Comme nous l’écrivions dans l’une de nos dépêches, le mardi 23 septembre, des émeutes ont secoué la ville de Forécariah après la mort d’une vieille dame qui serait morte d’Ebola. La manière de manipuler le corps de la défunte par La Croix rouge a soulevé les populations qui étaient pourtant coopératives.

Pour comprendre un peu plus ce qui s’est passé, Guineematin.com a envoyé à Forécariah un des ses reporters, Abdoulaye Oumou Sow avec des confrères de Djigui Fm, le doyen Ben Traoré et Lamine Mougnouma Cissé.

Rencontré dans la préfecture du Premier ministre actuel, un des agents sensibilisateurs, Fodé Momo Touré explique : « La famille a mis le corps à la disposition des autorités. Comme vous le savez, chez nous, en Afrique, quand il y a un décès, tout le monde se réunit autour de la famille éplorée. C’est dans cette situation que La croix rouge est arrivée sur les lieux. Les agents ont pris le corps et l’ont emballé dans un sac en plastique. En sortant avec le corps, ils l’ont tiré pour le jeter dans leur Pick-up, ce qui a énervé la population. Les jeunes se sont révoltés et ont commencé à manifester dans la ville… Certains ont demandé le départ du préfet. Cela s’est passé lors du meeting de sensibilisation que le premier ministre a tenu. Le préfet a gonflé le chiffre de ceux qui ont Ebola et les gens ont demandé son départ. Mais, cela est du passé maintenant », a indiqué Fodé Momo Touré, agent sensibilisateur à la préfecture.

Madame le maire de la commune urbaine de Forécariah, Hadja Maciré Fofana, parle d’enfants rebelles à Forécariah

« C’est une première à Forécariah. Vous vous souvenez, il y a eu des casses partout en Guinée sauf à Forécariah (ndlr : lors des mouvements sociaux de 2007 contre la gouvernance de l’ancien président, Lansana Conté). Nous avons pu canaliser les enfants jusque-là. Cet évènement est regrettable. D’aucuns disent que Ebola n’est pas vraie, ce n’est pas une maladie. Les gens ne font que spéculer, c’est ce qui a fait révolter certains jeunes. Certains ont manqué de respect à notre préfet, chose que nous avons regrettée. Ils n’ont pas voulu qu’il achève son discours lors de la sensibilisation du Premier ministre. Comme il y avait certains enfants rebelles, ils se sont révoltés et se sont mis à crier. Ce jour, ils n’ont pas fait de casse. Mais, avant l’arrivée du Premier ministre, ils avaient dit que les matériels n’ont pas été distribués correctement. Malheureusement, les gens se sont rendus à la DPS (Direction préfectorale de la Santé) pour saccager les locaux », Hadja Maciré Fofana.

Les libérations auront favorisé la venue des contacts pour être confinés.

« Le déclic est venu de la libération des jeunes. Dès que les jeunes ont été libérés, la population a, elle-même, dénoncé des femmes qui ont fait la toilette funèbre, jusqu’à celles qui ont tressé la défunte. Les 16 personnes sont toutes mises en observation actuellement. Ce n’est pas moins de 253 personnes-contacts que nous avons à rechercher », affirme le secrétaire général chargé des collectivités, Ibrahima Sory Touré alias ‘’Ibra’’, avant de préciser que cette libération n’annule pas

La procédure judiciaire en cours ; car, dit-il, un engagement a été pris auprès du ministre de la justice.

Face à l’accusation portée contre elle, La Croix rouge de Forécariah répond !

« On était au nombre de 6 agents. C’est le père du foyer qui nous a autorisés. Nous avons désinfecté le bâtiment avec toutes les protections qu’il faut et nous avons fait sortir le corps. C’est en ce moment que le père de famille nous a dit de déposer le corps, ils vont prier sur la dépouille. A ce même moment, une femme a dit en bon soussou que présentement il n’y a pas de religion musulmane en Guinée. Quand nos parents meurent maintenant on les met dans un plastique noir, sans les laver pour les enterrer. Dès qu’elle a dit ça, les gens se sont levés. Et, le chef de famille nous a dit que si c’est un scandale de prendre le corps et l’envoyer. C’est au moment où je montais dans le pick-up que le fils de la défunte est venu avec un couteau pour me dire que si je touche au corps, il va me poignarder. C’est ainsi qu’ils ont pris le corps et nous on ne pouvait que se chercher », rapporte Karamoko Souaré Koba, agent de la croix rouge de Forécariah.

Forécariah, parent pauvre de la lutte contre Ebola

Jamais une autorité n’a envoyé des kits pour la population de Forécariah, nous dit-on ! Ce sont seulement certains Partis politiques qui seraient allés au secours des populations de la ville. Même les kits qui ont été emportés par les manifestants seraient des dons de certaines ONG et institutions

internationales. En tous les cas, c’est ce que nous ont affirmé certaines autorités rencontrées dans la ville.

Ebola empêche la fréquentation des hôpitaux, dit Dr Lassana Kérouané Camara, directeur préfectoral de la santé de Forécariah

 

L’intoxication verbale effraie les gens au point qu’elles ont peur de se rendre à l’hôpital. Même les femmes enceintes ont peur de venir se faire consulter, nous a-t-on dit à l’hôpital préfectoral. « Le peu de femmes qui venaient se faire consulter, n’acceptent pas de prendre les vaccins anti tétanique », confie le directeur préfectoral de la santé de Forécariah, Dr Lassana Kérouané Camara, avant de nous signifier qu’il est actuellement menacé de mort par certains habitants. Ayant perdu baucop de choses dans son bureau qui a subi la foudre des manifestants. Le DPS demande à l’Etat de faire face à ses responsabilités.

De retour de Forécariah, Abdoulaye Oumou Sow, envoyé spécial de Guinneematin.com

 Quelques images de Forécariah

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