Alpha Saliou Wann, lancement du parti AFDComme l’annonçait une de nos dernières dépêches, un nouveau parti politique a été lancé avant-hier, lundi 20 octobre 2014. A la tête de l’Alliance des Forces Démocratiques, l’ancien prisonnier politique, Alpha Saiou Wann a présenté ce nouveau-né dans le magma politique guinée.

Guineematin.com vous propose, ci-dessous, l’intégralité du discours de monsieur Alpha Saliou Wann, président de l’AFD :
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation à cette conférence de presse.
Avant de commencer, je vous prie d’accorder une minute de prières pour la mémoire de tous nos martyrs tombés au combat pour l’instauration de la démocratie et de l’état de droit dans notre pays et particulièrement aux jeunes gens  qui, depuis 1990 à nos jours, de Sékou Traoré  en novembre 1990 à Saidou Barry en décembre 2013 ont fait le sacrifice ultime pour cette noble cause. Ce sont donc des centaines de jeunes connus et anonymes qui ont payé de leur vie pour l’idéal démocratique.

Merci.

Nos pensées et nos prières vont aussi aux pionniers de la presse libre décédés ces dernières années comme Alhassane Diomandé, Williams Sassine, Sékou Amadou, Biram Sacko, Jean Baptiste Kourouma, Aboubacar Condé, Siaka Kouyaté…
Sans la presse, nous n’aurions pas  pu obtenir tous les acquis démocratiques que nous cherchons à préserver à tout prix.
Et aujourd’hui,  plus qu’hier vous continuez ce combat pour la liberté.

J’ai l’honneur de vous annoncer que des guinéennes et des guinéens se sont retrouvés le 11 mai dernier en assemblée générale constitutive pour créer un parti politique dénommé Alliance des Forces Démocratiques  AFD.

À cette occasion, les membres fondateurs m’ont élu Président du parti et mandat m’a été donné de mener toutes les démarches nécessaires pour obtenir l’agrément de notre parti.

Conformément à l’article 3 de notre constitution, nous avions écrit au Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation une lettre de demande de notre agrément avec laquelle étaient joints les documents juridiques du parti qui ont été transmis le 12 mai 2014.
Selon la loi le MATD a l’obligation de nous donner une réponse motivée dans un délai maximum de trois mois à partir de la date de réception de notre dossier.

Ce délai est dépassé de deux mois. Nous demandons donc au MATD de se conformer à la loi et nous sommes convaincus que dans les jours à venir l’AFD sera agréé.

L’AFD se veut un parti moderne qui rassemble les démocrates de toutes les communautés ethniques nationales, de toutes les régions du pays, de toutes les conditions sociales et de tous les âges.

L’AFD ambitionne d’incarner un Projet de société pour une Guinée différente, dans lequel se reconnaissent nos compatriotes; afin de susciter, de la part de tous, l’effort national nécessaire pour faire émerger un État de droit, souverain et unitaire; arracher les racines du sous développement; et assurer la réconciliation et la concorde nationales.

A l’AFD nous ne sommes pas fiers de la gestion calamiteuse de nos dirigeants  depuis 1958. Ils ont mis notre pays la Guinée en faillite et en danger de marginalisation insurmontable.

A l’AFD nous sommes une nouvelle génération d’hommes politiques qui s’engagent vigoureusement à mettre fin au déclin de notre pays.
Le peuple de Guinée aspire à la grandeur, mais ce rêve ne peut se réaliser sans le rassemblement de femmes et d’hommes déterminés pour relever ce défi devenu herculéen par la faute de dirigeants qui ont pris en otage nos populations malheureuses, appauvries, fatalistes et depuis longtemps coupées et isolées de nos voisins régionaux, de nos alliés naturels sous-régionaux, et de l’évolution du monde contemporain.

Nous sommes un petit pays pauvre avec une population de près de 12 millions d’habitants comme celle de Kinshasa, et cela, malgré nos énormes potentialités agricoles et minières.

L’ambition de l’AFD ne consiste pas à faire de la propagande stérile, mais simplement à assurer le bien être des guinéens.
Notre ennemi est la Pauvreté que nous devons éradiquer. La pauvreté est un cancer social avilissant. Nous ne pouvons être libres tant que nos populations sont majoritairement pauvres.

Aujourd’hui, la plupart des dirigeants mondiaux sont jugés en fonction de leurs performances sur deux indicateurs principaux que sont le taux de croissance et le taux de chômage. Ce sont les objectifs prioritaires qui sont complémentaires car il faut de la croissance pour résorber le chômage. Il faut de la croissance donc la production de richesses pour éradiquer la pauvreté.

L’Afro-pessimisme a cédé la place à l’Afro-optimisme parce que ces dix dernières années, l’Afrique a connu une croissance moyenne de 5% qui a permis de créer une nouvelle classe moyenne de 300 millions de consommateurs. C’est ce gisement de consommateurs potentiels qui attire les convoitises des multinationales.

La Guinée est absente, une fois de plus, elle reste au bord du quai, elle ne peut pas prendre le train de la nouvelle Afrique car sa croissance est poussive, elle a un déficit chronique en infrastructures de base et son administration est archaïque et inefficace.

En 2013 notre croissance était de 2,3 % c’est à dire elle ne couvre même pas notre taux de croissance de la population qui est de 3%, c’est pourquoi à juste raison,  nos populations restent sceptiques lorsqu’on leur parle de satisfecit par rapport à la gestion macroéconomique, parce que cela ne se répercute sur sa vie quotidienne faite de souffrances et privations, donc nous ne produisons pas suffisamment de richesses pour sortir de la pauvreté. Il faut une croissance minimum de 7% sur au moins une décennie pour nous sortir de la pauvreté. Certains pays de la
CEDEAO sont sur la bonne voie avec plus de 7% de croissance comme la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Nigeria
Nous sommes loin de cette dynamique d’une croissance forte et durable et l’AFD ne voit pas de signaux positifs pour une accélération de notre croissance.

Depuis 1958 la propagande avait servi à masquer l’incapacité de nos dirigeants à faire face aux attentes de nos populations pour de meilleures conditions de vie, mais aujourd’hui, c’est un exercice voué à l’échec avec une jeunesse impatiente, ouverte sur le monde, connectée, qu’on ne peut pas tromper par des promesses fallacieuses comme naguère avec leurs aînés.

Notre pays a besoin d’investissements massifs pour se relever.
Les investisseurs, les investisseurs, encore les investisseurs, c’est devenue une formule incantatoire dans la bouche de nos dirigeants.
Que cela soit claire pour tous, les investisseurs ne viendront pas tant que nous n’engagerons pas avec sérieux et professionnalisme des réformes structurelles radicales pour créer les conditions indispensables de sécurité et d’un environnement favorable aux affaires.
Tâches immenses parce que pour nous ce sont 5  décennies de perdu pour le pays qui manque de tout.

Si vous dites à une vendeuse de djindjan de choisir entre Conakry et Abidjan pour faire son petit commerce en lui précisant qu’elle aura  l’eau et l’électricité 24/24 à Abidjan, sans hésiter, elle sera favorable pour cette dernière ville. Comment voulez vous que des investisseurs mieux informés ne préfèrent pas Dakar, Abidjan ou Accra à Conakry?

Pour l’AFD la Guinée ne peut se permettre d’être absente de cette nouvelle dynamique africaine qui conduira à l’émergence.
Nous en avons la vision et nous fixerons le cap pour le pays.

L’AFD entend mobiliser toutes les énergies, toutes les ressources humaines, matérielles et financières pour faire de la Guinée un pays émergent dans l’horizon 2050. Nous disons bien 2050 qui est un objectif plus réaliste et non pour certains 2015 qui est arrivé alors que nous sommes encore incapables de nous nourrir et de fournir ne serait ce qu’à la capitale l’eau et l’électricité, d’avoir un système de santé performant, d’éduquer nos enfants etc…

Oui nous sommes convaincus à l’AFD que  35 ans seront suffisants pour notre pays pour atteindre l’Emergence à condition qu’on se mobilise dès maintenant pour travailler énergiquement en mettant à contribution notre énorme potentiel humain.

Notre génération a une grande responsabilité pour ne pas suivre l’exemple de nos prédécesseurs qui en 56 ans ont mis ce pays en faillite. Nous pouvons tout à fait comme eux perdre les 35 années à venir si nous n’engageons pas des réformes profondes indispensables pour sortir la Guinée de la pauvreté.

Nous avons besoin d’unité, de rassemblement de toutes les filles et fils de notre pays pour refonder un  État respectueux des libertés, des droits humains.

La démocratie et l’état de droit sont une exigence fondamentale pour notre vivre ensemble dans la paix, la sécurité et le bien être.
Nous devons revenir à nos valeurs ancestrales telles que le respect de la parole donnée, la sacralité de la vie d’autrui, la solidarité et l’amour du travail.

Nos anciens disaient toujours que  » celui qui ne respecte pas sa parole ne trouvera que malheur sur son chemin », c’est pourquoi ils préféraient la mort que de trahir leur parole ou leur serment.

Nous voyons bien que pour notre malheur collectif nos dirigeants n’ont jamais tenu parole, tous ont violé leurs serments.
Il faut que cela cesse pour notre pays puisse avancer.

L’état de droit implique l’indépendance de la Justice qui ne doit pas être qu’un simple slogan car aucun développement n’est possible sans elle.
L’AFD proposera une vraie réforme de la justice qui garantisse son indépendance.

La justice a besoin d’une double indépendance : d’abord une indépendance fonctionnelle qui doit éliminer toute interférence, tout lien organique avec l’exécutif.

Pour cela, l’AFD proposera que le PRG et le Ministre de la Justice ne soient plus membres du Conseil Supérieur de la Magistrature qui sera aussi chargé de faire  les propositions de nomination des juges du siège et du parquet.

L’inamovibilité des juges de la Cour Suprême et des membres de la Cour Constitutionnelle jusqu’à leurs retraites; ensuite l’indépendance financière qui doit garantir au personnel judiciaire un traitement exceptionnel pour qu’ils soient indépendants et du pouvoir politique et du pouvoir de l’argent.

Cette indépendance aura pour contrepartie le respect stricte de l’éthique et de la déontologie de profession qui est un sacerdoce et aussi une solide formation professionnelle, car ce sont les gages du respect du public en la justice.

Pour l’AFD il faut une politique globale de Réforme de l’Etat.
Réformer l’Etat est une condition sine quoi non du développement
Tous les maux que nous énumérons ne peuvent être soignés sans une administration moderne et efficace.
En réalité l’état n’a pas fonctionner normalement dans notre pays, c’est une réalité historique car toutes les règles et procédures héritées de l’administration coloniale ont été abandonnées pour laisser place au népotisme, au Clientélisme et à la promotion de la médiocrité.
Pour l’AFD point besoin d’inventer la roue, nous nous inspirerons directement des expériences des pays développés.

Nous avons un peu plus de 100.000 fonctionnaires  dont la gestion n’est pas une tâche difficile, il suffit d’appliquer les textes et surtout d’appliquer la méthode ancienne du mandarinat   chinois qui a inspiré tous les grands pays  pour choisir nos hauts fonctionnaires de l’Etat.
Mettre fin aux gaspillages, aux dépenses somptuaires qui n’ont aucun impact sur l’amélioration des conditions de vie des populations.
A l’AFD nous pensons que cette pléthore de ministères tant au gouvernement qu’à la Présidence n’apporte rien de concret au pays sauf grever notre budget.

Là où le cabinet du président des États Unis n’est composé que de 14 secrétaires d’état, comme celui de la chancelière d’Allemagne et celui du Premier Ministre nippon de 11 ministre, vous ne trouvez pas incompréhensible qu’un petit pays pauvre comme la Guinée se donne plus de 40 ministres?

L’AFD limitera le nombre de ministères à 12 maximum pour mieux se concentrer sur les véritables missions de l’état au service exclusif de nos populations.
L’AFD mettra fin aux achats de 4*4 de luxe à tous les dirigeants du pays.
Tous les gouvernements sérieux font la chasse aux gaspillages, recherchent à la loupe toutes les possibilités de faire des économies, nous devons en faire autant.

L’AFD considère que le programme le plus ambitieux reste l’éducation et la santé. Nous devons parvenir à atteindre l’objectif de plus de 95% de jeunes scolarisés dans le pays et la remise à niveau avec une vigoureuse politique d’alphabétisation du reste de la population pour se donner les moyens de l’émergence.

L’AFD se fixe pour priorité de consacrer l’intégralité de nos revenus miniers aux secteurs de l’éducation et de la santé en créant deux fonds spéciaux:
Un Fonds Spécial  Éducation alimenté par 75% des revenus miniers,
Un Fonds Spécial Santé alimenté par 25% des revenus miniers.
En faisant cette proposition, l’AFD se fonde sur l’article 21 alinéa 2 de notre constitution qui stipule:
« Le Peuple de Guinée a un droit imprescriptible sur ses richesses. Celles-ci doivent profiter de manière équitable à tous les guinéens ».
Ainsi, à notre avis, consacrer l’intégralité de nos richesses minières à l’éducation et à la santé des guinéens est plus équitable et bénéfique au pays que leur captation par une caste de dirigeants voraces et égoïstes.

Des investissements massifs sont nécessaires notamment en infrastructures pour nos écoles qui doivent se mettre aux normes occidentales et nos services de santé.
Il faut que les enfants de nos compatriotes de la diaspora ne se sentent pas dépaysés dans nos écoles  si leurs parents décident de rentrer au pays et que ceux qui sont à l’intérieur ne trouvent plus nécessaire d’aller à tout prix étudier en occident.
La qualité des infrastructures doit être suivi de la qualité des enseignants.
L’AFD juge nécessaire une période transitoire durant laquelle notre pays sera obligé de recruter massivement des enseignants des pays développés tout en engageant un programme intensif de formation des enseignants locaux.
Nos voisins sénégalais et ivoiriens avaient mené la même politique dans les années 60 et 70, nous sommes obligés de passer par cette voie pour être compétitif.

Nous ne pourrons pas drainer les investissements vers notre pays si nous ne disposons pas d’une main d’œuvre locale de qualité.
C’est un suicide national que de continuer avec la politique actuelle qui encourage l’anarchie dans le secteur de l’éducation. Nos écoles sont des fabriques de chômeurs.
Il faut sauver la Guinée de la médiocrité.

Mesdames et Messieurs
Comme vous l’avez constaté, l’AFD ne se contente pas que de critiques, c’est une évidence que le pays va mal, tout le monde le sait, mais nous proposons des pistes de réflexions et d’actions pour sortir notre pays de la pauvreté.
Effectivement, l’AFD tient à recentrer les débats sur les problèmes douloureux qui assaillent nos populations pour en finir avec la propagande érigée en mode de gouvernance depuis l’indépendance.

Si toutes les filles et fils se mobilisent pour ce combat contre notre principal ennemi qui est et reste la PAUVRETE qui gangrène notre société, oui nous y parviendrons car notre pays a des atouts non négligeables, en particulier sa population jeune, disponible, dynamique et ouverte sur le monde.

Nous vous remercions.

 

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