Fatoya est l’un des plus importants districts de la sous préfecture de Kintinia, localité située à vingt cinq (25) kilomètres du chef lieu de la préfecture de Siguiri. Fatoya qui signifie « Chez le fou » en langue Maninka, est convoité depuis sa création par de nombreuses entreprises et des particuliers. Au delà de la Société Anglo Gold (SAG) qui possède d’importants gisements dans le Bourré, des milliers de personnes, venues d’horizons différents, travaillent dans les mines d’or à la recherche du bien être avec tous les risques, a constaté sur place Guineematin.com, à travers un de ses reporters.

Il suffit d’une trentaine de minutes pour parcourir la distance qui sépare Siguiri de Fatoya, à travers une route non-bitumée et très fréquentée. Toutes les localités situées dans le Bourré, à savoir Fatoya, Kintinia, Ballato, Boukaria et autres, utilisent le même chemin que les engins de la SAG qui exploite les gisements aurifères de Siguiri.

Après un parcours de trois (3) kilomètres au Nord du district de Boukaria, on se retrouve dans la petite ville de Fatoya, perchée sur une petite colline, entourée de mines d’orpaillages. Dès la rentrée, on aperçoit l’ouverture de plusieurs mines industrielles ou artisanales qui font l’objet de toutes les convoitises.

Des familles entières y travaillent depuis des décennies. Malgré tous les risques liés à ce métier, femmes, jeunes, vieux et enfants sont tous à la recherche de l’or. C’est le cas de Marie Thérèse Kamano qui a quitté son Guéckédou natal, avec son mari, pour s’installer à Fatoya. Aujourd’hui elle est nourrice, mais ne quitte jamais la mine près de son époux. « Je suis venue de la préfecture de Guéckédou où j’ai abandonné les études en classe de dixième pour me marier. Ce n’était pas mon choix. Je l’ai fait parce que je n’avais pas de soutien pour poursuive mes études. Ma seule alternative a été le mariage. Et, avec mon mari, on a décidé de venir s’installer ici. Mais Dieu merci, on gagne notre vie dans la pratique de l’orpaillage», a-t-elle dit.

Avec fierté, cette jeune maman n’hésite pas un instant à demander aux autres femmes qui sont dans la même situation qu’elle, de tenter l’aventure dans les mines d’orpaillages de Fatoya. « Je ne regrette pas un instant d’être venue ici avec mon mari. D’ailleurs, je demande à toutes mes sœurs guinéennes de venir chercher leur avenir. Au lieu de faire le banditisme ou la prostitution, il est meilleur de venir souffrir ici et gagner dignement sa vie. Mais, à celle qui ont la soutenance nécessaire, je leur demande de continuer les études pour échapper aux souffrances de la vie », a dit Marie Thérèse Kamano.

Selon Ibrahima Traoré, âgé d’une vingtaine d’années, interrogé par notre reporter alors qu’il venait de surgir d’une mine, évoque un manque de soutien et l’ambition de devenir riche. « J’ai étudié jusqu’au lycée à Macenta, mais par manque de soutien, j’ai abandonné. Ne trouvant rien à faire, je suis venu à Fatoya par le biais d’un frère. Ici également ce n’est pas facile car nous courons de grands risques en descendant à plus de 30 mètres sous terre. Mais dans cette vie, il faut risquer pour gagner. On ne gagne pas chaque jour, mais quelques fois, on peut gagner entre dix millions et vingt millions par semaine, parfois plus, parfois moins », a-t-il expliqué.

Même si ces mines sont à ciel ouvert, certains orpailleurs n’hésitent pas à aller plus loin sous la terre à la recherche de l’or. Pourtant, rares sont ceux qui prévoient des mesures de soutènement, malgré des risques énormes éboulements. Il ne se passe une semaine sans qu’on enregistre un éboulement qui emporte des vies humaines. Il y a quelques jours, deux jeunes femmes, dont une en état de famille avancé, ont perdu la vie dans un éboulement.

Pourtant, il existe une brigade dans le district de Fatoya, chargée de réglementer l’exploitation. Cette police des mines d’orpaillages, appelée Tomboloma, joue le rôle d’administration. Abdoulaye Camara, le secrétaire général, reconnaît la fréquence des éboulements mais accuse certains orpailleurs qui ne respectent pas les instructions dictées par la brigade. « Ici, il y a souvent des éboulements qui font des victimes. Nous prenons toujours des dispositions pour interdire l’accès dans certaines zones, mais ils refusent généralement d’accepter. On les enlève dans une zone pour les placer ailleurs, mais s’ils ne gagnent pas là bas, ils vont revenir. Ils savent bien qu’ils risquent de perdre leurs vies en travaillant dans certains endroits, mais c’est l’or qui intéresse ici les gens. Les deux femmes qui sont mortes avaient été chassées à plusieurs reprises avant qu’elles ne meurent suite à un éboulement avant hier. Certaines zones sont dangereuses », a-t-il expliqué.

Dans les mines d’orpaillages de Fatoya, travaillent également des enfants et des adolescents, y compris des filles, dont la plupart n’ont jamais mis pied dans une salle de classe. Généralement, ils ont embarqué par leurs parents. Finalement, ils prennent goût à l’argent, comme l’a indiqué le secrétaire général des Tombolomas. « Cela constitue un véritable problème pour nous. D’abord, vous savez que Fatoya est construit à l’origine à cause de la présence de l’or. Donc, tout le monde ne s’est attelé qu’à la recherche de ce métal précieux. On a ignoré les études et cela continue jusqu’à présent. Certains n’amènent pratiquement pas les enfants à l’école. Mais après, ces enfants qui travaillent dans les mines pendant les vacances n’y retournent plus, parce qu’ils prennent goût à l’argent. On a tout fait pour régler ce problème, mais on n’arrive pas. Nous avons besoins d’aide », a ajouté Abdoulaye Camara.

En ce qui concerne l’environnement, la petite localité de Fatoya ressemble à une zone sahélienne. Aucune forêt, aucun espace verdoyant aux alentours. Tout a été décapé par les entreprises ou par les orpailleurs. Pire, aucune mesure n’est mise en place pour restaurer le couvert végétal.

De Fatoya (Siguiri), Mouctar Barry envoyé spécial de Guineematin.com

Tél. : 621 607 907

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