Oustaz Ramadan

Oustaz Ramadan

Le Hajj 2018 démarre officiellement le dimanche, 19 août prochain à la Mecque. Les participants à ce pèlerinage musulman vont passer à partir de ce jour, des moments exceptionnels marqués par plusieurs activités visant à les débarrasser de leurs péchés et les rapprocher davantage de leur créateur.

Mais il faut dire que les musulmans qui ne participent pas à ce pèlerinage peuvent, eux aussi, profiter de l’occasion pour bénéficier des avantages que comporte cette période de l’année.

Pour parler justement de ces avantages et des actes à poser pour en bénéficier, Guineematin.com a reçu ce mardi, 14 août 2018, Oustaz Mamadou Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam à Koloma. Avec lui, nous avons abordé plusieurs questions liées au pèlerinage mais aussi aux 10 premiers jours du mois du calendrier musulman en cours.

Guineematin.com : le pèlerinage musulman démarre officiellement le dimanche, 19 août prochain à la Mecque. Il s’agit là d’une période exceptionnelle pour les musulmans qui font face à une obligation religieuse qui n’est autre que le cinquième pilier de l’islam, quels sont les comportements qu’ils doivent adopter pour que leur hajj soit accepté ?

Oustaz Ramadan Bah : le pèlerinage va effectivement commencer le dimanche, 08 du mois de Zilhijja, le mois du calendrier musulman qui porte le nom du pèlerinage lui-même. Donc, le musulman qui a pu effectuer le voyage, qui a pu se rendre à la Mecque pour ce dernier pilier de l’islam, doit se comporter comme sa religion le recommande. Il doit être patient, il doit être rigoureux dans toutes les adorations puisque le pèlerinage c’est en quelque sorte le djihad.

C’est-à-dire qu’il demande beaucoup d’efforts, donc le pèlerin doit redoubler d’efforts. Il doit supporter les autres parce qu’il a quitté son pays pour aller jusqu’en Arabie Saoudite pour chercher la faveur de son créateur, il doit aussi éviter de causer des désagréments aux autres, il doit s’armer de patience, de courage et d’abnégation pour que son pèlerinage dans les meilleures conditions.

Guineematin.com : il y a également des invocations que les pèlerins doivent faire, à quel moment ces invocations commencent ?

Oustaz RamadanOustaz Ramadan Bah : pendant le pèlerinage, il y a des invocations à faire à chaque étape. C’est pourquoi, on disait aux candidats au pèlerinage qui ne savent pas ce qu’ils doivent dire ou ce qu’ils doivent faire là-bas, de s’approcher de ceux qui le savent pour apprendre avant de partir à la Mecque. Parce que, à chaque endroit, à chaque mouvement il y a des invocations. Par exemple, quand on change de tenue pour porter la tenue du pèlerin il y a des invocations à faire, quand on quitte le lieu où on a fait les grandes ablutions pour se rendre à la Mecque il y a des invocations à faire, quand on arrive à la Mecque il y a des invocations à faire, en entrant dans la mosquée il y en a, et ainsi de suite jusqu’à la fin du pèlerinage il y a partout des invocations que les pèlerins doivent faire.

Guineematin.com : vous l’avez dit, le pèlerinage comporte beaucoup d’étapes dont la plus importante est celle d’Arafat, une colline située à une vingtaine de kilomètres à l’est de la Mecque. Parlez-nous de cette étape d’Arafat.

Oustaz Ramadan Bah : Arafat, c’est le pèlerinage. Parce que le prophète nous dit dans les hadiths que le pèlerinage c’est le stationnement sur le mont Arafat, c’est quand on a stationné à Arafat qu’on aura fait un pèlerinage, tout le reste vient s’ajouter à ça. Donc, le plus important dans le pèlerinage, c’est de stationner sur le mont Arafat. Ça c’est le 09 du mois de Zilhijja, c’est-à-dire le lundi prochain. C’est ce jour-là au petit matin, que les pèlerins quittent Mina et se dirigent vers le mont Arafat où ils vont rester du matin jusqu’au coucher du soleil. Après ils quittent là pour aller à Muzdalifat où ils vont passer la nuit.

Guineematin.com : ils vont passer la journée sur le mont Arafat en quoi faisant ? C’est pour juste s’arrêter ou il y a des actes d’adoration à faire sur place ?

Oustaz Ramadan Bah : à Arafat, les pèlerins doivent faire beaucoup de prières, beaucoup d’invocations, lire le Coran. La question est la bienvenue parce que ça me permet de rappeler à nos frères et sœurs dont certains nous suivent certainement, qu’il faut éviter de parler du n’importe quoi à Arafat, parce que c’est le véritable du pèlerinage. Ils ne doivent pas parler de politique ni d’autres choses qui ne sont pas liées à l’adoration parce qu’ils ne sont pas allés à la Mecque pour faire du tourisme, ils sont allés pour adorer Allah.  Il leur est demandé tout simplement de faire des prières surérogatoires, faire des invocations, lire le Coran, faire des sacrifices, aider des gens qui sont dans le besoin, etc.

Guineematin.com : à la fin du hajj, lorsque les pèlerins reviennent, on voit des cérémonies qui sont souvent organisées pour les réceptionner. Il y a un débat autour de ces cérémonies que certains jugent anormales. Est-ce que c’est quelque chose qui est recommandé par l’islam ou pas ?

Oustaz Ramadan Bah : ce ne sont pas des choses qui sont recommandées par la religion musulmane. Mais si les gens font ces cérémonies pour le plaisir et qu’ils ne font pas des actes illicites, il n’y a pas de problème. Mais lorsqu’on fait des choses qui sont interdites par la religion, notamment le mélange entre hommes et femmes ou le fait de penser que ces cérémonies sont obligatoires, elles deviennent dans ce cas illicites (haram). Parce qu’il n’y a aucune cérémonie qui est recommandée pour réceptionner un musulman qui revient du pèlerinage. Maintenant ceux qui le font par simple plaisir et qui respectent les principes religieux n’ont aucun problème.

Guineematin.com : on voit aussi beaucoup de pèlerins qui reviennent de la Mecque avec de l’eau qu’ils distribuent aux gens sous prétexte que cette eau à des vertus. Est-ce que c’est prouvé que cette eau a effectivement ces vertus dont on parle ?

Oustaz RamadanOustaz Ramadan Bah : oui, cette eau a effectivement des vertus. Le prophète (PSL) nous dit que c’est une eau pure et qui guérit, c’est comme un remède cette eau. Si on la boit dans l’intention de guérir une maladie, la maladie peut guérir, c’est le prophète qui le dit. C’est aussi une occasion de boire une eau qui tire sa source des invocations du prophète Abraham. Nous savons que ce puits c’est Dieu qui l’a creusé, ce n’est pas une personne. Il existe depuis le temps du prophète Abraham et il existera jusqu’au dernier jour. Donc c’est une faveur que de boire une eau qui provient de ce puits. Il y a cependant certains qui dépassent les limites en disant notamment que celui qui boit cette eau va automatiquement rentrer au paradis, ça ce n’est pas vrai.

Guineematin.com : les enseignements religieux nous apprennent que celui qui effectue un pèlerinage agréé par Dieu est complètement purifié, il redevient comme il était le jour de sa naissance, c’est-à-dire qu’il n’a plus aucun péché. Alors, que doit faire ce pèlerin à son retour, quel comportement doit-il adopter pour éviter de gâcher son pèlerinage ?

Oustaz Ramadan Bah : après le pèlerinage, quand le pèlerin rentre dans son pays, il doit changer de comportement. S’il avait des mauvais comportements, il doit les abandonner tous. Comme l’avez rappelé, un pèlerinage exaucé n’a pas de prix si ce n’est le paradis, ça c’est un hadith du prophète qui le dit. Donc, celui qui a effectué le pèlerinage et que son pèlerinage est exaucé, sa récompense c’est le paradis. C’est pourquoi, les pèlerins doivent faire beaucoup attention à leur retour, ils ne doivent pas salir ce qu’ils ont fait de bien. C’est très important donc qu’ils adoptent de bons comportements à leur retour, et c’est important même pour les autres musulmans qui n’ont pas effectué le pèlerinage.

Guineematin.com : c’est des exemples en quelque sorte pour les autres musulmans !

Oustaz Ramadan Bah : effectivement, parce que les gens vont prendre l’exemple sur eux. S’ils les voient faire quelque chose qui est mauvais, ils vont dire, vous ne voyez pas Elhadj tel ou Hadja telle faire cela. Donc, ils doivent éviter tout ce qui est illicite et tout ce qui n’est pas recommandé par la religion musulmane.

Guineematin.com : on a parlé des pèlerins qui sont à la Mecque mais il y a aussi des millions et des millions de musulmans qui ne sont pas là-bas. Qu’est-ce que ces personnes-là peuvent faire aussi, même si ce n’est pas pour avoir les mêmes récompenses que les pèlerins, mais pour bénéficier également de cette période qui est propice pour les musulmans ?

Oustaz Ramadan Bah : ceux qui ne participent pas au pèlerinage à la Mecque peuvent bénéficier des avantages au même titre que les pèlerins. Il suffit juste de mettre à profit les 10 premiers jours du mois de Zilhijja en cours, qui sont des jours bénis, ce sont les 10 meilleurs jours de l’année. Donc, le musulman qui n’a pas pu effectuer le voyage pour le pèlerinage, s’il jeûne les 9 premiers jours parce que le 10èmejour c’est la fête on ne jeûne pas, il arrive à lire le Coran en entier, il fait des invocations, il fait des sacrifices, c’est comme s’il avait effectué le pèlerinage.

La différence entre lui et celui qui a effectué le pèlerinage, c’est que ce dernier a fait le 5ème pilier de l’islam qui est une obligation pour tous les musulmans qui ont les moyens de le faire. Mais en termes d’avantages, celui qui n’a pas pu se rendre à la Mecque et qui a fait tous les actes d’adoration que nous avons cité plus haut, peut bénéficier au même titre que celui qui a fait le pèlerinage.

Guineematin.com : en règle générale, chez nous ici en tout cas, les gens jeûnent seulement le jour d’Arafat, quelle est l’importance de jeûner ce jour-là particulièrement ?

Oustaz Ramadan Bah : le prophète (PSL) nous enseigne que le jeûne du jour d’Arafat nous efface les péchés de deux années : l’année passée et l’année suivante. Ça c’est seulement pour le jour d’Arafat et c’est spécialement pour les musulmans qui ne sont pas à Arafat. Donc, ceux qui ont pu effectuer le pèlerinage bénéficient de l’avantage d’avoir stationné sur le mont Arafat, et ceux qui n’ont pas pu y aller bénéficient de l’avantage d’avoir jeûné ce jour. C’est extrêmement important donc de jeûner les 9 premiers jours de ce mois du calendrier lunaire parce qu’il y a des avantages énormes que les musulmans qui n’ont pas eu la possibilité d’aller à la Mecque peuvent tirer de ces jours et du jour d’Arafat en particulier.

Guineematin.com : on va parler maintenant de l’immolation qui se fait le jour de la fête de Tabaski, qui doit faire ce sacrifice ?

Oustaz RamadanOustaz Ramadan Bah : chaque musulman responsable doit immoler un bélier le jour de la fête s’il en a les moyens bien sûr, parce que la religion ne nous demande pas ce qu’on ne peut pas faire. Mais celui qui a les moyens et qui refuse d’immoler ce bélier, il aura beaucoup perdu, il aura commis une grosse erreur. Parce qu’en immolant ce bélier, on aura respecté la sunnah du prophète et on aura beaucoup d’avantages chez Allah. Le prophète (PSL) nous enseigne dans un hadith qu’il n’y a pas une adoration qui plait à Allah le jour de la fête que d’immoler un bélier.

Et le prophète nous dit quelque part que celui qui a les moyens d’immoler un bélier le jour de la fête de Tabaski et qui n’a pas l’intention de le faire, qu’il ne se rende pas à la prière de la fête. Donc, tous les musulmans qui en ont les moyens doivent respecter cette sunnah du prophète (PSL).

Pour ceux qui n’ont pas assez de moyens, ils peuvent cotiser pour le faire. C’est-à-dire qu’à partir de deux jusqu’à 7 personnes, ils peuvent s’associer pour acheter un bœuf qu’ils vont immoler le jour de la fête. Après l’immolation, ils vont partager la viande au nombre de personnes qui ont cotisé.

Guineematin.com : après l’immolation, comment distribuer la viande ? C’est-à-dire que lorsqu’une personne achète toute seule un bélier ou un bœuf, comment cette personne va partager la viande ?

Oustaz Ramadan Bah : la viande doit être partagée en trois parties : la première revient à sa famille, la deuxième est destinée aux pauvres et la troisième partie doit être donnée aux voisins et aux proches parents. C’est seulement ces trois parties qui sont recommandées, on ne vend jamais cette viande. Et même quand vous faites appel à un boucher pour vous aider, ce n’est pas à partir de cette viande que vous allez le payer. Bien sûr que vous pouvez lui offrir de la viande, mais en contrepartie du travail qu’il a fait pour vous. Pour cela, vous le payez à part. Il y a aussi certains qui gardent cette viande jusqu’à la fin du mois de Zilhijja, ça aussi c’est interdit, on ne la garde pas en espérant que cela peut nous apporter des bienfaits.

Guineemation.com : est-ce qu’il est recommandé de faire l’immolation pour quelqu’un qui est absent ou qui est décédé ?

Oustaz Ramadan Bah : on ne fait pas l’immolation pour quelqu’un qui est décédé, c’est seulement pour les vivants. Quant à celui qui est absent et qui ne peut pas immoler là où il est, on peut immoler en son nom, il n’y a pas de problème. Mais s’il peut immoler là où il est, il est préférable qu’il le fasse là-bas. Je précise aussi que pour faire l’immolation, on a besoin tout juste de dire Bismillah, Allah Akbar, cela suffit pour immoler même si c’est un chameau. Donc ceux qui disent qu’il y a des invocations à faire et que celui qui ne peut pas faire ces invocations ne peut pas immoler, ils trompent les gens, ce n’est pas vrai.

Guineematin.com : il y en a qui disent aussi que si vous immolez cette année, ça devient une obligation pour vous, vous devez le faire chaque année désormais.

 Oustaz Ramadan Bah : ça aussi ce n’est pas vrai. Si vous immolez quand vous en avez les moyens. Dieu nous dit dans le Coran qu’il ne charge pas une âme ce qu’elle ne peut pas supporter, donc si vous immolez cette année et que l’année prochaine trouve que vous n’avez pas les moyens de le faire, vous n’aurez aucun mal à ne pas le faire parce que vous n’en avez pas les moyens.

Entretien réalisé par Alpha Fafaya Diallo et Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

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