Les forces de sécurité au Mali doivent s’abstenir de recourir à une force inutile ou excessive contre les manifestants pacifiques, a déclaré Amnesty International à la veille d’un rassemblement contre un projet de révision constitutionnelle.

A quelques semaines du référendum portant sur une modification de la Constitution, les autorités maliennes multiplient les intimidations à l’encontre des opposants à son projet. Au moins huit personnes ont été blessées par les forces de sécurité les 8 et 10 juin derniers au cours de manifestations pacifiques réprimées contre le projet de réforme.

Alors qu’un nouvel appel à manifester a été lancé pour ce samedi 17 juin, Amnesty International demande aux autorités maliennes de garantir le droit à la liberté de manifestation pacifique.

«Le fait d’interdire systématiquement à des citoyens de manifester pour exprimer une opinion constitue une restriction injustifiée au droit à la liberté de réunion pacifique,» a déclaré Gaetan Mootoo, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

«Jusqu’à preuve du contraire, ces manifestations ne constituent aucune menace, et rien ne saurait justifier l’utilisation excessive de la force à l’encontre de ceux qui y participent. »

La liberté de manifestation pacifique est consacrée par le droit international et la Constitution malienne. Celle-ci précise en son article 5 : « L’Etat reconnaît et garantit, dans les conditions fixées par la loi, la liberté d’aller et venir, le libre choix de la résidence, la liberté d’association, de réunion, de cortège et de manifestation. ».

Les autorités justifient cependant l’interdiction des manifestations par l’état d’urgence quasiment toujours en vigueur dans le pays depuis novembre 2015. Toutefois Amnesty International considère trop exagérée une restriction totale et systématique des manifestations dans le contexte de l’état d’urgence.

L’assemblée nationale malienne a adopté début juin un projet de nouvelle Constitution qui devra être entériné par référendum le 9 juillet prochain. Il prévoit la création d’un Sénat et donne de nouveaux pouvoirs au président de la République.

Des membres du mouvement ‘Trop c’est trop’, des opposants et des membres de la société civile qui ont fortement critiqué la révision ont été empêchés de manifester pour exprimer leur opposition au projet.

Amnesty International a pu s’entretenir avec plusieurs personnes qui ont déclaré que plus d’une centaine de policiers ont encerclé le 8 juin les manifestants regroupés à la Bourse du travail de Bamako, la capitale malienne et les ont repoussés à l’intérieur du bâtiment. Lorsque ceux-ci ont réussi à sortir des locaux, ils ont entonné l’hymne national du pays. Les policiers les ont alors frappés avec des matraques avant de les disperser.

Le samedi 10 juin une autre manifestation pacifique a été dispersée au gaz lacrymogène par des policiers et des éléments de la garde nationale qui ont brièvement interpellé des manifestants. Le porte-parole du mouvement ‘Trop c’est trop’ a été frappé.

« Les autorités doivent veiller à ce que les voix dissidentes puissent s’exprimer sans crainte et sans subir de manœuvres d’intimidation ni de harcèlement, » a déclaré Gaétan Mootoo.

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