avoir renoué avec un voisinage et son environnement de Mafanco qui, après de longues années d’hostilité, ont soutenu son frère au deuxième tour de la présidentielle de 2010. Pour le président Alpha Conde, cette perte d’une sœur synonyme de mère, laisse un grand vide.
QU’ALLAH, LE TOUT HAUT ET LE TOUT PUISSANT, ouvre les portes de son paradis et accueillie l’âme de Hadja N’Sira Condé pour l’éternité. Amen

Abdoulaye Condé

 

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