La compagnie aérienne Sénégalairlines décide, elle aussi, de fuir le ciel guinéen pour cause d'Ebola

La compagnie aérienne Sénégalairlines décide, elle aussi, de fuir le ciel guinéen pour cause d’Ebola

Qui disait que la Guinée est un pays pauvre ? On a du mal à le croire. Il y a quelques deux semaines de cela, les douanes sénégalaises avaient mis la main sur le chargement d’un petit avion privé provenant de Conakry, constitué de mallettes qui devaient être embarquées sur le vol de la compagnie aérienne Emirates pour Dubaï. Les valises contenaient des coupures en devises étrangères, des euros et des dollars américains pour un montant estimé à 4 milliards de francs Cfa soit 400 milliards de francs guinéens (Voir Le Quotidien du samedi 23 et dimanche 24 août 2014).
La saisie a été finalement levée, trois jours plus tard, après que les plus hautes autorités guinéennes ont fourni des documents officiels attestant que l’opération procédait d’un transfert ayant l’aval de la République de Guinée. Le Président Condé était particulièrement outré par l’affaire qui a failli être à l’origine d’une grave crise diplomatique entre le Sénégal et la Guinée. Le magot embarquera donc à destination de Dubaï sur le vol suivant. Si cette affaire a été découverte à Dakar, c’est parce que la compagnie Emirates a suspendu sa desserte de Conakry pour cause de virus ébola qui sévit dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest. Autrement, les mallettes auraient embarqué à partir de Conakry et aucune autorité d’un pays étranger n’aurait eu à fouiner dans ce mode de transport de fonds assez singulier. Combien de fois une opération pareille a pu être répétée directement sur l’axe Conakry-Dubaï ? D’ailleurs à l’aéroport de Conakry-Gbessia, ce genre de colis semble régulier et les agents en poste ne peuvent que constater les allers et venues de Mouhamed Condé par exemple, fils du Président Alpha Condé, avec des colis énigmatiques dans lesquels d’aucuns imaginent des objets de grande valeur. Mouhamed Condé officie en qualité de Chargé de mission auprès de son papa de président et s’occupe de toutes les transactions ayant des relents lucratifs. Pauvre Guinée ! Après la dictature sanguinaire de Ahmed Sékou Touré, suivie d’une gouvernance calamiteuse de Lansana Conté et d’une autre gouvernance tout aussi misérable de Moussa Dadis Camara, franchement la Guinée était en droit d’espérer mieux…
Mouhamed Condé, un autre Karim Wade ? L’avenir le dira, mais la similitude des profils ne manque pas de frapper. Aussi, la forte somme, (une fortune colossale au regard de l’économie de la Guinée), découverte en une seule fois, rendrait crédibles les centaines de milliards de francs Cfa que Karim Wade aurait fait évader du Sénégal durant les douze années de magistère de son père Abdoulaye Wade. Et la destination privilégiée demeure toujours les Emirats du Golfe arabique.

Si les fils partagent en commun de profiter de la position de leur père pour faire fructifier leurs propres business, quitte même à se servir goulûment sur les biens publics, les pères chefs d’Etat partagent eux aussi un profil commun ; celui d’avoir été des anciens opposants historiques arrivés au pouvoir à la faveur du suffrage universel. Mais ces pères révèlent, à l’exercice du pouvoir, un trait de caractère que les nombreuses foules de militants qui les acclamaient tout le long de leur parcours politique et qui ont payé, on ne sait quels tributs, ne pouvaient soupçonner. Ils ont cette propension à tenter systématiquement de faire cadeau à leur progéniture, de tout ce qui compte dans leur pays. Abdoulaye Wade avait son Karim Wade et sa Sindiély Wade, Laurent Gbagbo avait son Michel Gbagbo qui commençait à s’incruster dans l’appareil d’Etat ivoirien. Nicéphore Soglo au Bénin avait son Léady Soglo, lui aussi membre important des gouvernements de son père. Alpha Condé a aujourd’hui son Mouhamed Condé tandis que Ibrahim Boubacar Keïta du Mali, qui a blanchi sous le harnais d’une longue opposition aux côtés de Alpha Oumar Konaré, a son Karim Keïta. Lui aussi.
Ces opposants historiques, une fois au pouvoir, apparaissent comme des prédateurs et montrent le visage hideux d’intolérance et d’adeptes de méthodes antidémocratiques pour ne pas dire fascistes. Abdoulaye Wade a interdit des marches, emprisonné, pourchassé des journalistes et des opposants. Il a invectivé et fait corriger au marteau tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Il avait fini par faire regretter à son Peuple un Léopold Sédar Senghor ou un Abdou Diouf. Le régime de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire aura été lui aussi un cas d’école de révélation de la nature véritable qui se cachait derrière le masque d’un ancien opposant. Au pouvoir, Laurent Gbagbo avait travaillé à se constituer un clan familial pour chercher à s’éterniser au pouvoir, au prix de marcher sur des milliers de cadavres. Au Kenya et au Zimbabwe, dans l’exercice d’un pouvoir partagé, les Premiers ministres Raila Odinga et Morgan Tsvangirai ne se sont pas montrés meilleurs que Mwai Kibaki ou Robert Mugabe. En Egypte, l’élection au suffrage universel de Mohamed Morsi a été un autre fruit qui n’a pas tenu la promesse des fleurs.

Facebook Comments