Depuis quelques jours, on assiste à une grogne des enseignants contractuels qui réclament leur intégration à la Fonction publique, après leur échec au concours organisé à cet effet. Dans le souci d’éclairer la lanterne des uns et des autres sur les tenants et les aboutissants de cette situation, le ministre de l’Enseignement Pré Universitaire et de l’Alphabétisation, Docteur Ibrahima Kourouma, a reçu des médias guinéens dont Guineematin.com dans la soirée de ce mardi 10 janvier 2017.


Ci-dessous, Guineematin.com vous propose le décryptage complet de cette interview :

Qu’est-ce qu’on peut retenir de la situation des contractuels actuellement ?

Dr Ibrahima Kourouma : Je voudrais commencer d’abord par féliciter tous les contractuels admis et remercier tous ceux qui, depuis un moment, ont eu un accompagnement dans le fonctionnement de nos écoles. Vous savez qu’il y a eu un concours qui a été organisé pour le recrutement de 5.000 enseignants (3.000 à l’élémentaire et 2.000 au secondaires). Un concours organisé par la Fonction publique. Nous sommes très heureux déjà. Je voudrais profiter de l’occasion pour remercier le Président de la République parce qu’une des difficultés posées à notre système éducatif et qui est d’ailleurs un problème général partout, c’est le problème d’enseignants. Le Président de la République, dans le souci de vouloir régler ce problème, a facilité l’organisation de ce concours pour nous permettre de recruter les 5.000 enseignants.

Je suis très heureux de constater qu’au niveau des résultats, il y a  eu 1956 candidats. Sur ce nombre, 1495 ont été admis, soit un pourcentage de 17%. A l’élémentaire, nous avons un pourcentage de 83% d’admis et au secondaire, un pourcentage de 72%.  Cela veut dire déjà que ces contractuels qui ont décidé de s’engager avec nous et de faire cet examen -c’est vrai qu’il n’y a pas eu 100% comme on l’aurait souhaité- mais ce taux de 77% est une satisfaction pour nous. Je tenais donc à féliciter ceux qui sont admis et à dire à ceux qui ne sont pas admis que de toutes les façons c’est un concours. Notre souhait était qu’on ait 100% d’admis mais c’est un concours ; et, l’objectif du gouvernement est de parfaire le système éducatif et d’améliorer la performance des élèves. Cela sous entend que s’il y a un concours qui est organisé, les meilleurs seront naturellement ceux qui sont recrutés parce que c’est en fonction du nombre de places disponibles et ce que souhaite avoir la Fonction publique. Donc, je voudrais insister sur cela.

Monsieur le ministre, nous avons vu ces contractuels qui nous ont expliqué que vous leur avait promis une admission à 100%. Qu’ne dites-vous ?

Dr Ibrahima Kourouma : Je pense qu’il faut que les gens soient honnêtes. Je ne suis pas le ministre de la Fonction publique, je ne suis pas le Premier ministre et je ne suis pas le Président de la République. Ce n’est pas moi qui recrute les enseignants et ce n’est pas moi qui recrute les fonctionnaires. Je ne peux pas promettre aux contractuels que nous allons faire en sorte qu’ils fassent le concours et qu’ils soient admis à 100%. En ce moment, c’était de mieux faire en sorte qu’ils ne fassent pas le concours. Une fois qu’il y a un concours et qu’ils sont candidats, cela veut dire qu’on est entrain de travailler pour la performance et qu’on choisi les meilleurs. Par contre, ce qui a été promis aux contractuels, nous avons réalisé. Je tiens à préciser que c’est le deuxième concours. Le premier a été organisé en 2013 par la Fonction publique. Lorsque ce concours a été organisé en 2013, aucun contractuel n’avait été admis. Nous avons dit que cela est dû au fait que les sujets qui ont été donnés pour le recrutement des enseignants étaient des sujets donnés pour le recrutement des fonctionnaires. Nous avons dis aux contractuels, lorsque je les ai reçus, nous avons échangé sur l’accord du Président de la République et le ministre de la Fonction publique, nous avons dit que nous allons travailler de sorte que ça soit des sujets-types, pédagogiques. Nous allons faire en sorte que ça soit des sujets pour recruter non pas des fonctionnaires seulement mais des enseignants. Dans ces conditions, avec l’accord du ministère de la Fonction publique, nous avons travaillé pour que les sujets pour le recrutement des enseignants à l’élémentaire soient donnés par les enseignants de l’ENI et que les copies soient corrigées par les enseignants de l’ENI. Les sujets pour le recrutement des enseignants du secondaire soient donnés par les enseignants de l’ISSEG et corrigés par les enseignants de l’ISSEG. C’était ce que nous avons promis et que nous avons réalisé pour que les sujets soient des sujets-types, permettant de  recruter des enseignants.

Ceux qui étaient en pratique de classe, qui étaient réguliers en classe, qui avaient un niveau, sont ceux qui son retenus. Vous voyez déjà, sur 1956, il y a 1495 admis. Cela veut dire que déjà, les sujets -contrairement à 2013 où il n’y  a même pas eu d’admis- si on a 77% aujourd’hui, je pense que nos engagements ont été respectés. Il faut que cela soit clair : jamais on a dit à un contractuel qu’on allait le prendre quelque soit le résultat qu’il va avoir au niveau du concours.

Aujourd’hui, ils ont décidé de bouder les classes. On sait quand même qu’ils ont leurs places dans l’enseignement, ça a créé un vide. Quelle disposition allez-vous prendre pour cela ?

Dr Ibrahima Kourouma : Je voudrais d’abord dire qu’on a pris les contractuels parce qu’il n’y avait pas de recrutement. Il y a 5 000 enseignants que nous recrutons. Attendez qu’on fasse le redéploiement. Quand nous allons faire les affectations des enseignants, en ce moment, on verra. De toutes les façons, le gouvernement va faire en sorte qu’aucune classe ne soit sans maître, qu’aucune école ne soit avec une matière sans qu’elle ne soit enseignée. Toutes les dispositions seront prises. Nous attendons que le ministère de la Fonction publique mette à notre disposition ces nouveaux fonctionnaires. Dès que nous aurons la liste, nous allons commencer les affectations. Je tiens à préciser  que nous ne regrettons pas d’avoir utilisé ces contractuels. Ils nous ont servi, nous en sommes conscients ; mais, si nous voulons parfaire notre enseignement, que nous ayons un enseignement de qualité, il faut naturellement faire en sorte que le choix soit sélectif. On nous accuse pour dire que le niveau de notre enseignement n’est pas bon. Aujourd’hui, si on fait des examens, on est obligé de faire en sorte que ça soit ceux qui sont meilleurs qui soient pris.

Il y a eu une situation qu’il faut que j’explique aussi. On a l’impression comme certaines personnes le disent, ils nous ont servi pendant 3 ans, 5 ans ou 10 ans. Comment vous pouvez faire le concours sans les prendre ? Il faut que les choses soient claires. Je pense que chacun doit savoir que le terme contractuel existe il y a plus de 10 ans. Ce n’est pas venu avec le régime du Président Alpha Condé. C’est une pratique qui existe depuis très longtemps. En 2006-2007, cette pratique existait déjà. Chaque année, il y a de nouveaux contractuels. Il y a des gens qui sont là cette année et l’année prochaine, ils ne sont pas là. Chaque jour, les gens sont en quête d’emploi, il y des étudiants qui sortent. Donc, dire que nous sommes avec vous ça fait 5 ans ou 10 ans, ce n’est pas réelle. Je ne dis pas que tous ne sont pas avec nous depuis 2 ans ou 3 ans ; mais, je dis que chaque année, on demande à nos services déconcentrés de faire un recrutement des contractuels, de faire la situation des contractuels. Cela veut dire qu’on a des gens qui étaient là l’année passée mais qui ne sont pas là cette année. Mais, qu’on en dise que nous sommes avec vous 5 ans, 10 ans, 15 ans, vous ne nous avez pas pris, je pense que ce n’est pas aussi normal. Ce qui est important, aujourd’hui, ce que nous avons eu un concours pour recruter des enseignants. Il y a des jeunes guinéens qui sont dans les écoles privées qui passent aussi le concours, qui sont des enseignants. Si vous donnez des sujets-types d’enseignants, vous ne pouvez pas les empêcher de réussir. Il y a tout ça dans le système. Il faut qu’il y ait de la bonne foi dans ce qui est fait. Aujourd’hui, je suis très heureux de constater que tout est rentré en ordre à l’intérieur du pays, les écoles ont repris et les cours se déroulent correctement. Nous attendons que la Fonction publique mette à notre disposition la liste des candidats admis, nous allons faire les affectations avec la collaboration de nos différents services déconcentrés pour voir comment il faut faire pour que ce qu’il y a comme difficulté en matière d’enseignants soit réglé.

Monsieur le ministre Ibrahima Kourouma, d’ici le redéploiement, il y a des écoles qui risquent de ne pas fonctionner. Qu’est-ce qui est entrain d’être fait éviter cette situation ?

Dr. Ibrahima Kourouma : Vous savez que nous sommes entrain de travailler dans ce sens. Il y a d’abord un premier redéploiement. Regardez qu’à Dixinn par exemple, il n’y a pas de contractuel. Dans beaucoup de préfectures aujourd’hui, le redéploiement des enseignants a fait qu’il n’y a pratiquement pas de contractuel. Certains contractuels sont encore restés dans d’autres écoles ; mais, attendez qu’on fasse le redéploiement, vous verrez.  Je tiens à préciser qu’il y a des contractuels qui tiennent les cours et qui sont admis. Donc, cela ne veut pas dire que parce qu’on va faire des affectations que tous les contractuels sortent. Il y a des contractuels qui sont devenus des fonctionnaires. Ils sont admis, ils attendent leur numéro matricule pour qu’ils soient fonctionnaires ; mais, ils tiennent les cours ailleurs. Donc, on n’est pas dans une situation où il va y avoir une désertion dans les classes.  Nous sommes dans une situation où nous allons travailler pour faire en sorte qu’il y ait un redéploiement et une affectation qui permette à nos différentes écoles d’être couvertes en matière d’enseignants.

Monsieur le ministre, quel va être le sort réservé aux enseignants contractuels qui n’ont pas été engagés ?

Dr Ibrahima Kourouma : Notre objectif est de faire en sorte que nos écoles soient des écoles où il n’y a pas de difficultés d’enseignants. Je ne suis pas aujourd’hui celui qui recrute à la Fonction publique. Je ne suis pas le ministre de la Fonction publique. Je ne peux pas vous dire aujourd’hui que ceux n’ont pas eu le concours voici ce qui nous allons avoir comme disposition pour eux.  Mais, ce qui nous préoccupe et qui est fondamental pour nous, c’est de faire en sorte qu’il n’ ait aucune classe en Guinée sans maître, qu’il y ait aucune matière sur l’ensemble du pays, dans nos différentes écoles qui ne soit pas enseignée. Je crois que c’est ce qui est fondamental et c’est ce à quoi le ministère de l’Enseignement pré universitaire va s’atteler.

Hier, le ministre de la Fonction publique a fait une première communication où il a expliqué les résultats. Nous, aujourd’hui, nous faisons la deuxième communication parce que nous allons recevoir les enseignants et nous sommes obligés de dire que nous sommes très heureux du résultat des contractuels. 77% d’admis, c’est déjà beaucoup. A notre niveau, c’est déjà une satisfaction.

Mamadou Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

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