Dans les accords politiques du 12 octobre dernier, l’Etat guinéen s’était engagé à dédommager les opérateurs économiques victimes de pillages lors des évènements politiques de 2013 au plus tard en juin 2017. A moins d’un mois de l’échéance du délai, Guineematin.com a joint au téléphone le président du GOHA pour savoir ce qui a été fait sur le terrain. Au bout du fil, Chérif Mohamed Abdallah s’est dit déçu des fausses promesses avant de menacer : « nous allons demander à tous les opérateurs économiques de fermer toutes les boutiques et les magasins, sur l’ensemble du territoire national en guise de soutien aux victimes de pillages économiques. Il faut que cela soit très clair au niveau des esprits », a martelé le défenseur des opérateurs économiques.

Décryptage !

Guineematin.com : Bonjour monsieur Chérif Mohamed Abdallah. Vous êtes le président du GOHA (Groupe Organisé des Hommes d’Affaires) et vous défendez le dédommagement des opérateurs économiques victimes de pillages dans notre pays .Comme on le sait, dans le dernier accord politique inter guinéen, il était prévu de dédommager des victimes des pillages économiques de 2013 au plus tard en juin 2017. Où en est aujourd’hui sur le dossier ?

Chérif Mohamed Abdallah : Jusqu’à présent, à part le recensement que nous avons fait et les promesses que nous avons entendues suite à l’accord politique qui indique que les opérateurs économiques seront dédommagés au plus tard en juin 2017, nous n’avons rien vu.  Nous attendons parce que nous avons recensé plus de 1 600 opérateurs économiques qui sont victimes de pillages. Ces victimes sont de 2007, 2012, 2013 et 2015. Dans les accords, ils ont choisi une partie des victimes pour dire que ceux-ci seront dédommagés au mois de juin.  Mais, jusqu’à présent, rien n’est fait sur le terrain.

Guineematin.com : Au cas où l’Etat ne respecte pas cet engagement, qu’est-ce que vous comptez faire pour vous faire entendre ?

Chérif Mohamed Abdallah : Si on ne respect pas cet engagement, tous les opérateurs économiques soutiendront les victimes de pillages pour réagir. Leur réaction aura de lourdes conséquences.

Guineematin.com : Est-ce que des démarches sont en train d’être menées aujourd’hui par le GOHA pour amener le gouvernement à respecter cet engagement ?

Chérif Mohamed Abdallah : Nous avons écrit à plusieurs reprises aux autorités. Nous avons organisé des conférences de presse pour attirer l’attention des décideurs politiques sur le respect de cet engagement. Nous avons même fait des déclarations après la signature des accords pour encourager l’initiative et féliciter le Président de la République et le chef de file de l’opposition. Mais, puisque rien n’est fait encore sur le terrain, nous disons que nous sommes déçus et on en a marre des fausses promesses.

Guineematin.com : Concrètement, si les opérateurs économiques ne sont pas dédommagés, qu’est-ce que vous allez faire ?

Chérif Mohamed Abdallah : Soyez sûr et certains que si cet accord n’est pas respecté, les opérateurs économiques vont réagir. Nous avons déjà reçu des appels venant de partout. Les gens nous soutiennent dans notre démarche, à l’intérieur comme à l’extérieur. Je dirais aux opérateurs économiques de rester mobilisés et de lutter contre cette injustice, cette insécurité dont ils sont victimes à tout moment.

Guineematin.com : Concrètement comment est-ce que vous comptez vous faire entendre ?

Chérif Mohamed Abdallah : Nous allons demander à tous les opérateurs économiques de fermer toutes les boutiques et les magasins sur l’ensemble du territoire national en guise de soutien aux victimes de pillages économiques. Il faut que cela soit très clair au niveau des esprits.

Guineematin.com : Au-delà de cet aspect, on sait que l’économie est liée à la politique. Aujourd’hui, il y a des velléités d’un troisième mandat pour le Président Alpha Condé. Cela suppose la modification de notre constitution. Quel regard portez-vous sur cette situation en tant qu’opérateur économique ?

Chérif Mohamed Abdallah, GOHA

Chérif Mohamed Abdallah : Déjà, je suis légaliste. Donc, je demanderais au Président Alpha Condé qui est déjà sur son second mandat de respecter la constitution. En respectant notre constitution, cela pourra apaiser les tensions et être à la base de la réconciliation dans notre pays. L’arrivée et l’accueil du chef de file de l’opposition en forêt et en Haute Guinée en ce moment prouve à suffisance que le peuple de Guinée n’est pas divisé. Ce sont les politiques qui tirent les ficèles pour opposer les citoyens.  Les Guinéens doivent rester unis.

Ceci dit, on avait pensé que si ce second mandat arrivait à échéance, on n’allait pas nous parler de l’éventualité d’un 3ème mandat.  C’est pourquoi, je conseille le Président Alpha Condé de clarifier sa position. S’il annonce qu’il ne veut pas d’un 3ème mandat, il sera félicité par tout le peuple de Guinée et par la communauté internationale. Regardez la Côte d’Ivoire et le Niger où les Présidents ont annoncé qu’ils ne modifieront pas leur constitution pour se représenter, les choses bougent. D’ailleurs, c’est pour cette raison que nous félicitons et encourageons le président de notre Cour Constitutionnelle, Kéléfa Sall pour ses prises de position. Je crois que monsieur Kéléfa Sall mérite le soutien de tout le peuple de Guinée. Personne n’est contre le Président Alpha Condé, c’est pourquoi on lui a accordé deux mandats.  Pour éviter les troubles dans le pays et pour attirer les investisseurs vers la Guinée, il faut qu’il se prononce de façon définitive.

Guineematin.com : Vous pensez que cela aura un impact sur l’investissement dans notre pays ?

Chérif Mohamed Abdallah : Le flou que le Président entretient sur le sujet est entrain de jouer négativement sur l’économie de notre pays. Actuellement, aucun investisseur ne vient en Guinée. Ne voyez pas les tapages qu’on fait à la RTG (télévision d’Etat, NDLR). Aujourd’hui, ce qui se passe au marché de Madina dépasse l’entendement.  Au niveau du port autonome, tout est cher. Le délai de franchise dans les autres pays, c’est 21 jours ; en Guinée, c’est 10 jours. Si vous ne faites pas franchir votre marchandise pendant cette période, vous payerez des taxes de façon incontrôlée. On est entrain d’asphyxier la vie des opérateurs économiques.

Guineematin.com : Ces derniers temps, il y a eu des manifestations des populations dans la ville de Boké. Les populations ont manifesté pour réclamer de l’emploi, de l’électricité et de l’eau. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?

Chérif Mohamed Abdallah : Comme tout le monde, j’ai observé ces évènements. Déjà, je déplore la perte en vies humaines et la destruction des biens publics et privés qui ont eu lieu. Mais, la question qu’on se pose est de savoir comment on peut sortir tous ces millions de dollars en détruisant l’environnement  sans rien laisser à la population ? La population de Boké ne bénéficie que de la poussière et du bruit des trains. Les gens n’ont ni eau, ni électricité, ni le manger. Je pense que l’Etat guinéen est en partie responsable. Il doit craindre les pêchés. La population a pleinement raison de revendiquer des meilleures conditions de vie. Il faut faire un travail sérieux sur le terrain pour aider la population de Boké et éviter les fausses promesses.

Malheureusement, dans notre pays, dès que vous dites la vérité, on vous traite d’opposant. Nous sommes opposés aux mensonges, à l’injustice et à l’arbitraire… mais, pas à une personne. Et, si l’on ne fait pas attention, on est entrain de chasser les investisseurs parce que personne ne mettra son argent dans un pays où l’avenir est incertain. C’est pourquoi, nous nous opposons à cette idée de 3ème mandat qui attise les tensions dans le pays. Cela est dangereux. Aujourd’hui, la seule personne qui peut nous éviter cette situation est le Président de la République, le professeur Alpha Condé…

Guineematin.com : Merci monsieur Chérif Mohamed Abdallah

Chérif Mohamed Abdallah : Tout le plaisir est pour moi.

Interview réalisée au téléphone et décryptée par Mamadou Alpha Assia pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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