Chaïkou BaldéJOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

MARDI 03 MAI 2016

DÉCLARATION DE L’ALLIANCE DES MÉDIAS POUR LES DROITS HUMAINS EN GUINÉE

Chers consœurs et confrères,

Mesdames et Messieurs,

La date du 3 mai que nous célébrons aujourd’hui marque le 25ème anniversaire de la déclaration de Windhoek qui est un énoncé de principe établi par les journalistes africains en 1991,  appelant à une presse libre, indépendante et pluraliste sur notre continent et à travers le monde. Cette déclaration affirme que la liberté de la presse est indispensable à l’existence de la démocratie et constitue une aspiration fondamentale de l’homme.

Pour nous femmes et hommes des médias, la déclaration de WINDHOEK marque une étape importante de la lutte pour la liberté de la presse dans toutes les régions du monde.

En ces instants de ferveur, mais aussi de souvenir, nos pensées et nos prières vont vers les journalistes et les éditeurs à travers le monde  qui ont été assassinés, emprisonnés, violentés, harcelés, traqués voire réduits au silence, à la peur pour avoir simplement voulu dire la vérité, exercer leur droit d’informer ou accomplir leur devoir de service public.

En Guinée, si l’on peut se réjouir encore  de la dépénalisation des délits de presse, nous déplorons avec amertume et une vive préoccupation les atteintes graves à la liberté de la presse enregistrées en 2015 et au cours des premiers mois de  2016.

  • Trois de nos confrères sont actuellement en procès pour une présumée escroquerie dont les contours ne sont pas encore élucidés par la justice.
  • Chérif Diallo d’Espace TV est porté disparu depuis plus de neuf (9) mois sans qu’on ne sache comment, par qui et où il se trouve ?

Comme vous le savez, notre confrère et ami, MOHAMED KOULA DIALLO du site Guinée 7 a perdu la vie le 05 février 2016, l’arme à la main, en plein exercice de son métier de journaliste aux abords du siège de l’UFDG suite à des affrontements entre militants de ce parti. Six mois depuis ce lâche assassinat, malgré notre indignation,  nos protestations et nos multiples appels à l’autorité, justice n’est toujours pas rendue pour notre confrère, à sa famille biologique ainsi qu’a sa famille professionnelle que nous représentons, nous les femmes et les hommes des médias guinéens.

La mort de KOULA par balle relance aujourd’hui toute la problématique de la protection des journalistes guinéens dans l’exercice de leur métier voire au delà.

Avant tous ces cas, l’AMDH a relevé en 2015, des violations graves des droits humains liées à la liberté de la presse commises notamment à l’encontre des journalistes dont les noms suivent :

  1. Mohamed Lamine FOFANA et M’bemba Condé de la Radio Sabou Fm de Kindia ;
  2. Ibrahima Sory DIALLO et Abdoulaye Oumou SOW du site Guineematin.com ;

Et bien d’autres car la liste est loin d’être exhaustive.

 

Ces  journalistes ont été soit arrêtés, emprisonnés, violentés, malmenés, intimidés voire humiliés  dans l’accomplissement de leur devoir d’informer des millions de guinéens par des autorités  politiques ou des agents des forces de défense et de sécurité.

 

Ce qui est encore plus choquant et désespérant,  c’est  que toutes ces violations sont perpétrées dans la plus grande indifférence des autorités judiciaires et au mépris de nos lois en la matière.

 

Pourtant les articles 5, 6 et 7 de notre constitution sont clairs, nets et précis sur le respect de l’être humain, de sa dignité et de sa liberté d’opinion et d’expression. Et  que dire de l’article       19 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qui stipule : « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de rechercher, de recevoir et de rependre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

 

Au regard de tous ces manquements qui ont fait perdre à la Guinée 6 places au dernier classement de RSF des pays respectueux de la liberté de la presse, nous appelons :

 

  • D’abord, le gouvernement,  à appliquer et à faire appliquer les instruments juridiques nationaux  et internationaux relatifs à la liberté de la presse et à la protection des journalistes ;

 

  • Ensuite, aux forces de défense et de sécurité, de prendre toutes les dispositions pour assurer et garantir la protection des journalistes dans l’exercice de leur métier ;

 

  • Enfin, au ministère de la justice, de rechercher, poursuivre et condamner de manière exemplaire tous les prédateurs de la liberté de la presse en Guinée.

Chers consœurs et confrères,

 

Je voudrais terminer  mes propos  par cette réflexion de l’écrivain français ALBERT CAMUS faite en 1960 : « une presse libre peut, bien sûr, être bonne ou mauvaise, mais sans liberté, elle ne pourra qu’être mauvaise. »

 

Bonne fête à toutes et à tous !

 

Je vous remercie !

 

CHAIKOU BALDE président de l’AMDHG.

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