Général Lansana Conté, président de la Guinée (3 avril 1984-22 décembre 2008)Le président Alpha Condé, l’opposant le plus radical au régime Lansana Conté (3 avril 1984- 22 décembre 2008) s’est invité ce samedi 20 décembre 2014 au symposium organisé au siège de l’ancien parti au pouvoir pour honorer la mémoire du deuxième président de la Guinée indépendante, six ans après sa disparition. 

Prenant tout le monde de court, « Je ne l’ai pas invité », à dit le président du PUP, Moussa Solano, le chef de l’Etat a pris tout le monde de court et a forcément fâché son principal opposant. Ancien ministre et Premier ministre de Lansana Conté, Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition actuelle, avait la parole quand la sirène a annoncé l’arrivée sur les lieux du premier magistrat du pays…

Un remue-ménage et des bousculades, les bodyguards de l’opposant et le public n’oublieront pas de sitôt cette surprenante bousculade… Le chef de l’Etat prend place  au présidium, dans le fauteuil même où était installé son principal opposant ! Et, ce n’est pas fini ! On s’en va aussi « retirer » les micros des mains de Cellou Dalein Diallo pour les donner à son adversaire !

C’est un sabotage ! Pourquoi Cellou Dalein ne quitte pas les lieux ? Qu’est-ce qui va alors se passer ? Les stupéfactions et interrogations ne manquaient pas.

Même en entendant des réactions désobligeantes à son encontre, Alpha Condé garde un sourire forcé sur les lèvres et s’adresse à l’assistance, avec la certitude d’avoir déjà tous les micros et toutes les caméras sur lui…

« J’assume tout le passé de la Guinée. J’assume le camp Boiro ! J’assume le 28 septembre. Etc. », on avait déjà entendu le président guinéen assumer (sans aucune conséquence) ces crimes qui ont emporté de milliers de nos concitoyens dont les plus brillants intellectuels…

Mais, sans doute voulant marquer les esprits et se faire aimer d’une assistance qui le désapprouvait et qui demandait plutôt la musique à la place de ce discours, le président Condé a jeté un pavé dans la marre en « reconnaissant » que le général Lansana Conté « est le père de la démocratie en Guinée » !

Si cette affirmation est évidemment vraie, mais elle surprend de la part de celui qui a toujours nié la paternité de la démocratie guinéenne à Lansana Conté qu’il a d’ailleurs combattu par tous les moyens et sans succès. Un autre dictateur des Guinéen, il est vrai, mais c’est quand même Lansana Conté qui a agréé le multipartisme, instauré la démocratie et s’est d’ailleurs battu et a défendu toutes les libertés, notamment de presse dans la Guinée qui était fermée à tout par le premier dictateur, Sékou Touré (1958-1984).

Avec plus de cinquante mille mort au camp Boiro, selon Amnesty international, Sékou Touré est le bourreau qui a fait tuer les premiers intellectuels de notre pays ; de ses adversaires pendus au tristement célèbre pont du 8 novembre, à ses anciens collaborateurs, y compris le premier secrétaire général de l’OUA, Diallo Telli.

Or, en campagne électorale, en 2010, le candidat Alpha Condé promettait de « reprendre la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée ! », s’il se faisait élire. Ce qui ne pouvait qu’inquiéter les mordus de la démocratie et faire rougir les Contéistes qui voyaient les 24 ans de pouvoir Lansana Conté considérés comme nuls par ce candidat qui remportera les élections.

Aujourd’hui, alors que nous sommes à quelques mois de la fin de son mandat, la reconnaissance de Lansana Conté comme père de la démocratie guinéenne sonne plutôt comme un clin d’œil du président actuel, futur candidat, à l’électorat qui reste encore fidèle à celui dont le sixième anniversaire de la mort est célébré…

Nouhou Baldé

Commentaires