Michel Kafando, président, Transition, Burkina FasoLa constitution rétablie, une charte de la transition signée, un civil désigné président de la transition… le Burkina Faso, après avoir évincé de la plus belle des manières son dictateur, avance progressivement vers une nouvelle et très belle forme de démocratie : le consensus entre les principaux acteurs ! 

Nommé cette nuit aux environs de 4 heures du matin, Michel Kafando est issu de la « short list » proposée par les forces de défense e de sécurité. A part cet ancien ambassadeur du Burkina Faso auprès des Nations Unies qui conduira son pays aux élections de sortie de crise, les FDS avaient également proposé Joséphine Ouédraogo, ancienne ministre sous Thomas Sankara (1984-1987).

Ahmed Newton Barry et Shériff Sy, deux journalistes proposés pour la présidence de la Transition

Parmi les cinq présidentiables proposés par les forces de défense et de sécurité, la société civile et les partis politiques, il y avait, outres ces deux précités, l’archevêque de Bobo-Dioulasso, Paul Ouédraogo (qui a décliné la proposition) et deux journalistes : le Rédacteur en chef du bimensuel burkinabè ‘’L’Evènement’’,  Ahmed Newton Barry et le Directeur de publication de l’hebdomadaire « Bendré », Shériff Sy.  Les autorités coutumières et religieuses n’ont pas fait de proposition.

Même si ce n’est pas un de nos confrères qui a été désigné, mais de toutes les corporations, seule la presse a bénéficié du choix de deux de ses membres parmi les cinq présidentiables. Cela dénote, à n’en pas douté, le degré d’influence et sans doute d’indépendance des médias privés dans ce pays frère.

En Guinée, lors des soulèvements sociaux de 2007, il avait été imposé au général Lansana Conté de ‘’cohabiter’’ avec un Premier ministre, chef du gouvernement, proposé par les acteurs sociaux (qui avaient refusé d’associer les partis politiques à cette phase de choix). Mais, à l’issue de la proposition du syndicat et de la société civile, il était revenu au président Lansana Conté de désigner un des cinq candidats (en réalité, ils étaient quatre, puisque chacun des deux avaient proposé Mohamed Béavoqui dans sa « short list » des Premiers ministrables). On connait la suite…

Les Burkinabè, eux, ont réussi à pousser leur dictateur jusqu’à la sortie et mis en place un collège pour décider de la désignation de ses dirigeants. Ce collège a d’abord préparé une charte, un canevas à suivre et des étapes qui s’imposeront à monsieur le président de la Transition, à commencer par la formation rapide du gouvernement…

A l’allure où vont les choses, nos frères Burkinabè sont en train de s’imposer et de montrer à l’opinion africaine et mondiale une nouvelle façon de bâtir la démocratie.

Dans sa première allocution, dans les premières minutes qui ont suivi sa désignation comme président de la  transition, Michel Kafando a assuré être prêt « à ne ménager aucun effort pour relever le défi » à lui confié et qu’il fera tout pour atteindre l’objectif fixé, à savoir « bâtir une nouvelle société basée sur la démocratie ». Mais, pouvait-il s’engager à faire le contraire quand on sait que tous les réseaux et toutes les tentacules de Blaise Compaoré ont échoué devant la détermination du peuple uni du Burkina ?

Finalement, le « grand peuple » du Burkina va imposer à tout « petit président » qui souhaite le diriger, des institutions fortes et rigides où enterreront et ressortiront des hommes et des femmes selon des méthodes et un timing qui seront les seules boussoles dont la mobilité ne souffrira plus des humeurs d’un chef…

Nouhou Baldé

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