Elhadj Mouloukou Souleymane Camara Préfet de Télimélé

Elhadj Mouloukou Souleymane Camara
Préfet de Télimélé

Dans la première dizaine de ce mois, nous étions à Télimélé. Au cours d’une interview exclusive accordée à votre site d’informations Guineematin.com, Elhadj Mouloukou Souleymane Camara, préfet de Télimélé, est revenu sur la lutte contre la fièvre hémorragique Ebola, expliqué les problèmes de sa préfecture et annoncé les pistes de leur résolution. Exclusivité Guineematin.com

Bonjour Monsieur le préfet, Elhadj Moloukou Souleymane Camara. Est-ce que vous pouvez nous planter un peu le décor de ce qui se passe actuellement à Télimélé ?

Je voudrais commencer par dire qu’il y a beaucoup de choses qui se passent à Télimélé, chez nous. Mais, ce qui retient facilement l’attention des gens, c’est cette épidémie d’Ebola qui avait commencé à faire des ravages chez nous. Mais qui se trouve canalisé aujourd’hui, Dieu merci. D’autre part, on a, par rapport aux actions de développement, beaucoup de choses qui se passent. Nous venons de terminer la première concertation préfectorale par rapport aux actions du PACV chez nous. De l’autre côté, la population a été très enthousiasmée quand le chef de l’Etat lui-même a prononcé ses discours à Kissidougou, à Kaléta, à Kankan et ailleurs concernant la pose de la première pierre de cette route qui relie Télimélé à Koundara, via Gaoual.

Comme vous l’avez dit, cette affaire de fièvre hémorragique à virus Ebola a fait l’actualité. Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui s’est réellement passé ? Quel est le bilan et à quel stade on est aujourd’hui à Télimélé par rapport à la fièvre hémorragique Ebola ?

Bien. Depuis quelques semaines, il y avait la fièvre Ebola qui a fait son apparition à Télimélé. Et, très tôt, la Direction préfectorale de la santé a été alertée par le nombre de décès. En fait, c’est une femme qui a quitté Conakry et qui est venue rendre visite à sa famille à Sogoroya (NDLR : épicentre de la fièvre Ebola, situé à 15 kilomètres de la ville de Télimélé). Il se trouve qu’elle était un sujet contact connu à Conakry, qui a donc développé la maladie. A son arrivée, elle-même, elle est décédée. Et, également sa marâtre et une infirmière qui est intervenue pour leur traitement. A ce niveau, ce sont des éléments qui étaient détenus en 1ère position, qui ont été considérés par des spécialistes comme des sujets probables. C’est-à-dire, on estime qu’ils sont morts de cela, mais comme il n’y a pas eu de prélèvement, on peut dire que ce sont des sujets probables. Maintenant, avec l’entourage, les prélèvements ont été faits et l’analyse  a montré des résultats positifs. Donc, les sujets contacts les plus proches développaient la maladie. C’est ainsi que les spécialistes en la matière, à l’occurrence l’OMS, MSF, la Croix rouge ont été mobilisés massivement. Ils sont venus même installer un centre de traitement qu’on appelait au départ un centre d’isolement. Mais, on a constaté que cette appellation avait une certaine stigmatisation, on a préféré donc l’appeler par la suite ‘’un centre de traitement’’. Donc, ce centre de traitement a, dans l’ensemble, reçu 23 cas. 23 malades avec 7 décès et 16 guéris. Maintenant, il y avait des sujets contacts qui sont restés un peu à côté de ces personnes qui se trouvaient positives. Ces sujets là étaient au nombre de 249.

Mais pas tous à Sogoroya ? Pas tous…

Non ! Vous savez qu’en Afrique, quand il y a décès, les gens viennent de partout. Donc, les sujets contacts venaient de toutes les collectivités périphériques à Sogoroya. C’est-à-dire, Bourouwal, Santou, Tarihoye et la commune urbaine elle-même. Alors, ces sujets aussi ont été suivis. Il y en a qui ont développé, comme certains médecins qui étaient intervenus, soit pour apporter assistance à leurs propres familles ou qui ont tenté de traiter dans les coulisses certains malades. Ceux-ci aussi ont été atteints, mais ont eu la chance de guérir. Alors, au jour d’aujourd’hui, on a réussi à vaincre la maladie. Je suis sûr et je peux le dire haut et fort parce que les partenaires qui venaient nous appuyer comme l’OMS, je viens de me séparer avec leur représentant, Dr. Dieu Donné qui replie sur Conakry.

Ce mardi même ?

Oui ! Ce mardi même

Aujourd’hui ?

Aujourd’hui (ndlr : 8 juillet 2014), il vient de quitter il n’y a même pas une heure. Les médecins sans frontières aussi sont entrain de décontaminer les bois qui étaient là et qui supportaient les tentes. Les locaux où il y avait les malades confirmés sont entrain d’être décontaminés. On a plié les bâches, c’est-à-dire ils plient les matériels qui étaient là pour rentrer.

Les risques ne sont plus là ?

Le risque n’est pas là pour le moment, surtout que vous savez avec Ebola la période d’incubation est de 21 jours au maximum. Il y a eu les 21 jours qui ont expiré et on a ajouté encore une 2ème période de 21 jours qui est arrivée à son terme. Donc c’est comme ça.

Donc, c’est clair, on peut déclarer qu’il n’y a plus de virus Ebola à Télimélé ?

Totalement fini. On peut craint peut-être une nouvelle réapparition à partir des nouveaux cas venus d’ailleurs parce que quand on nous dit que ça se trouve en Guinée, du côté de la Forêt et il y a la migration, les gens viennent de partout, on ne peut pas interdire que les taxis transportent les gens,etc. Et comme on ne fait pas l’analyse avant qu’ils ne rentrent, ils peuvent transporter. Mais, ce qui était là est canalisé au jour d’aujourd’hui. Ça, on peut être sûr et certain.

D’accord. Quelle est votre appréciation de la manière dont les populations se sont mobilisées ?

Dans nos pays africains, quand il y a une nouvelle maladie, on dit souvent que c’est des envoutements ou on a touché une forêt sacrée, les gens vont parler de tout cela.  Mais on a vu successivement ceux-là même qui se disaient guérisseurs se retourner avec la maladie parce qu’il y a eu un cas comme ça un malade qui était parti voir un guérisseur. Dès qu’elle est revenue, elle est décédée. 5 jours après le guérisseur lui-même a présenté des signes, lui-même est venu au centre. Les gens ne croyaient pas et ça nous a créé d’énormes problèmes parce que les gens sont partis jusqu’à voir le sac mortuaire comme quoi, peut-être que les partenaires amputent des organes pour aller avec.

On nous a dit ça ici hier. Des rumeurs qui disaient qu’on coupe les têtes des gens, qu’on extrait des cœurs et autres organes ?

Ce qui est archifaux. Mais, vous savez qu’à cet état, la contamination est facile parce que tous les liquides organiques, une fois que l’individu est confirmé malade peuvent transmettre la maladie Ebola. Donc, c’est pour cela que nous félicitons les partenaires et d’autres qui nous ont assisté. Même du côté des ressortissants, il y a aussi le comité national de riposte et le gouvernement lui-même parce que jusqu’à maintenant, le gouvernement continue de nous appuyer en nous envoyant même la machine pour réaliser les forages parce qu’on ne peut pas lutter réellement contre Ebola dans la saleté. Il faut des détergents, de l’eau potable, il faut toujours veiller sur ces éléments pour que l’on s’assure qu’Ebola n’est pas entrain de se propager.

Et, c’est dommage parce que justement l’hôpital de Télimélé n’avait pas d’eau. Et, c’est Waqf Bid-Guinée, grâce au ministre de la Coopération, qui est entrain de réaliser le forage à l’hôpital préfectoral.

Oui ! C’est pour cela que je salue les efforts du gouvernement et le ministre de la Coopération internationale qui s’est investi. Lui-même a échangé avec nous et j’ai pris son contact… On va faciliter la réalisation de ce forage parce que l’hôpital en a vraiment besoin.

Alors, peut-être qu’on peut aborder le second sujet. On a parlé de cette rencontre que vous avez eu avec le chef de l’Etat à Kaléta et ailleurs aussi quant il inaugurait une autre route. Le ministre des TP également l’a dit samedi passé au siège du RPG… La réalisation de la route nationale Kindia- Télimélé- Gaoual pourrait donc bientôt être entamée. Quelle est votre appréciation ? Je sais que vous allez applaudir, mais est-ce qu’il n’y a pas que des promesses pour avoir l’opinion des Télimélékas ?

Je vais vous dire une chose : le Professeur que j’ai connu bien avant est un monsieur qui dit sérieux dans la boutade. Ce qu’il a dit, mon frère, jusqu’à dire publiquement, je ne me fais aucune illusion. C’est un grand monsieur. Donc, c’est ce que j’ai dit même sur les antennes de la radio communautaire, je n’ai pas manqué de dire ce que j’ai vu et entendu à Kaléta. Le président a lui-même eu à le dire sur d’autres lieux. Si le ministre lui-même le confirme maintenant, le ministre parrain même nous a dit, c’est dire qu’il y a une garantie.

Il y a un ministre parrain vous dites et c’est qui ?

C’est le ministre secrétaire général des affaires religieuses, Elhadj Abdoulaye Diassy.

Il a confirmé qu’ils vont faire la route ?

Il a confirmé. Il était avec le chef de l’Etat et il a dit même qu’il est entrain de voir comment le chef de l’Etat va réaliser une première visite à Télimélé. Donc, aujourd’hui, la population est préparée et nous attendons cette visite, Télimélé en a besoin. Vous savez, à Télimélé, les gens pensent que nous sommes des orthodoxes, mais la vérité est que dans le passé, il n’y avait pas eu quelqu’un qui pouvait faciliter l’échange entre le gouvernement et la population. Sinon, c’est une population disciplinée. Moi-même je confirme pour les trois (3) ans et demi que j’ai passé ici. Tout ce qu’ils ne veulent pas, c’est quand tu les prends pour une petite personne ou des gens non nobles. Ça, tu divorce avec le Téliméléka. Mais, quand tu les prends avec toute la sagesse et tu les mets devant une responsabilité, s’ils te donnent leur parole, ils ne reculent pas. Donc, moi, j’ai eu ce petit secret peut-être aussi parce que je suis moi-même de Télimélé. Je suis de Kollet, à la limite avec Dubréka-Kindia et Télimélé centre. Donc, c’est ma sous-préfecture qui longe le barrage de Kaléta. Le barrage de Souapiti se réalise dans ma sous-préfecture. Souapiti est à 15 km de mon village et Kaléta à 10 km. Comme pour dire que je suis largement informé de tout projet qui va se réaliser ou qui se réalise. Télimélé est facile à gérer. J’ai des témoignages de Kollet à Daramagnaki, précisément à Gawel qui est à 232 km d’ici. De l’autre côté aussi, Missira, Santou, Bourouwal,etc. Je connais partout et je connais aussi la mentalité du Téliméléka. Si tu les prends avec sagesse, mon frère, tout ce que tu veux, ils vont te donner et toute conduite que tu veux qu’ils adoptent, ils vont l’adopter. Mais, si tu fais le forcing, Ah non ! Mon frère, ça ne va pas marcher.

Quel genre de problème on rencontre justement ici à Télimélé ?

Les problèmes que nous rencontrons ici sont diverses. Mais, généralement, c’est en période de culture que nous recevons des problèmes pour la gestion des terres entre les agriculteurs. Mais, nous-mêmes, le problème entre éleveurs et agriculteurs, on n’est parvenu à circonscrire. Il y a moins de problème dans ce domaine. Mais, c’est entre agriculteurs pour des questions de limites, c’est ce qui pose problème. Avant mon arrivée, on disait que Télimélé est réputé dans le vol de bétail, mais mois je ne vois pas ça depuis que je suis là, il y a 3 ans et demi. S’il y a eu, c’est 3 cas et là aussi, c’est plus des susceptibilité, mais pas pris en flagrant délit.

Mais, côté société, on parle souvent de cette délinquance juvénile ?

Vous savez que la jeunesse, comme le dit l’autre, la jeunesse est toujours doctrinaire. Qu’est-ce que ça veut dire ? Quant ils voient leurs collègues qui se comportent, tel ou tel s’habille de telle façon, des fois pendant les vacances ou ils profitent de certaines cérémonies pour faire de déplacement vers ces milieux où les enfants ont une mauvaise éducation, finalement, les nouveaux apprentis tentent de dépasser même les maîtres. Mais, nous, nous parvenons toujours à canaliser et je crois que quand ils voient que l’autorité veille, la notabilité veille, même dans les mosquées on en parle parce que moi je change de milieu.

Quel message monsieur le Préfet avez-vous à adresser au gouvernement et aux populations de Télimélé ?

Mon message est simple, mais il peut être multiple aussi. Ce qui est fondamental, le mal à Télimélé, c’est à cela que le Professeur a touché. C’est-à-dire la route Kindia-Télimélé- Gaoual. Au-delà, le second message, c’est par rapport à l’électrification. Vous savez, il y a deux villages à Télimélé qui sautent avec le barrage de Kaléta : Sinthiourou dans Sogolon et Konkouré Lanban dans Kollé. Donc, il se trouve que malgré tout, on n’a pas l’ère de comprendre que Télimélé va bénéficier du courant de ce barrage. Nous tendons la main au gouvernement pour qu’au moins, Télimélé ait un seul mégawatt qui, pour électrifier la ville… Le seul mégawatt peut suffire. Nous attendons l’arrivée du Président de la République pour lui poser sagement cette requête. Je crois que lui seul pourra nous rassurer et nous en donner l’occasion de pouvoir bénéficier de ce document qui va bientôt commencer à être produit.

Merci monsieur le Préfet

Merci beaucoup à vous

Propos recueillis par Nouhou Baldé

 

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