Ibrahim Kalil Kéita, vice président de la CENIIl est constant de constater qu’on parle trop de la CENI aujourd’hui dans les médias, les quartiers généraux des partis politiques et autres clichés, mais pas toujours en conformité avec la réalité.

Certes, chacun est libre de ses opinions et la CENI n’a pas à répondre aux partis politiques. Elle préfère poser des actes.

Mais avec cette allure vertigineuse de la désinformation, la confusion et la suspicion, il est temps que la plume crache l’encre de l’objectivité, que la langue se délie et que la bouche ne s’enferme pas dans l’immobilisme et le calme du menton.

Voilà pourquoi, je prends ici la plume et la parole en tant que membre de la CENI pour expliquer très respectueusement comment nous travaillons.

En tant qu’Institution Républicaine chargée d’organiser les élections dans notre pays, la CENI a le double devoir de respecter harmonieusement la loi et les décisions consensuelles prises par le dialogue politique.

Entre autres, les accords politiques du 3 Juillet 2013 ont fait les recommandations suivantes à la CENI :

  1. Le respect strict de la loi organique et de son règlement intérieur.
  2. L’opérateur technique Waymark-Sabary se limitera à la confection du fichier électoral et à la production des documents électoraux et ne participera pas au traitement des élections législatives, la gestion des résultats se faisant par comptage manuel.
  3. Au point 9, la sélection de l’opérateur technique qui aura la charge de la confection de la liste électorale pour l’élection présidentielle 2015, fera l’objet d’un appel d’offre international conformément à la réglementation en vigueur sur la passation des marchés publics.

Concrètement et conformément à ces accords, la CENI a organisé les élections législatives le 28 Septembre 2013 dans le calme et la transparence.

Comme recommandé par le dialogue, la CENI a fait la gestion des résultats par comptage manuel en présence des représentants des candidats.

La campagne électorale, le scrutin et la proclamation des résultats provisoires et définitifs se sont tous passés dans le calme. Notre institution a battu le record en emmenant 15 partis politiques à l’Assemblée Nationale et en mettant au coude à coude la mouvance et l’opposition.

Parmi ces partis, neuf (9)  n’avaient pas eu un député. Mais ils ont pu être repêchés par la CENI à la faveur du calcul du plus fort reste à la proportionnelle.

Comment peut-on comprendre qu’un député élu par la CENI ou un parti politique repêché par la CENI, puisse jeter l’anathème sur cette même CENI ?

Non ! Les membres de la CENI ne sont pas des girouettes qu’on fait balancer à tout vent ou des criminels à abattre.

Nous ne sommes que 25 citoyens guinéens sélectionnés sur dix millions d’habitants et bénéficiaires d’un décret de Monsieur le Président de la République. Nous sommes au service du Peuple avec nos qualités et nos défauts et un minimum de dignité qu’on souhaite garder sous un abri.

Il reste entendu que les autres points du dialogue comme la mise en place d’un comité de veille ou de suivi ne relèvent pas de la CENI. La CENI a fait ce qu’on lui a demandé de faire, que veut-on de plus ?

Un an plus tard, précisément les 4 et 5 Juillet 2014, les mêmes acteurs politiques (mouvance, opposition, centre) et le gouvernement, tous, ont mis la CENI en demeure de rompre définitivement avec l’opérateur technique Sabary technologie.

Aussitôt dit, aussitôt fait. En application des recommandations politiques et conformément aux règles, des marchés publics, après avoir lancé un appel d’offre international, la CENI a recruté le Cabinet Business Card (B.C.A) de France pour l’aider a rédiger le cahier d’appel d’offre international pour le recrutement de l’opérateur technique devant assurer la révision des listes électorales pour l’élection présidentielle de 2015.

Six (6) sociétés guinéennes, africaines et internationales avaient postulé. De la même manière, la CENI a recruté la société I.C.B du Mali comme prestataire devant continuer la correction des anomalies sur le fichier à la place de Sabary Technologie.

Ces résultats ont été publiés dans un communiqué lu sur les écrans et les antennes de la RTG par le rapporteur de la CENI issu des rangs de l’opposition.

En plus, la CENI a organisé à Novotel des journées entières de concertations avec les partis politiques de tous les bords, toute la Société Civile , les médias publics et privés, l’administration et les institutions républicaines pour expliquer le niveau d’exécution du processus électoral.

Elle a, ensuite lancé l’appel d’offre international, pour le recrutement de l’opérateur technique. Neuf (9) sociétés et entreprises guinéennes, africaines et internationales, ont payé le cahier de charge. Au terme du délai de 45 jours, 4 (quatre) sur ces neuf sociétés ont déposé leurs offres. Ce sont :

  1. Safran Morpho de France
  2. Gemalto de France
  3. Zètes de Belgique
  4. Smartmatic des Pays-Bas

Le vendredi 03 Octobre 2014 à la Direction Nationale des Marchés Publics, en séance ouverte au public, a eu lieu l’ouverture officielle des plis en présence des soumissionnaires, la CENI, la presse, les partis politiques. A l’issue des travaux, Dr Saliou Bela Diallo du Hafia a apprécié le travail fait au nom de la mouvance présidentielle. Pour sa part l’Honorable Kalemoudou Yansané de l’UFDG a félicité la CENI au nom de l’opposition.

Par ailleurs, pendant un mois, du 30 Octobre au 6 Novembre 2014, la commission d’évaluation des offres, composée des représentants de la CENI et des Marchés Publics, a travaillé conformément aux dispositions des articles 11 et 12 du code des Marchés Publics. Il faut rappeler que la composition de cette commission a été présentée et approuvée à l’unanimité par la plénière de la CENI. Aucun membre du bureau n’en fait partie. Et la commission a régulièrement rendu compte au bureau et à la plénière.

Au terme de cette procédure d’analyse technique et financière, la société Gemalto de France a été retenue. Il n’ya eu aucune objection.

Tout cela est consigné dans un communiqué de la CENI lu le 13 Novembre 2014 par le même rapporteur de l’institution, son Excellence Mamadi Condé.

Voilà le travail fait par la CENI.

Au peuple d’apprécier.

Comme tout le monde le sait, la fièvre hémorragique à virus Ebola s’est brutalement abattue sur notre pays, la Sierra Léone et le Libéria. Tous les programmes, y compris celui de la CENI ont été perturbés. Néanmoins, notre institution, en plus de sa participation à la lutte contre la propagation de ce virus maudit, est entrain de corriger les anomalies du fichier et organiser des séances de formation.

Chers compatriotes, honorables leaders des formations politiques, de la société civile, des sages, des religieux et des médias, pour l’amour de Dieu et le bonheur de notre Peuple, bonheur qui pointe à l’horizon, mais souvent bloqué pour une raison, un argument ou un simple prétexte, mettons la balle à terre. Mettons de côté la suspicion, les propos tels que : « on m’a dit que », « il parait que », « il semble que » etc.…

Jugeons la CENI, ses commissaires, ses cadres, techniciens et prestataires par ce qu’ils font concrètement sur le terrain et non par ce qu’on dit d’eux.

Personne ne peut empêcher un citoyen de s’inscrire sur la liste électorale, obtenir sa carte d’électeur ou de voter s’il en remplit les conditions.

A tous les niveaux du processus électoral, les acteurs politiques et les médias sont présents conformément à la loi et aux textes règlementaires consensuels. Tous les candidats aux élections sont représentés à la révision des listes électorales, à tous les niveaux du recensement et la totalisation des résultats (bureaux de vote, CACV et au niveau national).

Ils obtiennent copie des résultats de vote. Ces résultats sont affichés et publiés. Voilà l’essentiel du travail qu’il faut suivre et apprécier. La CENI, institution indépendante, est certes composée d’éléments issus de la société civile, des partis politiques et de l’administration. Mais une fois qu’on a prêté serment, on n’est plus représentant de sa base, on ne triche pas en faveur de sa base. Qui a triché un parti politique au profit de sa base dans son comportement concret, au cours du cycle électoral ? Montrez-le pour qu’il soit sanctionné. Il est antinomique de parler de neutralité, d’indépendance et en même temps parler de représentant. La CENI et ses démembrements collaborent à tous les niveaux avec les partis politiques, la société civile, les médias, l’administration et les partenaires étrangers. Mais il faut lire et comprendre les textes, les cadres légaux et règlementaires pour connaître comment se fait cette collaboration et dans quels domaines, elle se fait.

Ne confondons pas collaboration et co-gestion. La CENI collabore, mais ne co-gère pas.

Chers compatriotes Guinéens, pouvons-nous, nous efforcer à copier le Burkina Faso, pays des Hommes intègres, en tentant de nous intégrer nous aussi, combattre en nous et autour de nous,  l’égoïsme, le subjectivisme, l’irrationnel, l’injustice, l’impunité, en respectant la loi, la chose publique, les biens d’autrui, l’unité dans la différence, car nous sommes tous Guinéens nés par hasard quelque part en Guinée, parlant par hasard une langue de la Guinée, baignant par hasard dans des us et coutumes d’un coin de la Guinée, le dénominateur commun étant la Guinée dont chacun de nous occupe une partie de l’espace pendant une partie du temps définie par le Bon Dieu. Vivons donc afin de mieux vivre après la vie par l’accroissement de notre taux d’efficacité pratique et d’utilité à la société.

Conakry, le 20 Novembre 2014

Par Ibrahima Kalil Kéïta

Professeur, écrivain, Vice-Président de la CENI

Tél. : 664 37 52 20 / 622 79 03 79

 

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