ministre de la Pêche, André Pacha LouaLa semaine dernière, le ministre chargé de la pêche, André Loua, apparaissait au JT de la RTG, dans un reportage sur l’arraisonnement de deux chalutiers pirates. C’est apparemment une habitude : cette fois encore il n’a pu résister à la tentation de céder à l’autosatisfaction.

Comme quand il bombait le torse  pour faire croire à une sortie de la Guinée de la liste rouge de l’Union Européenne (UE), alors que ce n’était pas encore (tout à fait) le cas. Rien que pour tirer la couverture à soi. Ce qui avait valu au gouvernement les piques de plusieurs médias et suscité de l’embarras chez certains de ses pairs.

Il est vrai que les sombres nuages qui s’amoncelaient au-dessus des relations entre la Guinée et l’UE, dans le secteur de la pêche, sont en train de s’estomper. Mais on aurait tort de perdre de vue que si les mêmes manquements – ou d’autres – au code de la pêche, à la réglementation en général ou aux engagements pris sont de nouveau commis,  tous les efforts fournis pour se conformer au règlement INN risquent de tomber à l’eau. C’est ce règlement sur la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), faut-il le rappeler, qui nous a valu de figurer sur cette fameuse liste noire des pays qui feignent d’ignorer les activités de pêche illégale.

Des licences à la pelle pour une pêche en eau trouble ?

C’est dans un tel contexte pourtant, à en croire certains cadres du ministère en charge de la pêche, que le ministre Loua aurait décidé de pêcher en eau trouble. Au terme du repos biologique, son bureau était ces derniers jours, le théâtre de nombreuses démarches pour l’obtention de licences de pêche. Selon les mêmes sources, n’eut été l’implication du président de la République en personne, le ministre était prêt à délivrer le sésame à une centaine de bateaux, souvent en violation de la norme.

Parmi les demandeurs, par exemple, un homme d’affaires pour des bateaux qui ne sont même pas encore en Guinée (alors que l’on devrait les inspecter sur place avant d’accorder les licences), et une mareyeuse – ancienne passionaria de l’opposition– qui du jour au lendemain revendique l’exploitation d’une vingtaine de chalutiers chinois.

Aux dernières nouvelles, le nombre de licences a été ramené, après avoir été passé au tamis à la Présidence, au tiers de celui qu’envisageait André Loua (soit une trentaine).

Pour la plus grande déconvenue du  susnommé, qui ne songerait qu’à se faire tresser des lauriers en faisant de la pêche aux compliments son sport favori ; alors qu’au sein de son propre département, d’aucuns estiment que c’est plutôt une couronne d’épines qui lui sied.

En attendant, les besoins d’une restructuration sont réels, tandis que les conseils d’administration des EPA ne compteraient que pour du menu fretin : des dépenses abyssales sont engagées sans qu’ils ne soient mis au parfum, à fortiori  consultés.

Une surveillance à la peine

A propos des arraisonnements évoqués plus haut, il faut préciser qu’ils ont été opérés grâce à la coopération sous régionale. Sous la bannière de la Commission sous régionale des pêches qui compte sept pays (Sénégal, Mauritanie, Guinée-Bissau, Guinée, Sierra-Leone, Gambie et Cap-Vert).

Alors que sur le plan local, le Centre national de surveillance des pêches (CNSP) éprouve de la peine à sortir la tête de l’eau. Il y aurait un contrat pour un avion, mais on attend toujours le premier vol. Tout comme le Système d’identification automatique AIS (Automatic Identification System en anglais), pourtant fortement recommandé par l’UE, tarde à être adopté. Quant à l’installation d’un sémaphore sur l’île de Tamara, elle semble renvoyée aux calendes guinéennes, qui tout comme les calendes grecques n’existent pas.

Pour rappel, C’est en 2013, au regard du laisser-aller qui prévalait dans le secteur que le chef de l’Etat a dû mettre le holà. C’est ainsi que les états généraux de la pêche ont été organisés pour faire le diagnostic et administrer la thérapeutique qui s’impose. Avec comme objectifs, entre autres, la délivrance de licences sécurisées et un renforcement de la lutte contre la pêche illicite.

Avec l’implication de personnes ressources, tel le Mauritanien Mouctar Bah, dont l’expertise sera d’une grande utilité ; ainsi que l’implication de la Présidence et de l’ambassadeur de Guinée à Bruxelles. C’est à la suite que les mesures prises permettront d’améliorer au fil des années le partenariat avec l’UE. Parmi elles, le repos biologique instauré depuis 2014 et récemment les licences mixtes (pour deux espèces différentes à cause des mailles de filet).

C’est d’ailleurs dans cette dernière mesure et la hausse du dollar us qu’il faut trouver l’explication de l’augmentation du volume des recettes  dont semble si fier André Loua.

Ab Sylla

 

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