Mme Doukouré Asmaou Bah www.guineematin.com

Mme Doukouré Asmaou Bah
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Jusqu’au 23 juin, Madame Doukouré Asmaou Bah était la secrétaire générale du SYNTRAD (syndicat national des travailleurs domestiques). Suite à une pression qu’elle dit avoir subi au sein de la CNTG (confédération nationale des travailleurs de Guinée), elle a fini par démissionner.

Dans cet entretien qu’elle accorde à Guinéematin.com, Asmaou Bah revient sur sa démission de la CNTG, son adhésion à l’ONSLG, le blocage des négociations sur la ratification du code travail des travailleurs de maison, etc.  

Vous étiez à la tête du mouvement syndical national des travailleurs domestiques (SYNTRAD). Pourquoi avez-vous démissionné ?

Je n’étais plus libre dans mes activités. Le syndicalisme d’abord, c’est la liberté et la solidarité. Et, quand tu n’es pas libre dans ce que tu es entrain de faire, mieux vaut quitter. Finalement, j’ai démissionné de la CNTG, le 23 juin, les travailleurs m’ont suivi. Parce qu’on n’était pas libre et indépendant. J’ai adhéré à l’ONSLG (organisation nationale des syndicats libres de Guinée). Nous avons fait un congrès en commun accord de tous les travailleurs domestiques.

Vous avez créé une nouvelle structure ?

Comme la CNTG me menaçait pour dire que je ne dois plus continuer avec le nom SYTRAD, nous avons changé de nom. Nous avons mis Syndicat National des Employés de Maison-Guinée (SYNEM Guinée). Déjà, c’est le vrai nom parce qu’on dit ‘’employés de maison’’. En Afrique, on dit Réseau africain des Employés de Maison (RADEM) dont la Guinée préside d’ailleurs actuellement à travers ma modeste personne.

Quelle sera votre marge de manœuvre sur le plan continental d’autant plus que vous avez quitté le SYNTRAD et la CNTG ?

Nous continuons à travailler avec l’international. Rassurez-vous, avant de prendre la décision, j’avais consulté nos camarades qui sont au niveau africain et mondial. Je leur ai expliqué ce que je suis entrain de subir. Les travailleurs aussi savent ce que nous sommes entrain de subir. C’est en commun accord que j’ai démissionné et les travailleurs m’ont suivi. Au moment du congrès, tous les employés de maisons étaient venus. Ils avaient rempli la salle, malgré la pluie et le mois de ramadan. Nous avons reconduit notre bureau. Et, ça marche au niveau international. N’oubliez pas que la Guinée, aujourd’hui, préside le Réseau Africain des employés de maison. Et la Guinée est membre du bureau exécutif mondial des travailleurs domestiques à travers ma modeste personne. Tout cela est le résultat du bon travail sur le terrain. Nous sommes bien organisés. La Guinée est un exemple au niveau de l’Afrique.

Vous dites avoir reçu du soutien de vos camarades de l’Afrique. Pouvez-vous revenir un peu sur ce point précis.

Ils nous ont dit de voir la Guinée en face. De mettre l’intérêt national devant. Nous tous, nous savons actuellement que les travailleurs de maisons sont reconnus. Ils sont pris en compte au niveau de notre code de travail. On n’est allé très loin. Le gouvernement a pris des initiatives pour ratifier la convention 189 qui protège les travailleurs domestiques qui a été adopté à Genève le 16 juin 2011.  Et le tripartite guinéen avait voté ‘’oui’’ en faveur de l’adoption de cette convention qui protège les travailleurs domestiques.

Vous avez quitté la CNTG pour l’ONSLG, pensez-vous obtenir une marge de manœuvre que vous n’aviez pas jusqu’à présent ?

C’est très différent. On m’a accueilli à l’ONSLG avec les bras ouverts. Le jour de notre congrès, le secrétaire général Elhadj Yamodou Touré, m’a directement mis au bureau exécutif de l’ONSLG. C’est pour vous dire qu’ils m’ont bien accueilli. Et les femmes sont très enthousiastes, elles m’ont bien reçu. Et les travailleurs ont intégré le mouvement. C’est comme si on n’avait débuté avec eux.

Vous accusez Amadou Diallo d’avoir rencontré le ministre Albert Damantang Camara pour qu’il suspende les négociations tripartites tant que votre nom n’est pas enlevé de la commission…

C’est choquant, c’est écœurant. Depuis quatre ans, vous êtes témoins vous êtes journalistes. Nous sommes sur le terrain. Nous travaillons pour que la Guinée ratifie cette convention. Nous avons pu enregistrer les travailleurs de maison. Les sensibiliser, les organiser et  les syndiquer. Aujourd’hui, nous sommes au niveau de la ratification de cette convention. Le gouvernement guinéen, à travers son ministère du travail,  s’est engagé à mettre en place une commission de travail pour envoyer à l’Assemblée Nationale afin qu’on puisse ratifier la convention.  Ce qui est choquant, c’est Amadou Diallo de la CNTG, qui va voir le ministre Albert Damantang Camara et lui raconter du n’importe quoi. Jusqu’à ce que le ministre a pris une décision de suspendre ce travail. Amadou Diallo dit que  tant qu’Asmaou fait partie de cette commission, la CNTG ne va pas participer. Et, l’ONSLG a envoyé mon nom. Tout le monde sait que j’ai une expérience à ce niveau, nous discuterons ensemble et faire le projet ensemble. Amadou Diallo a tout fait pour qu’on bloque les travaux tant que moi je ne quitte pas. Je trouve ça anormal. On ne peut pas bloquer un travail tripartite à cause d’une seule personne. Ce n’est pas ma personne qui importe c’est la nation guinéenne. Si la nation guinéenne a signé au moment de l’adoption 189 à l’OIT en 2011, le tripartite travaille pour cette ratification pour mériter la confiance que l’Afrique a porté sur la Guinée. N’oubliez  pas que c’est la Guinée qui présider le Réseau Africain des employés de maison actuellement. Je pense qu’une seule personne ne pouvait bloquer cela.  Il y a huit centrales syndicales dans notre pays. Comment une seule personne peut bloquer le travail tripartite qui concerne la nation. S’il y a des problèmes internes entre nous qu’il règle ça, mais qu’il laisse l’intérêt général des travailleurs. Je suis très écœurée par ce comportement. Nous avons informé l’international. Parce que nous sommes affiliés partout. Vous savez, comme je l’ai dit tantôt, nous sommes membres du bureau exécutif mondial des travailleurs domestiques grâce au travail effectué sur le terrain. C’est dans ce sens que l’international a réagi pour ramener  Amadou Diallo à la raison. S’il a des problèmes internes qu’il règle ça et qu’il laisse la ratification suivre son cours normal.

Un mot sur le bureau exécutif du SYNTRAD

Je suis contente de la mise en place de ce bureau. Nous allons travailler ensemble. Comme vous le savez, le syndicalisme,  ce n’est pas le monopole. L’essentiel est qu’on puisse défendre l’intérêt des travailleurs de maisons. C’est le plus important pour moi.

Un message ?

Je lance un message au gouvernement guinéen. Surtout au ministre du travail, de ne pas écouter les ont-dits, de voir plutôt l’intérêt général des travailleurs guinéens. Il s’est engagé pour qu’on ratifie la convention. J’aimerai qu’il lève la suspension et qu’on continu le travail.

Propos recueillis par Le maire 

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