Hôpital, Tambacounda, SénégalDes compatriotes qui ne supportent plus de rester, comme des prisonniers, au Sénégal contre leur gré ont quitté la capitale au bord d’un bus (72 personnes) et de petites voitures pour essayer de rejoindre leur Guinée natale ce mardi 4 novembre 2014. Leur courage et leur détermination ont payé jusqu’à Boundou Kourou, à la frontière sénégalo-guinéenne. C’est à ce lieu où ils croyaient atteindre leur cher pays que nos compatriotes ont été désagréablement surpris par la farouche opposition des agents de la gendarmerie qui ont été insensibles à tous leurs arguments. « Vous pouvez ne pas permettre à quelqu’un d’aller chez vous, mais laissez-nous sortir d’ici ! Nous voulons quitter votre pays et non y entrer ! Est-ce qu’il y a un risque de contamination d’Ebola en vous quittant ? », essayaient d’argumenter les Guinéens.

Linguére, SénégalSourds à tous les messages, les gardes frontalières ont contraint nos compatriotes à reprendre la route du retour à Dakar. Tristes et très déçus de ce qu’ils subissaient, les Guinéens ont fait escale à Linguére où ils espéraient encore convaincre les autorités locales que les maintenir au Sénégal contre leur gré est anormal et même insensé. Mais, à ce niveau également, le même discours leur est opposé : « les frontières sont fermées, donc vous ne pourrez pas traverser »

Parmi les (environ) 150 personnes qui composaient la foule des candidats au retour en Guinée, une dame a eu une crise cardiaque et en est morte sur place. Enseignante de profession, c’est une drépanocytaire d’une cinquantaine d’année qui s’était rendue à Dakar par vol pour des soins depuis le mois de carême, la dame qui était fatiguée d’attendre une fermeture sans limite des frontières (aériennes et terrestres) tenait coûte que coûte à rentrer chez elle, mais elle fera sa dernière expiration à Linguére, au Sénégal.

Le corps bloqué au Sénégal, malgré les dernières volontés de la défunte et l’insistance de ses compagnons de voyage

Durant plusieurs heures, les voyageurs Guinéens s’efforceront d’expliquer- sans succès- aux autorités sénégalaises locales que le corps de la dame doit être ramené comme elle l’a souhaité, dit et redit avant de mourir. « Ils nous ont obligé, avec des gendarmes armés, de remonter dans le bus et d’envoyer le corps dans un hôpital à Tambacounda ou à Dakar », disait Sayon Bangoura, au téléphone de Guineematin.com, il y a quelques minutes. Nous avons une heure ou deux avant d’arriver à Tambacounda, a ajouté notre compatriote, à 14 heures 38 minutes.

La désapprobation des Guinéens 

L’attitude du Sénégal envers la Guinée fait débat notamment à Conakry. Si certains estiment que Dakar ne fait que protéger ses citoyens contre la contamination à Ebola, Ce que Conakry aurait dû faire dès le début au lieu de nier, puis minimiser, voire banalyser l’existence d’Ebola chez nous, d’autres trouvent que les autorités sénégalaises exagèrent en bloquant par exemple des Guinéens qui veulent rentrer chez ou des passagers d’un vol venu d’Europe d’entrer à Dakar. Beaucoup de commentateurs accusent le pouvoir sénégalais de faire dans le populisme, puisqu’on ne peut en aucune manière transmettre Ebola en sortant du pays…

Par ailleurs, nombreux sont les compatriotes qui incitent aujourd’hui le président guinéen de montrer un peu ses biceps à Macky Sall, notamment en refusant de participer au sommet de la francophonie, prévu à Dakar à partir du 29 de ce mois. D’ailleurs, la question de sa participation se pose à mesure que cet événement approche. Comment Alpha Condé pourrait-il arriver à Dakar avec la fermeture des frontières aériennes et terrestres ? Le président guinéen qui aime le plus voyager sera-t-il empêché d’entrer à Dakar ? Alpha Condé sera-t-il contraint de subir des contrôles particuliers à l’aéroport de Dakar ?

Enfin, la souffrance de nos frères et le décès d’une de nos compatriotes décideront-ils les autorités guinéennes à négocier avec les autorités sénégalaises pour une levée des mesures aussi inopportunes et insensées comme empêcher des Guinéens qui veulent revenir d’entrer en Guinée…

Nouhou Baldé

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