Comme annoncé précédemment, Elhadj Ibrahima Chérif Bah, vice-président chargé des relations extérieures et de la communication de l’UFDG, a accordé une interview à notre rédaction, le lundi 1er août 2017. Après la première partie où il a parlé de la gouvernance d’Alpha Condé qu’il qualifie de communautariste et de la marche de l’opposition républicaine, Guineematin.com vous propose cette deuxième partie, monsieur Bah explique la manière dont sa formation politique compte gouverner la Guinée, en citant notamment des pratiques vécues et donc connues de ses compatriotes.

Guineematin.com : quelles sont les priorités de l’UFDG s’il vous était donné de diriger ce pays ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : la première priorité sera de mettre les guinéens ensemble. Ce qui est fait actuellement, c’est comme si c’est fait sur du sable mouvant, ce n’est pas solide, il n’y a pas de soubassement. Les guinéens ne sont pas unis, ils sont divisés.

Guineematin.com : pourquoi ? Qu’est-ce qui nous divise ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : mais c’est le régime. Il suffit qu’un régime démocratique, populaire, légitime, conscient de la valeur de ce pays soit en place que les choses rentrent en ordre. Notre première priorité donc sera d’unir les guinéens. Je me rappelle encore dans les années 1990, lors de la Guerre des Balkans. On voyait des bombes détruire des gratte-ciels, des belles rues, des échangeurs. Ils se sont battus parce que les gouvernements n’étaient pas, ils ont tout détruit. Il a fallu que l’Europe et l’OTAN vienne pour calmer les esprits. On ne veut pas que ça arrive en Guinée. Souvenez-vous de ce qui s’est passé en Forêt quand les populations riveraines d’une entreprise se sont senties abandonnées, pas d’emploi. On prend des gens ailleurs pour les amener travaillé chez eux. C’est injuste, inacceptable. En une nuit, ils ont cassé plus de 100 millions de dollars d’équipements. Le projet a fermé. C’est pour vous dire que quand il n’y a pas ce pacte social solide, on ne peut rien faire. Parmi nos priorités, il y a aussi l’éducation. Quand une nation veut avancer, c’est l’éducation d’abord. Le reste vient après : l’économie, l’agriculture, les questions minières, l’aménagement, la bonne gouvernance déjà part de ces éléments que j viens de citer. La gestion que nous ferons ne sera pas comme le parti-Etat. J’ai observé monsieur Kououma, l’ancien ministre de la fonction publique. Il voulait vraiment reformer l’administration. Il faisait des formations, des séminaires, beaucoup de choses. Mais, il n’a pas réussi parce qu’on a chassé les fonctionnaires qui étaient formés auparavant pour mettre des militants du RPG. Ils ont exigé d’avoir des postes. Il n’a pas réussi parce que ces gens n’avaient la formation. Un autre exemple, c’est le Professeur Alpha Condé qui racontait à la télé qu’un de ses amis lui a dit que la Banque Mondiale avait de l’argent à décaisser, mais ça lui semblait bizarre. Ça m’a fait sourire. Puisque c’est le ministère du plan qui doit suivre ces projets : état d’exécution à date. Mais pourquoi ça ne marche pas ? Parce que les fonctionnaires compétents qui étaient en poste ont été dégagés pour nommer des gens incompétents, des militants non formés qui ne peuvent pas préparer les dossiers suivant les procédures du bailleur de fonds. Finalement quand vous ne parvenez à décaisser l’argent, on dit voilà un pays d’incompétents, l’argent va aux plus performants. Donc, on ne doit pas tomber dans un débat ethnique, c’est pour cela que je suis contre ce mouvement « Fouta Fii Fow, Fow Fii Fouta ».

Guineematin.com : est-ce que ce n’est pas par jalousie que vous les combattez ? S’ils étaient venus à l’UFDG vous n’alliez pas les accueillir ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : quelle jalousie ? Jamais. L’UFDG n’est pas un parti du Fouta. Je vous l’ai dit, c’est un parti qui a ses racines dans toute la Guinée aujourd’hui. Je suis parrain du parti UFDG pour les circonscriptions électorales de Boffa et de Boké. Ce ne sont pas des zones du Fouta ça. Mais, l’engouement est là. Notre allié majeur aujourd’hui c’est l’échec de la gouvernance actuelle, la misère ambiante. Les gens souffrent. Demandez aux gens qui ont les moyens les sollicitations envers eux. Il y a la pauvreté aujourd’hui et elle est n’est pas que rurale, elle est plus urbaine que rurale. C’est l’échec total de la gouvernance actuelle, en matière économique.

Guineematin.com : qu’est-ce vous trouvez quand même du bien dans le régime d’Alpha Condé qui a fait 7 ans de gouvernance ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : tant qu’il n’a pas réussi à mettre les guinéens ensemble, tant qu’il n’a pas réussi à créer une administration efficace au service du développement, au service du citoyen, tant qu’il n’a pas fait en sorte que les éléments de base de la démocratie soient assis comme l’opposition le demande, je ne verrai pas en quoi il a réussi. Vous pouvez dire que vous avez envoyé le courant puis qu’il y a plein d’eau dans les barrages parce qu’il faut pomper l’eau qui est là, faire tourner les turbines. Ce matin, mon président, Elhadj Cellou Dalein disait dans une télévision privée qu’on est content d’avoir Kaléta, d’entendre dire que Souapiti va commencer. Mais, comment ça s’est fait ? Par exemple Kaléta est un projet ancien, mais personne ne sait à quel coût il a été réalisé. Le président Cellou disait aujourd’hui qu’il y aurait des chiffres de 5 millions de dollars de surfacturation. La conséquence est que le courant pourrait coûter plus cher. Et en ce moment là, les industries qui voudraient s’installer chez nous pourront manquer de compétitivité par rapport à celles qui dans les pays voisins. C’est un élément négatif. Il n’y a jamais eu de marché sur cette affaire, voté à l’assemblée nationale. Souapiti, ils n’ont rien vu encore. Qui finance ? Où est le contrat ? Où est l’accord de prêt ? C’est totalement opaque. Donc, au delà du débat sur les fonctionnaires, c’est toute une gouvernance qui est en jeu. On ne peut pas juger un fonctionnaire pare qu’il est membre de l’UFDG ou autre. Un gouvernement qui veut des résultats ne fonctionne pas de cette façon. Donc, quand l’UFDG va arriver au pouvoir, nous ferons de sorte qu’une Guinée nouvelle émerge avec une administration efficace, détribalisée, au service de la nation dans une compétence et dans une transparence absolue. Je vais vous donner un exemple. Quand j’étais gouverneur de la Banque Centrale, monsieur Claude Kory Kondiano, l’actuel président de l’Assemblée Nationale, était un de mes cadres. Des gens sont venus me dire que monsieur Kory Kondiano est du RPG, il et avec Alpha Condé, il faut l’enlever de son poste. On me l’a dit. Je leur ai que nous étions avec le Fonds Monétaire en programme, je ne peux pas. Les gens m’en ont voulu, ils sont allés rapporter ça à la présidence à l’époque… donc, moi je n’ai pas de sentiments d’ordre ethnique ou partisan.

Guineematin.com : il vous arrive d’en parler aujourd’hui avec Kory Kondiano ? Savait-il qu’on le rapportait ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : non, je ne le lui ai jamais dit. J’ai géré ça à mon niveau. Et aujourd’hui, il n’y a aucun contact entre nous. Mais, moi j’étais avec mon pays, pas avec quelqu’un.

Guineematin.com : quel est l’état actuel de la monnaie guinéenne et de notre économie ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : on nous parle d’un taux de croissance de 6 ou 7 %, comme quoi les institutions de Breton Woods ont donné un quitus à la Guinée, que ça s’améliore. Mais, ce genre de croissance n’est pas visible. Elle est fondée sur l’exploitation de la Bauxite simplement, qui enrichit un clan. Un clan est riche, le peuple est pauvre. Je pends un seul exemple, le cas de Boké avec la SMB (Société Minière de Boké). Il semble que le projet est d’exploiter des dizaines de millions de tonnes de bauxite. Je compare ce projet SMB à la CBG qui est là depuis des dizaines d’années. La CBG a fait un port en eaux profondes, deux cités, deux hôpitaux à Sangarédi et Kamsar. Pour la SMB, rien. Elle extrait de la terre brute pour l’envoyer et la stocker en Chine. Cette terre là aurait pu produire des centaines de milliers d’emplois en Guinée, plusieurs fois l’usine de Fria. On envoi la terre pour créer des emplois en Chine au lieu de faire une usine d’Alumine ou d’Aluminium. Donc, nous croissance pratiquement fictive que nous avons. Pendant ce temps, s’il y a des revenus en devises qui ont été encaissés, on pourrait revoir des routes qui sont dégradées.

Guineematin.com : mais le régime actuel a réussi à faire plusieurs hôtels à Conakry non ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : des hôtels pour qui ? Ce n’est même pas pour les touristes. Ça c’est des hôtels pour les hommes d’affaires parce qu’ils sont chers. Un touriste moyen, c’st quelqu’un qui vient, qui parcours la Guinée qui va à Kankan, à Nzérékoré, à Labé, qui injecte de l’argent à l’économie, il paye un taxi, un domestique, il paye un lit, une chambre d’hôtel. Mais ceux qui viennent pour le tourisme d’affaire. D’ailleurs, ces hôtels créent une illusion de réussite ou de bonheur. Imaginez quelqu’un qui arrive New York, ou de Paris, on l’accueille à l’aéroport, on le met dans une voiture 4*4 vitre fumée. Avec un cortège, il passe pour aller à Sheraton, un hôtel de luxe, une chambre à 500 Euros et trois jours après il repart. Il n’a même pas vue la Guinée. Il n’a pas vue la ville sale, les déchets des caniveaux au bord de la route… Donc, les hôtels c’est juste pour accueillir les hommes d’affaires qui traitent avec le gouvernement.

Guineematin.com : actuellement, l’honorable Mamady Diawara du PTS est en tournée à Siguiri. Dans une de ses communications, il a expliqué que Siguiri n’a eu le goudron, l’eau et l’électricité qu’avec le général Lansana Conté. Il arrive souvent que les cadres comparent la gouvernance Alpha Condé à celle Lansana Conté. De votre coté, qu’est-ce que vous en dites ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : nous, nous assumons le bilan du régime de Lansana Conté. C’est lui le père de la démocratie en Guinée. Sur le plan économique, il a fait beaucoup d’infrastructures, il a fait Garafiri. Il a aménagé des plaines, signé d’excellents contrats avant sa mort, notamment dans les mines. Ce sont ces contrats qui ont été renégociés. Si non, tous les contrats miniers signés sous Conté et renégociés aujourd’hui, prévoyaient des usines d’Alumine : GAC, MUBADALA, ALCOA, et d’autres projets. Il y a une erreur que les gens font sur l’usine d’Alumine, en évoquant le manque de courant. Non, l’usine d’Alumine ne demande pas le courant. Au contraire, elle produit du courant. L’usine d’Aluminium consomme beaucoup d’énergie. Normalement, dans les économies modernes, l’usine d’Alumine est faite là où il y a la bauxite. On ne devait pas avoir à transporter de la terre brute. C’est ça la règle dans le monde. Aujourd’hui on n’a rien de nouveau dans ce domaine. Au contraire, la seule usine d’alumine qui était fonctionnelle a été fermée sous le régime d’Alpha Condé avec la mort pratiquement d’une ville de 120 000 habitants, la ville de Fria. Aujourd’hui, on est entrain de tenter de la remettre en marche.

Guineematin.com : sur le plan des libertés quand même, vous marchez, vous manifestez, vous avez moins de problèmes, vous avez le statut de chef de file de l’opposition avec un budget de 5 milliards de francs guinéens par an, ce n’est pas rien ça non ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : c’est quelque chose. Mais c’est Lansana Conté qui est père de tout cela. C’est lui qui a gracié des opposants condamnés à mort. Il leur a dit de rentrer en Guinée, de faire la politique pour que notre pays avance. Il l’a fait. Il faut que cela soit reconnu à Lansana Conté. Nous assumons le bilan de Lansana Conté. J’ai fait 15 ans à des postes importants. On ne peut pas se désolidariser, même si j’avais quitté quelques temps avant sa mort. Son bilan je le partage.

Guineematin.com : vous aviez tout de même des difficultés avant sa mort et vous avez été limogé du poste de gouverneur de la BCRG.

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : non. Ecoutez, (rires). Comme on dit, il y a eu un décret qui m’a dégagé du poste. Je n’ai pas voulu m’accrocher. Moi, je suis un cadre du ministère des finances. J’étais sur le Fichier Général de l’Administration (FGA) détaché à la BCRG en tant que gouverneur. A un moment donné, on a dit que je suis à la retraite. Pour eux, j’avais 30 ans de fonction alors que c’était 27 ans dont 3 ans à l’étranger pour le Master. Le décret est sorti et les gens m’ont dit qu’il faut aller voir le président Conté. Mais, je ne vais pas me battre pour des postes. Mais, comme il y avait un lobby qui était contre moi, un lobby puissant s’était formé contre moi.

Guineematin.com : ce lobby était dirigé par qui ? Par Fodé Bangoura ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : non monsieur, je le ferais dans mes mémoires. Ce genre de choses, c’est dans les mémoires qu’on va l’écrire. Donc, j’ai été dégagé le 08 mars 2004. J’ai quitté, je ne force rien, c’est le destin. Pourquoi s’accrocher à des choses ?

Guineematin.com : vous êtes vice-président de l’UFDG, intérimaire bien sûr, pensez-vous que le président Cellou gouverne bien le parti ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : c’est pour cela que le parti est fort. Il le gouverne bien et vraiment c’est un démocrate. C’est pourquoi, une fois, j’ai mis au défi les gens du RPG de publier la liste nominale de leurs organes dirigeants à savoir le bureau politique et le conseil politique. Notre parti, l’UFDG est un parti national. Nous avons trois vice-présidents qu’on ne peut pas qualifier d’être du Fouta : Kalemodou Yansané, Fodé Oussou Fofana, madame Anne Marie Tofany. On travaille dur pour le parti, qui est un parti national qui certainement va nous sortir de cette situation que la Guinée connait aujourd’hui. C’est parce que le leadership est là et tous les jours, les adhésions sont là. Les gens qui sentent que la vérité est là viennent nous rejoindre et se battre avec nous pour qu’on puisse changer la Guinée.

Guineematin.com : on a vu des artistes manifester et se faire arrêter à cause du 3ème mandat. Même vous, dans vos manifestations, on voit des pancartes qui dénoncent cette velléité. Est-ce que ça vous effraie ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : je pense que normalement, on ne devrait pas en parler. Les articles 27 et 154 de la Constitution guinéenne verrouillent cette affaire. On ne doit même pas toucher à ça. Le nombre de mandats et leur durée ne sont pas susceptibles d’être révisés. On n’a peur de rien. Nous voulons avertir l’opinion. Le président Cellou a dit qu’on n’attendra pas un référendum pour ça. Il n’y aura même pas de référendum. Le peuple guinéen aura déjà pris la rue pour renvoyer celui qui veut faire le référendum là…

Guineematin.om : avez-vous un dernier mot ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : on a commencé cette interview par parler de questions que les gens ne veulent pas entendre, que moi-même je n’aime pas aborder. Mais, si les gens le veulent, nous mettrons le pied dans le plat. J’ai commencé par dire que je ne suis pas un ethno parce que je suis trois fois métisse. Je souhaite qu’on ait une administration compétente, débarrassée de militants, qu’il y ait des fonctionnaires loyaux au service du peuple, au service du développement. Nous disons que l’UFDG au pouvoir, tous les guinéens capables seront utilisés pour que nous ayons un bilan à présenter au peuple de Guinée. Pour que celui-ci sente un changement dans sa vie quotidienne, dans son niveau de vie, dans sa santé, son éducation, son bien être. Pour cela, tous les guinéens sont bons quelque soit leur origine ethnique, religieuse ou même politique. Moi, j’ai employé des gens du RPG, dans un régime du PUP quand j’étais à la BCRG. Mon parti appliquera ça parce que Cellou dalein Diallo défend des valeurs républicaines, démocrates pour le développement de ce pays qui a tant souffert.

La rédaction

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