Un communiqué du Gouvernement publié hier a ressuscité la dénonciation d’Elhadj Ibrahima Chérif Bah sur une discrimination communautariste dans l’administration guinéenne par le régime Alpha Condé. Dans l’après-midi de ce mardi, 1er août 2017, le vice-président par intérim de l’UFDG, chargé de la communication et des relations extérieures à l’UFDG, qui a accordé une longue interview à Guinematin.com- loin de regretter ses propos- a de nouveau exigé un changement…

Décryptage (première partie)

Guineematin.com : demain mercredi 02 aout, l’opposition républicaine organise une marche après quatre (4) meetings. Quel est le message principal que vous avez à lancer ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : après 4 meetings qui ont très bien réussi, demain mercredi nous organisons une très grande marche. Elle partira de Cosa pour aboutir à l’esplanade de Dixinn en passant par Bambéto, Hamdallaye et la Bellevue. Le message que nous voulons passer est simple. Avec ce gouvernement, le constat est que les lois ne sont pas respectées, les accords politiques ne sont pas respectés, l’opposition est obligée de montrer qu’elle n’est pas contente. Le peuple n’est pas content, c’est pourquoi il s’exprime par des marches pacifiques et des meetings. Donc, la marche de demain sera une marche grandiose qui sera à l’image de celle du 16 août 2016 qui avait permis de déclencher le dialogue. Pourquoi ? Parce qu’on a un gouvernement autiste, il n’entend pas, il ne voit pas, il ne connait pas la loi. Il faut que la population montre son désarroi à travers des manifestations pour qu’il agisse. Nous voulons passer un message de ras-le-bol, c’est un message qu’il faut appliquer les accords, pas au compte gouttes comme on le voit déjà. Nous voulons l’application de tous les accords, dans leur totalité, les 12 points entiers de l’accord. Le plus important est de faire les élections communales ou locales si vous voulez avant la fin de l’année pour que la population prenne son destin en main dans les quartiers, dans les districts villageois et dans les communes. Voilà ce que nous voulons.

Guineematin.com : est-ce que les autorisations sont déjà obtenues ? Est-ce que vous craignez sur le plan sécuritaire ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : a l’heure là (17 h 20’) nous n’avons aucun contre ordre. Nous sommes à moins de 24 heures de la marche. Nous assurons que tout est OK avec l’autorité ainsi que la sécurité. Le constat qu’on a fait pour nos 4 derniers meetings, c’est que les forces de l’ordre comprennent maintenant leur rôle républicain. Il faut que la Guinée soit un pays normal. Si non, ce n’est pas nécessaire que quelqu’un fasse une marche pacifique, qu’il soit égratigné, blessé ou même qu’il meurt. C’est inacceptable dans un pays. Notre pays rentre certainement dans cette situation là. Il faut que tout le monde comprenne, notamment les éléments des forces de défense et de sécurité, que nul n’est tenu d’exécuter un ordre illégal. Nous sommes rassurées en fait puisque tous nos meetings il n’y a pas eu d’incidents majeurs. Les gens ont fait leurs réunions, on a raccompagné les leaders jusque dans leurs domiciles. Il n’y a eu aucun problème. Nous appelons donc les forces de l’ordre à rester républicaines. Nous avons prévu des marches le 02 août, le 09 et le 16 août. Et si nous n’obtenons pas satisfaction, on continuera par d’autres manifestations légalement autorisées.

Guineematin.com : on a entendu Ehadj Cellou Dalein inviter ses militants à accepter que ceux qui ne manifestent pas continuent leurs activités, qu’il n’y ait pas provocation. Est-ce que vous ne craignez pas qu’il y ait des affrontements surtout qu’il y a certains jeunes de l’Axe qui sont avec Bah Oury ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : on ne craint pas d’affrontements. Vous parlez de quels jeunes de l’Axe ? Nous n’avons pas de craintes. Si vous parlez d’incidents, on a vu le cas à Kaloum où quelqu’un a fait exprès de mobiliser des manifestants contre nous. Mais ce jour là, la police et la gendarmerie ont joué correctement leur rôle. Les jeunes de notre sécurité sont également intervenus pour calmer les choses. Donc, pour la marche de demain chacun jouera son rôle. Même la société civile le fera comme ils l’ont fait à Kaloum lors du premier meeting. La Guinée est un pays qui doit changer. Qu’on comprenne que marcher n‘est pas un crime, que c’est légal, autorisé par la loi.

Guineematin.com : vous avez récemment fait une déclaration qui a suscité une réaction du gouvernement. Il y a même un communiqué du gouvernement qui menace de vous poursuivre au niveau de la justice. Vous avez parlé de 900 employés qui ont perdu leur emploi au niveau de l’administration guinéenne. Est-ce que vous retirez ces propos ? Est-ce vous avez peur ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : je ne retire pas mes propos et je n’ai pas peur. La peur est un élément minime pour nous aujourd’hui. Je n’ai pas commis une faute. Je reviens au contexte. Il ne faut pas tire les phrases de leur contexte et m’accuser. C’est à la télévision Evasion qu’on m’a demandé, vers le 19 juillet, ce que je pensais du mouvement nouvellement créé « Fouta Fii Fow, Fow Fii Fouta », ce qui veut dire « tout le monde pour le Fouta, le Fouta pour tout le monde ». J’ai répondu au journaliste que je m’oppose à ce mouvement. Ces des mouvements séparatistes, divisionnistes qui particularisent le Fouta. Tenez-vous bien que ce mouvement a été lancé devant les guinéens le 15 juillet 2017 à Sékhoutoureyah, devant le chef de l’Etat. C’est là qu’on va faire des débats orientés géographiquement, régionalement. Le monsieur qui a parlé là-bas dit que le Fouta était comme un enclos qu’on a fermé et la clé donnée à quelqu’un. Il dit que le Fouta a compris aujourd’hui et que la région revient vers le gouvernement. C’est choquant d’entendre tout cela. Le Fouta n’est pas un enclos, il est ouvert comme toutes les régions de la Guinée. Tous les partis politiques, tous les mouvements légalement autorisés vont partout dans le pays pour faire campagne. Donc, contrairement à ce que l’on dit, personne n’est effrayé. Vous trouverez des gens de la famille qui sont du RPG, de l’UFDG, du PEDN ou de l’UFR. On y vote dans le secret des urnes et non sur des nattes. Donc, ce mouvement est séparatiste, on l’introduit dans la politique. Pourquoi on introduit un débat régional dans la politique, je suis contre.

Les jeunes ne le savent pas mais nous on se rappelle. Le même mois de juillet 1976, il y a 41 ans, un certain Sékou Touré, chef d’Etat sanguinaire, dictateur, a particularisé le Fouta, attrapé ses fils pour les tuer. Il l’a fait. C’est au moment où il a arrêté Diallo Telli. Il a créé cette situation pour noyer le poisson et liquider Diallo Telli. C’est le propre des régimes staliniens. Donc, j’ai comparé ce mouvement « Fouta Fii Fow, Fow Fii Fouta » à ce mouvement que Sékou Touré a créé en 1976. J’ai dis donc que c’est un mouvement d’opportunistes qui ne peuvent rien faire, qui ne peuvent rien apporter au Fouta. C’est un mouvement qui va prendre de l’argent dans les mains du Professeur national pour aller le dépenser je ne sais dans quel but. S’ils veulent faire de la politique, qu’ils viennent dans le champ politique. C’est ainsi que j’ai dit que s’ils aiment le Fouta, ils n’ont qu’à réintégrer les 900 fonctionnaires Peulh qui ont perdu leurs postes dans l’administration depuis 2011. J’ai aussi dit s’ils aiment le Fouta, ils n’ont qu’à aller faire les enquêtes pour trouver ceux qui ont tué par balles les 84 manifestants de l’Axe Hamdallaye-Bambéto et de les traduire en justice. S’ils aiment le Fouta, je leur ai dit qu’ils n’ont qu’à aller faire en sorte que les projets qu’on leur a miroité là-bas soient réalisés. J’ai cité l’exemple de l’usine de pomme de terre de Timbi-Madina. C’est ce que j’ai dit et je le maintiens, parce que c’est un mouvement d’un genre vraiment dangereux, d’opportunistes qui ne peuvent pas prospérer au Fouta. C’est de gens qui viennent de nulle part, ils n’ont personne derrière. Ils viennent comme ça pour se faire valoir. J’ai dit que je conseille à notre Professeur national de ne pas se tromper avec des gens comme ça. Je pense qu’il est entrain de comprendre. Il a dû faire des enquêtes pour savoir qui sont ces gens-là. Ils ne représentent pas du tout le Fouta.

Guineematin.com : vous avez parlé de 900 Peulh sortis de l’administration. D’où vous tenez ce chiffre ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : je n’ai pas les tableaux ave moi ici. Quand je dis sortis de l’administration, il y a deux manières de sortir. Vous êtes chef de division ou directeur, on vous décale pour vous mettre en bas. On vous dégringole carrément. De chef de division, on vous met chargé d’études. Comme ça, celui qui est nommé à votre place viendra vous consulter, pace qu’il sait que le travail qui est là, c’est vous qui pouvez le faire.

Guineematin.com : donc, ce ne sont pas des gens qui ont carrément leur boulot ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : il y’en a qui ont perdu leur poste, d’autres ont été rétrogradés.

Guineematin.com : trouvez-vous ce débat intéressant alors que notre pays a d’autres priorités comme le développement, l’insalubrité, l’état de nos routes ? Ce débat ne peut-il pas contribuer à déchirer le tissu social déjà fragile ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : ce n’est pas souhaitable, mais c’est un tissu déjà déchiré depuis 2011. A l’origine, le RPG-Arc-en-ciel. Voilà justement ce qui arrive aux guinéens. Vous ne voulez pas qu’on en parle. Les problèmes réels du pays, les gens savent ce qui sa passe mais on se tait en disant que si on le fait on va soulever des problèmes. Je cite Thierno Monenembo qui a dit que « les guinéens ne sont pas divisés ethniquement, c’est les gouvernements qui divisent les guinéens ». C’est les politiciens véreux qui les divisent. Et ça, c’est le propre des régimes faibles, des régimes qui ne sont pas légitimes, parce qu’ils n’ont pas la majorité avec eux, c’est eux qui font ce genre de jeu pour diviser. Le débat n’est pas encore fait, mais on le fera. Si les gens le souhaitent, je continue sur la lancée. J’ai des choses à dire. Mais, je ne pense pas que ce soit utile aujourd’hui. Si les gens me disent ethnocentristes, je dirais non. On peut me qualifier d’être un guinéen type. Je suis à la fois Peulh, Malinké, Soussou et j’ai beaucoup d’amis forestiers. J’ai des neveux forestiers, des sœurs mariées à des forestiers. Je suis à l’aise pour parler de cela. Parce que je suis contre l’injustice, contre l’exclusion. Si ceci arrivait aux Soussous, je dirais, tout comme aux forestiers. Dans ma famille, il y a tout. On est mélangé. C’est pourquoi, quand quelqu’un dit qu’il va diviser les guinéens, je suis perdu.

Guineematin.com : vous pensez qu’Alpha condé veut diviser les guinéens ?

Elhadj Ibrahima Chérif Bah : il les a déjà divisés. Aujourd’hui, même la jeunesse… On est choqué aujourd’hui de constater ça, les gens ne sont pas à l’aise. Il faut corriger ça. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis rentré en politique. Je pouvais être consultant, me faire de l’argent, mais ça sert à quoi ça alors que mon pays est entrain de se gâter ? Je souffre avec tout le monde ici, il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de courant, il n’y a pas de routes. Mais, on est ici pour que ceci change. C’est pour cela que j’ai rejoins mon frère et ami, Elhadj Cellou Dalein Diallo dont la vision me convient. L’UFDG dans laquelle je suis aujourd’hui veut être un parti national, il l’est déjà en fait. C’est le plus grand parti de la Guinée qui a ses structures de base partout en Guinée et qui ratisse partout, dans toutes les régions, toutes les communautés. J’en veux pour preuves la tournée du président Cellou en Forêt et en Haute Guinée. Malgré que les gouvernants aient interdit le cortège, interdit l’accès aux lieux publics, il a été bien reçu par les militants de ces régions là. C’est un parti national. Ceux qui déchirent le tissu social comme ce gouvernement, nous ne serons pas d’accord. C’est ça la première priorité que je vois, c’est de mettre les guinéens ensemble. C’est facile….

A suivre !

La rédaction