L’opposition républicaine envisage d’organiser un meeting le dimanche 16 août 2017 à Kaloum. Elle entend ainsi exiger du gouvernement l’application effective des conclusions du dialogue politique du 12 octobre 2016. Pour parler de ce meeting et de bien d’autres questions, un reporter de Guineematin.com a rencontré ce vendredi 14 juillet 2017, Dr. Dansa Kourouma, président du Conseil national des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOCS-G).

Décryptage !

Guineematin.com : l’opposition républicaine veut organiser une manifestation le 16 août prochain à Kaloum, quelle est votre réaction ?

Dr Dansa Kourouma : la première réaction d’abord, je suis un partisan du dialogue et mon organisation par essence et par nature s’est donnée pour mission pour faire du dialogue un levier pour la gouvernance démocratique. Donc, les manifestations qui sont de nature à empêcher les citoyens de vaquer à leur activité, les manifestations qui dégénèrent en morts d’hommes et en acte de vandalisme, des manifestations qui étouffent l’économie nationale, nous, organisations de la société civile, on ne s’inscrit pas dans cette dynamique. S’il faut revendiquer un dialogue politique, on fait alliance avec l’opposition naturellement, pour que le dialogue ait lieu, parce que c’est autour d’une table de dialogue que les grandes questions peuvent être discutées. Mais, l’application de l’accord, le cadre par excellence, c’est le comité de suivi. La situation actuelle de la Guinée n’est pas propice à des manifestations intempestives, même si c’est un droit constitutionnel. Je précise déjà, nul ne peut empêcher une manifestation parce que c’est prévu par la Constitution, mais à condition que les procédures soient respectées pour la ténue de la manifestation et que l’autorité publique se rende compte qu’il n y a pas péril en la demeure. Pour moi, cet équilibre dans la prise de décisions pour la manifestation doit être recherché par les acteurs politiques et par la puissance publique.

Guineematin.com : êtes-vous ou pas favorable à la tenue d’un meeting à Kaloum ?

Dr. Dansa Kourouma : je n’ai aucun intérêt d’être d’accord ou de ne pas être d’accord ! Je pense que la meilleure façon de faire avancer la démocratie c’est de dialoguer. Je crois à une discussion autour d’une table. Le code électoral là a été obtenu grâce à un dialogue politique, sinon en aucun cas la Guinée n’allait adopter un code électoral pareil qui fait régresser le droit des citoyens, qui fait régresser le processus démocratique. Alors que c’est le dialogue qui leur a permis d’obtenir ces avancées, même contre le droit des citoyens. Je pense que le meilleur cadre, c’est de se retrouver autour du comité de suivi et de faire un dialogue direct avec le président de la République. J’encourage l’opposition, qui est déjà divisée sur cette question de manifestations, de se resserrer. Je suis partisan d’une opposition forte. Je pense que dans un pays qui est en construction démocratique, si l’opposition n’est as forte, le processus démocratique ne peut pas aller de l’avant.

Guineematin.com : on a appris que vous devez rencontrer Cellou Dalein, chef de file de l’opposition. De quoi sera-t-il question ?

Dr. Dansa Kourouma : c’est des prises de contact que j’ai avec les acteurs de la vie nationale. Et, j’ai des relations de travail, de discussion sur des questions nationales avec le chef de file de l’opposition dont je respecte la capacité d’écoute naturellement. Alors, il y a des manifestations qui pointent à l’horizon. Ma mission, au nom de la société civile, c’est de lui demander quels sont les éléments qui sont contenus dans leur plateforme revendicative, pour qu’en tant qu’acteur de médiation, pour qu’on puisse obtenir leur mise en application au-lieu d’exposer la population, au-lieu de faire encore d’autres victimes. Je pense que l’épée de Damoclès des manifestations en Guinée a contribué à dénaturer l’économie et à dévier les guinéens de leurs vrais problèmes, de leurs vraies préoccupations.

Guineematin.com : l’opposition républicaine se plaint du retard accusé dans l’application de l’accord politique du 12 octobre. Avez-vous entrepris quelque chose pour leur application ?

Dr. Dansa Kourouma : la première chose que nous avons faite, c’est d’abord donner force à la loi. On n’était observateur au cadre de dialogue, mais on n’a pas cautionné les éléments de l’accord, surtout le code électoral, surtout sur un certain nombre d’éléments qu’on a estimé étant une dictature. Le cadre de suivi, nous avons accepté de siéger où les représentants de l’opposition, pas les moindres, siègent. La dernière réunion, il y a eu une évaluation de la mise en application de l’accord politique, personnellement j’ai fustigé, pourquoi il y a du retard. Vous savez, quand on négocie, on peut ne pas être d’accord sur tout, mais quand on est d’accord sur un élément, l’autorité a l’obligation de le respecter. Un État n’existe que s’il est capable de respecter ses engagements. Je pense très sincèrement, c’est une préoccupation que je partage avec l’opposition car des engagements sont pris ils ne sont pas respectés. Ça ne doit pas être comme ça, quand on signe un accord politique, on doit pouvoir le respecter. Tous les engagements ne sont pas respectés, mais je trouve dans ça de la volonté du ministre de l’administration du territoire à prendre le taureau par les cornes pour que les points qui sont en retard soient appliqués. Parce que l’élément le plus difficile de l’accord politique était l’adoption du code électoral. Parce que c’est là qui a activé toutes les controverses à ce dialogue politique. Je pense que ce point est dégagé, même s’il y a des frustrations et de la méfiance. Aujourd’hui l’opposition républicaine, c’est-à-dire d’ailleurs les acteurs politiques, doivent donner force au comité de suivi et accepter de se retrouver pour une évaluation de la mise en application de l’accord politique. Si les arguments donnés par le président du cadre de dialogue, moi je n’ai pas compris qu’il y avait de la frustration au niveau des acteurs politiques, parce que c’est une activité qui s’est passée dans une ambiance, en bon guinéens. Et la volonté par rapport à un certain nombre de choses ont exprimées et on n’a demandé au Ministre de l’administration du territoire de faire tout ce qui est possible de faire, pour que les points qui ne sont pas appliqués soient appliqués. Mais il y a des questions qui sont encore bloquées : la mise en place en place de la Haute Cour de justice, on ne peut pas imputer ça au gouvernement. Au sein de l’Assemblée nationale, il fallait attendre l’adoption du règlement intérieur et les conditions de désignation des délégués de l’Assemblée pour la mise en place de cette institution. Aujourd’hui, si on analyse objectivement il y a la volonté du côté du ministre de l’administration du territoire de faire avancer les choses, mais l’Etat ne parvient pas encore à respecter ses engagements. Je vois qu’il y a du retard, mais dire que ce retard est délibéré, je l’ai pas sentir lors des discussions.

Guineematin.com : quel regard portez-vous sur la crise que travers la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) en ce moment ?

Dr. Dansa Kourouma : d’abord, avant de quitter la Guinée, nous avons mis en place des démarches pour réfléchir sur la crise qui mine l’institution en vue d’anticiper les réponses. Donc, un petit cadre de travail a été mis en place où il y avait certains acteurs de la société civile qui participaient. Alors, ce cadre de travail a pris position par rapport au cas de la CENI. Malgré mon absence au pays, toutes les initiatives qui ont été menées à mon absence, je les encourage, je suis de la société civile. Donc, la société civile ne se résume pas au CNOCS-G, il y a d’autres acteurs. Donc, toutes les initiatives qui ont été menées, on les encourage. Le cadre de concertation avec le Balai citoyen, avec certaines organisations dont le CNOCS-G, également la CANEG qui s’est inscrite dans une logique de rapprochement des positions. La CONASOC et la PCUD aussi ont mené une réflexion dans le cadre de la CENI. Je suis totalement solidaire et nous encourageons ces réflexions. En ce qui me concerne, la crise à la CENI est liée à trois choses fondamentales : la première chose, c’est une crise de leadership au niveau de la CENI. La crise qui s’est passée pouvait être résolue et anticipée. Si vous vous rappelez, il y a trois semaines, on a convoqué une conférence de presse où on a encouragé les membres de la CENI à renforcer le dialogue. C’est après notre discussion avec la CENI, ils étaient sur le point de s’entendre sur la mise en place d’une commission de gestion et de suivie de la gestion des ressources de la CENI. Donc, le gros problème de la CENI, c’est le management utilisé dans la gestion des ressources et des opérations électorales. Ça n’inspire pas confiance, parce que la CENI est perçue comme une institution où il y a de l’argent à prendre dans tous les sens. Donc, avec deux ans de la fin du mandat des commissaires, il est important que les gens s’interrogent qu’est-ce qu’ils deviendront après la CENI ? La deuxième chose fondamentale qui mine la CENI, c’est naturellement les conditions même de sa mise en place. La cause fondamentale c’est que la CENI a été mise en place par une précipitation, elle est sous une dictature des partis politiques. Et pourtant les partis politiques ne respectent pas l’indépendance de l’institution. La troisième chose qui mine la CENI, c’est le type de CENI qu’on a. Il faut reconnaître que quand la CENI est majoritairement politique, on ne peut pas échapper à une ingérence politique dans la gestion de l’institution. Donc, en gros une organisation chargé d’organiser les élections doit être mise en place selon un processus participatif.

Guineematin.com : quelle solution proposez-vous pour le dénouement de cette crise ?

Dr Dansa Kourouma : pour l’instant, nous n’avons pas sorti une proposition de sortie de crise. Mais selon l’analyse qui a été menée par mon institution, il y a deux voies, la première est à court terme : c’est comment créer la fidélité au niveau de la CENI actuelle, pour qu’elle soit capable d’organiser les élections locales dans les meilleurs délais cette année et que l’année prochaine les législatives et 2020 les Présidentielles. Pourquoi ? Pour éviter de concentrer les élections et faire en sorte qu’on ne tombe dans le scénario congolais, éviter un report des élections présidentielles. Donc, on veut que le calendrier électoral soit respecté, que les locales se tiennent en 2017 et les législatives en 2018 et 2020 les Présidentielles. Donc à court terme, c’est de faire une méditation pour que les commissaires acceptent de se faire confiance avec un leader mais avec la garantie de réédition des comptes. Toute action au niveau de la CENI doit avoir pour colonne vertébrale la capacité de management de l’institution pour que les locales soient organisées dans une sérénité. Et deuxièmement, ce qui me semble être déterminant, c’est la transparence dans la gestion. Donc, en gros si ces réalités sont réglées à coût terme, la crise peut avoir un dénouement favorable. L’autre chose que je vais ajouter, il faut que la Guinée se dote d’une CENI plus technique, plus apolitique.

Guineematin.com : quel appel avez-vous à lancer avant la fin de cet entretien ?

Dr. Dansa Kourouma : le dernier mot, j’appelle les acteurs de la CENI à une unité d’action. Il ne faut pas montrer l’impression qu’on veut chasser les commissaires et monter à leur place. Cette façon de prendre position doit se faire avec beaucoup de réflexions. Les initiatives qui ont été prises par les autres organisations de la société civile, en tant que conseil national, nous les encourageons, nous sommes ouverts à un cadre de travail pour qu’on puisse avoir un document qui va aider la Guinée à sortir de la crise actuelle et de prévenir les crises futures.

Propos recueillis et décryptés par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. (00224) 621 09 08 18

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