À chacun sa petite histoire d’amitié avec Abdoulaye Bah. La mienne me paraît toute particulière, pas à cause du temps auquel elle a résisté, mais plutôt à cause de la complicité qu’elle a créée et renforcée jour après jour.

Ce dimanche matin, j’étais assis dans mon salon, les yeux enfouis dans ma tablette, les doigts aux manœuvres en train de griffonner quelque chose, quand mon téléphone a crépité.

Rien de surprenant, car je savais que c’est mon binôme Aboubacar Diallo qui s’impatientait au bout du fil comme il est de coutume pour nous tous les jours à pareil moment de la matinée.

Je m’attendais à discuter avec lui de tout et de rien, mais nous concernant exclusivement.

Ce jour mémorable, c’était plutôt pour me dire, avec la voix trempée d’émotion et d’étonnement que des journalistes ont été fauchés à Matoto, pendant qu’ils étaient en reportage, par des véhicules qui étaient en course poursuite, conduits par des jeunes dévergondés et trop ivres.

Puis il me dira en ses termes : « il y a ton petit Koria et notre ami, ton ami Abdoulaye Bah mais lui, a été sérieusement atteint. Il se trouve à la réanimation ».

Tout ce que j’ai pu faire, c’était de m’habiller et d’aller à l’hôpital pour m’enquérir des nouvelles de mon ami.

Arrivé sur place, complètement débité, j’y ai trouvé les ministres Moustapha Naîte et Mouctar Diallo, qui m’ont rassuré que mon ami va bien.

C’est quand j’ai été autorisé de pénétrer dans la salle de réanimation, un véritable privilège que je dois à ces deux ministres, pour voir Abdoulaye dans son lit en train de se battre contre la mort, que j’ai perdu tout espoir de revoir mon ami debout avec son sourire et son humour habituels.

La journée fût très longue, l’attente périlleuse, malgré tout on y croyait mais hélas !

C’est encore le même Aboubacar, à l’heure habituelle de nos premières conversations matinales, qui m’annonça la tragique nouvelle, lundi : « notre ami est décédé » m’écrira cette fois-ci de façon très laconique.

Difficile d’y croire, les mots sont indicibles pour exprimer l’émotion, car 48h avant, le jour de la fête, j’étais encore avec Abdoulaye chez lui. Je l’ai trouvé en train de prendre sa douche, quand il lui a été annoncé ma présence. Il sortit torse nu, avec sa chemise en main.

On en a profité pour parler de nos amis communs, notamment des cadres que je lui ai montrés. On a aussi parlé de sa femme dont la maladie le préoccupait énormément.

D’ailleurs, la seule fois que je l’ai vu en larmes complètement effondré c’est après l’accouchement de sa femme, à l’issue duquel il a perdu celui qui devait être son unique héritier, le nouveau-né

C’est avec le sourire qu’on lui reconnaît et sa bonne humeur, au pied de l’immeuble où il loge qu’on s’est séparé, au plaisir de nous retrouver au plus tard lundi. Mais on ne se reverra plus jamais dans ce monde ici-bas par la volonté de Dieu.

Abdoulaye Bah, je me souviens, que je tu as toujours répondu présent à mes appels, à mes sollicitations. On s’est aimé et on s’appréciait énormément, cela est connu de tous ceux qui t’ont connu et qui m’ont aussi connu, car tu ne t’en cachais, je savais.

Entre nous, on parlait de sport et de politique, des sujets que nous affectionnons tous.

Tu aimais les scoops. En professionnel de l’information, tu aimais bien recouper tes infos, c’est pourquoi tu ne me quittais jamais au Phone.

Je me souviens aussi que chaque fois que je disais avoir quelque chose pour toi, je te voyais à peine, mais tu étais prêt par contre à parcourir des kilomètres à la recherche de l’information.

Mon ami, tu étais très attachant et sincère dans l’amitié. Cette amitié pour toi n’avait pas de couleur, elle n’avait non plus pas d’âge.

Je reste et demeure ton ami. Je te reste redevable pour tout, je te le rendrais dans mes prières.

Puisse Allah t’accueillir dans son paradis !

Lamine Mognouma Cissé

Facebook Comments

Guineematin