Bano Barry, sociologue guinéen, Après 27 ans de règne et suite à une véritable révolution populaire du peuple Burkinabé, Blaise Compaoré a été contraint à la démission dans la journée du vendredi 31 octobre 2014, avant de tenter sa première expérience d’exil à Yamoussokro. Pour aider ses lecteurs à mieux comprendre cette page de l’histoire du Burkna Faso et du continent africain en général, Guineematin.com a contacté l’un des meilleurs sociologues de la République de Guinée.

Le Docteur Alpha Amadou Bano Barry, vice recteur chargé de la recherche à l’Université de Sonfonia, est consultant pour beaucoup d’institutions et ONG en Guinée. Il a décrypté la chute de l’ancien président du Burkina Fasso au téléphone de Guineematin.com :

Blaise Compaoré est arrivé au pouvoir dans des circonstances que l’on sait, après avoir écarté dans le sang celui qui était à la fois son ami et son compagnon. Arrivé au pouvoir au mois d’octobre 1987, il quitte ce pouvoir un mois d’octobre 2014, c’es-à-dire 27 ans après. I doit sa longévité de la modification de la constitution, au moins trois fois. Cette fois-ci, c’était la quatrième modification qui n’a pas été acceptée par le peuple. Il est parti comme il est venu, c’est-à-dire qu’il est venu au pouvoir par effraction, il s’en va à la suite d’une manifestation populaire tenue par le peuple Burkinabé.

Si on regarde un peu son bilan, on peut dire que du point de vue des réalisations économiques, Blaise peut dire qu’il a laissé au Burkina une situation économique relativement bonne par rapport à beaucoup de pays africains. Il a réussi aussi à hisser le Burkina du point de vue des relations internationales comme un pays relativement important, alors que le pays, par le passé, avait absolument rien de reluisant politique. Pour obtenir tout ça, il a fallut quand même qu’il soit impliqué dans la plupart des guerres civiles dans la sous région. Des informations concordantes disent que sans Blaise Compaoré, il n’y aurait jamais eu la guerre au Libéria, celle de la Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, la tentative de rébellion en Guinée en 2001, mais aussi la rébellion du Nord du Mali.

Ce qui le fait aujourd’hui quitter le pouvoir, c’est parce que tout simplement le peuple est lassé de lui. Il a cru en réalité qu’il pouvait continuer à exercer le pouvoir par, à la fois des résultats diplomatiques, mais aussi économiques, oubliant une chose, c’est que quand on dépasse 10 ans au pouvoir, d’abord on lasse les citoyens et on hérite de plus en plus des partisans et des opposants à l’intérieur du pays.

Blaise a fait des erreurs du point de vue international, n’ayant pas voulu écouter à la fois les Etats Unis, mais aussi la France. Lorsque Barack Obama a dit que l’Afrique avait besoin des institutions fortes, Blaise Compaoré avait répondu qu’il n’y a pas d’institutions fortes sans hommes forts. Le peuple du Burkina a répondu en lui disant qu’il n’y a pas d’homme fort sans peuple fort. Et, le peuple fort du Burkina est celui qui l’a mis dehors.  Une histoire vraie, une nouvelle page commence pour le Burkina qui, probablement, va consolider son processus démocratique.

Propos recueillis au téléphone par Mamadou Alpha Baldé pour Guineematin.com

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