Dans la journée de ce samedi 17 juin 2017, un reporter de Guineematin.com est allé à la rencontre de l’honorable Aliou Condé pour échanger sur des sujets d’actualité, notamment du Code électoral qui a été adopté par la Cour constitutionnelle, de la reprise des activités du comité de suivi de l’accord politique du 12 octobre 2016, de la reprise des manifestations par l’opposition, etc.

Décryptage !

Guineematin.com : Honorable Aliou Condé nous avons appris que le Code électoral a été adopté par la Cour Constitutionnelle mais certains des articles ont été rejetés. Qu’en savez-vous ?

Honorable Aliou Condé : Je ne dirais pas en termes de rejet mais effectivement, le Code a été adopté. Donc, sa constitutionnalité a été validée par la Cour constitutionnelle. Certainement, dans les jours à venir, sa promulgation va avoir lieu. Nous avons appris qu’il y a des articles qui vont être revus, pas dans le fond, mais au niveau de la forme. Le plus important, c’est que l’article tant décrié n’a pas été retouché. Donc, il a été validé en ce qui concerne les élections au niveau des quartiers et au niveau des communes.

Guineematin.com : A quoi peut-on s’attendre après l’adoption de ce Code avec des articles à revoir ?

Honorable Aliou Condé : Une fois que le Code est adopté, il s’agit de l’appliquer ; c’est-à-dire, organiser les élections communales avec lesquelles on va désigner les chefs des quartiers et des districts.

Guineematin.com : l’autre question est relative à la reprise des activités du comité de suivi de l’accord politique du 12 octobre dernier. Qu’est-ce qui a été fait jusque- là ?

Honorable Aliou Condé : La séance que nous avons eu hier (vendredi 16 juin 2017 : ndlr) a été une occasion pour faire une évaluation de tout ce qui a été fait depuis le départ. Comme vous le savez, on s’était réjoui que le Code électoral soit adopté par l’Assemblée nationale. C’est vrai qu’il avait été dit que les élections locales devraient avoir lieu depuis février. Ces élections n’ont toujours pas eu lieu. Nous avons aussi constaté que ça fait huit mois qu’on se réunit, la CENI avait refusé de participer, ils faisaient juste un acte de présence ; mais, ils ont dû s’excuser par après. Au niveau de la CENI, il semblerait aussi qu’il y a des problèmes assez sérieux. Il fallait qu’on essaye de nous retrouver pour en discuter.

Tous les autres points sont passés au peigne fin. Que ça soit l’indemnisation des victimes, on a parlé et nous avons dit qu’il y a des listes partielles ; mais, il s’agira aujourd’hui que le comité de suivi puisse examiner ces listes pour voir s’il y a des compléments d’information à apporter en attendant que les listes puissent être complétées puisque déjà, on a engagé la discussion. En ce qui concerne la neutralité de l’administration, le comité a pris acte de tout ce qui a été fait par le ministère de l’Administration du Territoire surtout en ce qui concerne la vulgarisation du code de bonne conduite et du code déontologique qui régisse les administrateurs territoriaux. Mais, au niveau de l’UFDG, nous n’avons pas manqué de rappeler que la tournée du chef de file de l’opposition, nous n’avons pas eu l’appui de l’administration territoriale comme on le souhaitait. Surtout en ce qui concerne le respect des itinéraires qui avaient été tracés mais aussi la mise à disposition des lieux publics. Le reste, nous avons dit qu’il faudra continuer en termes d’éducation, de formation de tout le monde pour que cela soit. Par contre, quant à l’accès aux médias publics, nous avons toujours constaté que les médias ne jouent pas ce rôle d’impartialité entre les différents acteurs. L’accès aux médias publics reste toujours très limité en ce qui concerne les partis politiques de l’opposition.

Guineematin.com : Concrètement qu’est-ce qui reste à faire avec cet accord politique ?

Honorable Aliou Condé : Il reste beaucoup à faire. Il faut indemniser les gens. Il faut que les auteurs des crimes et violences soient identifiées. Que ceux qui ont perdu aussi leurs biens soient indemnisés. Que les élections puissent être organisées. Que la loi sur la CENI soit adoptée. Donc, aujourd’hui, en termes concret, quand vous regardez par rapport au délai qui avait été fixé dans l’accord du 12 octobre, il reste beaucoup à faire. Si vous considérez ce qui avait été dit, vous allez dire que rien n’a été fait puisque le Code électoral, c’est bon qu’il soit adopté mais sa finalité c’est d’organiser les élections locales. Or, elles ne sont toujours pas organisées.  L’objectif final, c’est lorsque nous allons organiser les élections. C’est lorsque les auteurs des violences auront été identifiés, lorsque l’indemnisation des personnes décédées et des handicapées à vie seront dédommagés. L’objectif final, c’est lorsque ceux qui ont perdu des biens seront indemnisés, lorsque les médias publics joueront leur rôle d’impartialité entre les différents acteurs politiques, lorsque nous auront une nouvelle loi sur la CENI qui va être promulguée et mise en œuvre pour que le travail soit fait. L’objectif final, c’est lorsque l’audit du fichier électoral sera fait. D’abord, il y a le dossier d’appel d’offre qui a trainé au niveau de la CENI. Il faut lancer l’appel d’offre, choisir la société, faire le travail d’audit et appliquer les recommandations qui sortiront de l’audit à savoir nettoyer le fichier électoral pour qu’il soit accepté de tous. Comme vous avez vu, il y a un processus qui est en cours mais nous trouvons qu’il est très lent. Pour chacune des organisations que je viens de vous citer, il y avait des dates butoirs qui avaient été fixées. Aucune de ces dates n’a été respectée.

Guineematin.com : Au sortir de la dernière plénière de l’opposition, les leaders ont annoncé la reprise des manifestations dès la fin du mois de ramadan. Est-ce qu’il y a risque à ce que les Guinéens assistent encore à ces manifestions qui sont parfois violentes ou bien, il y a eu des avancées et qu’on peut estimer que ces manifestations n’auront pas lieu ?

Le problème ce n’est pas à ce qu’on organise les manifestions. Le problème est qu’on atteigne le but fixé. Il faudrait que la Guinée finisse avec cette situation de ni fine, ni raisin. On est dans un processus électoral depuis 2010. C’est l’organisation des élections communales qui ne fini pas. Il faut qu’on arrête ça. Il faut qu’on finisse avec ces fichiers arbitrairement gonflés. Puisque ces objectifs ne sont pas atteints, en tant qu’opposition, nous sommes fondés de réclamer et de faire la pression au niveau des autorités pour que ce travail puisse être fait. Qu’on soit un pays comme les autres qui n’ont pas besoin de manifestation puisque les textes sont respectés. Par exemple, l’élection présidentielle de 2015, est-ce qu’on a eu besoin de manifestation pour qu’on les organise ?  Il n’y a pas eu de pression parce que la date qui est fixée par la constitution a été respectée. On sait que l’élu local, son mandat c’est 5 ans. Quand les 5 ans sont révolus, vous devez organiser des élections mais vous n’attendez pas que les 5 ans arrivent. Vous prenez une disposition en sachant que les 5 ans finissent à telle date, les élections doit avoir lieu dans cette période. Un an à l’avance, vous commencez à faire les préparatifs. Mais ici, on n’en fini pas. A chaque fois, on dit qu’il y a tel ou tel problème. C’est pourquoi l’opposition n’est pas du tout contente et nous exigeons la tenue de ces élections pour qu’on puisse sortir de cette situation. Les gens parlent des délégations spéciales qu’on s’est partagé mais ils oublient qu’il y a 342 communes dans ce pays. Sur les 342 il n’y a que 120 communes qu’on a partagé avec le pouvoir. Et, sur les 120 communes, nous n’avons pas la moitié. Plus de 300 communes dans le pays, c’est le pouvoir qui les administre. Les gens oublient cela. On ne peut pas continuer dans cette situation. Pour nous, il faut que ces élections puissent être organisées pour que ces représentants soient l’émanation du peuple.

Guineematin.com : Le Président Alpha Condé vient de nommer monsieur Bangaly Kourouma comme ministre conseiller à la présidence. On sait que c’est le même monsieur Kourouma qui avait annoncé que le Président devait faire un 3ème mandat. Quel commentaire faites-vous de cette nomination ?

Vous savez que ce sont des actes administratifs que moi je ne commente pas. Je pense que c’est une bonne chose pour le pays parce que depuis qu’il est à ce poste, nous n’avons rien vu de sérieux. Est-ce que c’est une voie pour aller au garage à la présidence ou bien c’est une récompense, ça ne me préoccupe pas tellement. Ma préoccupation, c’est qu’on ait un Directeur national de la police qui connait ses prérogatives et qui respect la déontologie de sa fonction.

Guinematin.com : Mais honorable, beaucoup disent que c’est toujours dans la perspective du 3ème mandat qu’il a été nommé ?

Honorable Aliou Condé : Je ne suis pas dans les secrets de Dieu. Ce que je sais, c’est qu’il y a beaucoup d’autres ministres qui sont à la présidence dont on n’entend pas parlé. Est-ce qu’on entendra parler de lui ? C’est l’avenir qui nous le dira.

Guineematin.com : Merci Honorable

Aliou Condé : Merci à vous.

Interview réalisée et décryptée par Mamadou Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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