Comme on le sait, pendant près d’une semaine (de la nuit du lundi 11 septembre à la matinée du dimanche 17 septembre 2017), les populations de la commune urbaine de Boké étaient dans la rue pour réclamer la fourniture du courant électrique dans les foyers. Suite à des frustrations accumulées contre la société électricité de Guinée (EDG) et les gouvernants incapables de satisfaire les promesses tenues au mois d’avril passé, les jeunes de Boké se sont levés comme un seul homme pour exprimer leur mécontentement en érigeant des barricades dans toute la ville et brûlant des pneus sur le goudron.

Préoccupées par cette paralysie totale de toutes les activités dans le Kakandé, les autorités locales ont fait appel aux forces de sécurité dans la nuit du mardi 12 septembre 2017, depuis la capitale guinéene, Conakry, pour tenter de calmer les ardeurs. Mais, hélas ! Cette arrivée des gendarmes a plutôt mis de l’huile sur le feu. Depuis leur entrée à Boké, des violents affrontements se sont déroulés entre forces de l’ordre et manifestants. Ce qui a entraîné des pertes en vies humaines, plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels.

Des pertes en vies humaines et des blessés

Selon les chiffres communiqués par les services d’urgence de l’hôpital régional de Boké, ce sont deux jeunes garçons qui ont été tués suites à des tirs à balles réelles et du gaz lacrymogène pendant les échauffourées. Il s’agit du jeune étudiant diplômé, Eugène Kamano, âgé de 25 ans, qui a perdu la vie le mercredi 13 septembre et de Salimou Fofana, âgé de 17 ans, le lendemain, jeudi 14 septembre 2017. Les deux corps se trouveraient toujours à la morgue de l’hôpital de Kamsar, en attendant leur jour d’inhumation.

S’agissant des blessés enregistrés durant ces jours de manifestations, le bilan officiel fait état de 78 cas dont 10 au moins l’ont été par balles réelles. Parmi ces blessés, on comptabilise 21 agents de sécurité. Un cadreur de la télévision privée « Espace TV » a lui aussi reçu un coup de pierre…

Des dégâts matériels importants

De la première à la dernière journée de manifestations, la circulation routière a été totalement bloquée, des pneus ont été brûlés sur le goudron ; mais, les manifestants très remontés ne se sont pas limités à cette dégradation de la route, ils se sont attaqués à des édifices et des biens publics et privés. Entre autres :

– L’escadron mobile de la gendarmerie a été vandalisé, des denrées alimentaires emportées et la compagnie de la gendarmerie nationale incendiée, des détenus libérés…

– L’hôtel « Le Palmier », communément appelé « village communautaire » a été attaqué par un groupe de manifestants qui, selon le locataire du dit hôtel, monsieur Laye Doré, ont emporté des matelas, des climatiseurs et des postes téléviseurs.

– Le siège local du RPG arc-en-ciel, sise au quartier Tombonya, a été également saccagé par les jeunes qui y ont cassés plusieurs chaises, brûlés des objets et emporté d’autres.

– Le domicile privé du directeur préfectoral de l’éducation (DPE) de Boké, monsieur Siné Magassouba, n’a pas été épargné de pillage. La nouvelle construction de ce cadre du RPG arc-en-ciel, sise au quartier Baralandé, a été attaquée par les manifestants qui, selon les témoignages, ont cassé les portes, brûlé des véhicules et des motos.

– Le siège de la société UMS (United Mining Supley) a également été vandalisé.

– La boutique du commerçant Thierno Boubacar Madina Diallo, au quartier Dibia, secteur Météo, a été défoncée par des inconnus qui sont partis avec certaines marchandises.

– Des dépouillements par la force des biens divers par des jeunes ont été signalés par endroits.

Des jeunes inflexibles et sourds à toutes les médiations

Depuis le premier jour du soulèvement populaire, les sages de Boké, sous la conduite du premier imam de la mosquée centrale, Elhadj Djouhé Bah, se sont fortement impliqués en soutenant tout d’abord leurs fils dans leurs revendications jugées légitimes, avant de les sensibiliser de ne pas s’attaquer aux infrastructures ou aux biens d’autrui. Les jeunes ont semblé avoir compris ces consignes jusqu’au jour où le premier contingent de gendarmes est arrivé dans le Kakandé. C’était dans la nuit du mardi 12 au mercredi 13 septembre 2017. Dès lors, les jeunes sont devenus révoltés, intraitables et déterminés à faire le bras de fer avec les forces de l’ordre qu’ils ont pris comme des envahisseurs, agresseurs…

Après avoir perdu deux de leurs et enregistré plusieurs blessés, les manifestants sont alors devenus plus très furieux que jamais et ont commencé à s’attaquer aux édifices comme pour se venger. C’est ainsi que dans la matinée du vendredi 15 septembre, lorsqu’une foule a saccagé le siège du RPG arc-en-ciel, les autorités locales ont sollicité une médiation des sages. Réunis à la mosquée centrale avec le commissaire central de la police, les sages ont exigé le retrait des forces de l’ordre avant toute négociation. Cette condition acceptée par les agents de sécurité, l’imam Djouhé et son équipe n’ont pu être écoutés par les jeunes. Proposant une rencontre de sensibilisation au stade du 1er mai de Boké, l’imam s’est vu menacé par certains des manifestants.

Elie Kamano éconduit à Boké

Accueilli en héros par une grandiose foule des jeunes à son arrivée dans la ville de Boké, le vendredi 15 septembre 2017, le reggaeman guinéen Elie Kamano a quitté le Kakandé déçu. Accompagné de cette masse de jeunes de la rentrée de la ville à la radio Espace Kakandé où il a fait sa première communication, Elie Kamano avait réussi à se faire écouter par bon nombre des jeunes qui scandaient derrière lui « Elie ! Elie ! L’homme de la solution ! ».
Sur place, le populaire artiste a passé son message avec l’oreille attentive des auditeurs : « c’est ma conscience qui m’a mandaté de venir soutenir cette jeunesse qui souffre et qui revendique ses droits… Les autorités locales ont vraiment mal agit face à la jeunesse, je les cendamne. Je donne raison aux jeunes de Boké d’agir comme ça. Je ne soutiens pas le fait de brûler des pneus ou de casser ; mais, ils ont raison de se révolter. Quand la loi ne fait pas la loi, c’est la rue qui va commander. Je demande donc à la jeunesse de lever les barrages et me porter confiance, je serai leur mandant pour rencontrer les autorités. Et, avec moi, une solution rapide sera obtenue », a-t-il expliqué.

Après la radio, Elie Kamano a été porté haut sur les têtes des jeunes pour aller tenter de faire lever les barrages. Compris par une partie, Elie Kamano s’est vite buté à d’autres jeunes qui ne croyaient pas trop à la médiation de l’artiste. Initialement annoncé au stade du 1er mai où il avait projeté un meeting avec les jeunes, Elie Kamano a avorté ce programme pour aller refroidir les nerfs à Kamsar. Déterminé à réussir sa mission, Elie Kamano reviendra le lendemain pour continuer son combat ; mais, déjà, beaucoup d’observateurs avaient commencé à émettre des doutes : « est-ce n’est pas Alpha Condé qui a envoyé cet artiste pour dissuader le mouvement ? », s’interrogeaient certains citoyens ; « lui il est venu juste pour préparer un album avec les images qu’il se fera à Boké », lâchaient d’autres. Ainsi, dans ses démarches de convaincre les jeunes du Kakandé, le reggaeman aurait échappé de justesse à un lynchage des jeunes en colère au barrage placé au secteur TP. Déçu du comportement de ces jeunes, l’artiste a écourté son séjour et s’est retiré de la ville avec une profonde déception avec l’accompagnement d’un muni groupe de jeunes.

Décrispation de la crise

Malgré les multiples interventions et la diversité des intervenants pour l’obtention de la levée des barricades dans la ville, les jeunes sont restés sourds et ont campé sur leur position. « Tant qu’on ne voit pas le courant, on n’écoute aucun discours et nous n’enleverons aucun barrage », ont-ils persisté. Heureusement, dans la soirée du samedi 16 septembre 2017, il a été annoncé le don de trois(3) groupes électrogènes de 500 KVA chacun, par le consortium SMB-WAP. Après avoir réceptionné ces groupes dans la matinée du dimanche 17 septembre, les manifestants ont dégagé toutes les barricades et la circulation a dès lors repris. Le courant est temporairement revenu dans les foyers.

Ainsi, hier, lundi 18 septembre 2017, les activités en grande partie ont repris leur cours normal. Seuls dans les établissements scolaires de la commune urbaine, les cours n’ont toujours pas débuté…

A rappeler qu’à peine que la tension baissait dans la commune urbaine de Boké, les échauffourées ont commencé dans la sous-préfecture de Kamsar où la situation est toujours tendue. Et, même si la gestion de la crise n’a pas été évoquée, on sait que le préfet de Boké a été limogé par le président de la République avant la fin des manifestations…

De Boké, Mamadou Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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