Le président Alpha Condé et le journaliste Mandian Sidibé, persécuté en Guinée et exilé au Sénégal depuis novembre 2013

Le président Alpha Condé et le journaliste Mandian Sidibé, persécuté en Guinée et exilé au Sénégal depuis novembre 2013

Selon un communiqué de la présidence de la République, le président Alpha Condé animera une conférence de presse demain, lundi 11 août 2014, au palais présidentiel, Sékoutouréah. Ainsi, pour la première fois depuis son élection, en 2010, le chef de l’Etat sera face à des journalistes préalablement sélectionnés et déjà accrédités à la présidence guinéenne.

Le président Alpha Condé et les médias guinéens deviendront-ils de grands amis ?

Si beaucoup d’observateurs ont trouvé le président Alpha Condé différent de l’opposant qu’il a été de longues années, c’est justement à cause de ses relations visiblement dédaigneuses qu’il entretien depuis son arrivée à la tête du pays avec les journalistes dont certains l’ont connu affable, volontariste et même aimable.

Loin des méthodes plus hautaines que condescendante de certains ‘’nouveaux politiciens’’, l’opposant Alpha Condé- comme d’ailleurs certains leaders de sa génération de politiciens guinéens (notamment les défunts Alfa Sow et Siradiou Diallo)- aimait rendre visite (ou inviter) les hommes des médias pour partager un plat, un verre… en réalité, échanger sur des sujets ‘’d’intérêt national’’. Plus concrètement, c’était un des opposants qui savaient mettre les ‘’limiers’’ de la communication sur des pistes d’enquêtes souvent gênantes pour le pouvoir… Un ‘’politicien’’ au vrai sens du mot, qui savait utiliser les uns et les autres en se faisant passer plutôt pour un grand ami, un vrai ‘’pote’’, plus qu’un hyper homme…

Bref, si Alpha Condé veut décrisper les difficiles relations qu’il entretien avec les médias guinéens, évidemment qu’il le peut, sachant déjà parfaitement bien comment fonctionnement les rédactions et ceux qui les animent, ce qui peut plaire ou déplaire, au-delà des apparences ! C’est peut-être ce qui va commencer demain avec cette première communication et l’espoir d’entendre le président lui-même ‘’ordonner’’ aux ministres et hauts cadres de l’Etat de s’ouvrir aux questions des journalistes chaque fois que le besoin se présentera, comme l’exige d’ailleurs la loi d’accès aux informations publiques…

Va-t-on annoncer demain la fin du calvaire et le retour en Guinée du journaliste, Mandian Sidibé ?

Evidemment que c’est une plaidoirie que nos confrères ne devraient manquer de faire devant le premier magistrat du pays. Cité et indexé dans les conversations officieuses et officielles, l’ancien directeur général de la radio privée Planète Fm était passé pour l’empêcheur de tourner en rond dans notre République où certains des responsables publics se comportent souvent comme ‘’dirigeant de leur royaume’’ et où le citoyen est réduit au rôle de… sujet du roi !

Ne voyant pas l’étau se resserrer sur lui, Mandian Sidibé a réellement voulu jouir à fond de sa liberté et de son indépendance d’esprit. Evidemment, avec des erreurs et des fautes (c’est humain, non ?) qui ont facilité et accéléré le boulot de ceux qui voulaient mettre le grappin sur l’impérieux journaliste. N’eût été la baraka et la malice qui l’accompagnaient, l’enfant de Kamatimadia aurait déjà rédigé sa première publication du genre : ‘’ premier journaliste au cachot d’Alpha Condé’’.

Comme on le sait, ce triste 17 novembre 2013 restera à jamais gravé dans nos mémoires ! Recevant un de ses (anciens ?) amis à la radio dont il avait la charge de diriger, le journaliste a aussitôt appris au téléphone quelque chose de grave et même de très grave ; ces genres d’infos qui vous font perdre le sens de l’analyse et vous font oublier vos lois et codes, surtout pour un journaliste qui avait déjà essuyé et échappé à deux tentatives de meurtre à son lieu de travail, le même ! La voix (familière) au téléphone annonce que celui que Mandian Sidibé prenait pour ami était en réalité venu pour l’éliminer, physiquement et définitivement… On lui parlera non seulement d’une arme dont ce monsieur (dont il n’avait aucun antécédent et donc aucune raison de douter s’il n’avait pas eu cet ‘’important’’ entretien téléphonique) détenait, mais que ce dernier (qu’on lui dira proche de la présidence) serait venu avec des motards qui chercheraient à réparer le directeur général de Planète Fm pour l’abattre ! Les motos étant forcément aux abords de la route ‘’Le Prince’’ en cette journée de dimanche, Mandian Sidibé se convainc vite que sa mort l’approchait et commit l’irréparable (…) ! Quand le journaliste le plus populaire de la zone appelle à l’aide, les jeunes (majoritairement fans de lui) répondent en masse. En cette période de défiance politique touts azimuts (l’opposition tergiversait sur l’acceptation ou non d’aller siéger au parlement), les services de maintien d’ordre sont venus tirer sur la masse, entraînant la mort d’un jeune garçon de 15 ans, Abdoul Aziz Baldé, qui n’était dehors, lui, que pour porter les bols de sa maman, de la maison au restaurant…

Traqué pour ce meurtre commis pendant qu’il se cachait d’éventuels tireurs, Mandian Sidibé n’osera pas répondre aux différentes plaintes dans une Guinée où mêmes les officiels dénoncent dans les médias la cupidité des magistrats et policiers. Au contraire, notre confrère fera feu de tout bois pour rallier le pays de la Terranga, d’où il continue d’observer- désormais aphone- les perpétuels disfonctionnements de nos institutions…

En recevant une partie des journalistes guinéens, le président Condé va-t-il annoncer aux médias nationaux, comme bonne nouvelle, l’abandon des poursuites et pressions contre ce journaliste ? C’est le moins qu’on puisse demander au chef de l’Etat qui ne ‘’souffrira’’ que d’une (petite) volonté en faveur d’un de ses anciens amis…

Nouhou Baldé

 

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