Le procès des présumés assassins du journaliste Elhadj Mohamed Koula Diallo a été renvoyé pour la deuxième fois par le Tribunal de Première Instance de Dixinn. Un renvoi demandé par le substitut du procureur Alseny Bah, qui veut bien comprendre le dossier avant l’ouverture de débats. Avocats de la défense et de la partie civile ont diversement apprécié cette demande à laquelle a accédé le juge Mangadouba Sow, a constaté sur place Guineematin.com, à travers deux de ses reporters.

Après ce renvoi, les avocats des deux parties ont donné leur point de vue à la sortie de l’audience.

Pour maître Emanuel Bamba, l’un des membres du collectif des avocats de la partie civile dans ce dossier, ce renvoi est dans la pure légalité. «Dans un procès pénale, il y a trois parties à savoir : le ministère public, la partie civile et la défense. Chacune des parties a bien le droit de proposer au juge des demandes. Et en l’espèce, le ministère public a estimé que pour l’instant, il ne se sent pas prêt par exemple pour poser des actes de procédure notamment le réquisitoire. Donc, il a sollicité que le tribunal veille accepter de renvoyer cette affaire à quinzaine. Ce qui n’est pas contraire à la loi parce que les dispositions du code de procédure pénale, permettent que le juge puisse suspende par exemple les débats dans ce genre de dossier et renvoyer à une date fixe pour permettre aux parties, soit d’être préparer pour assurer la défense de la cause, ou alors pour poser tel ou tel acte de la procédure. Nous sommes dans la pure légalité. Cette demande de renvoi n’est pas contraire à la loi », a-t-il expliqué.

Parlant du rejet de la demande de la mise en liberté provisoire des détenus, l’avocat estime que le juge ne peut pas prendre le risque de libérer les deux seuls détenus sur les cinq accusés. «Dans ce dossier, il y a 5 accusés. Trois sont en fuite. Alors le juge ne peut pas prendre le risque de mettre les deux en liberté provisoire au risque de ne pas les revoir la prochaine fois à la barre », a-t-il argumenté.

De son côté, le collège d’avocat de la défense, par la voix de maître Salifou Béavogui dit que ce renvoi les inspire de la révolte. « En tant qu’avocat de la défense ce renvoi nous inspire de la révolte de continuer à assister à la détention de nos clients qui sont innocents dans cette affaire mais malheureusement qui sont en prison depuis 2016. Cette affaire a été contradictoirement renvoyée au 11 septembre 2017. Effectivement, elle a été mise au rôle, elle a été appelée. Mais curieusement, le parquet de Conakry 2, représenté par monsieur Alsény Bah, a sollicité le renvoi de cette affaire au motif qu’il n’a pas la maitrise de la procédure. Que c’est un autre procureur, en la personne de monsieur Mohamed Samoura qui suis le dossier. Nous avons rétorqué avec violence en disant que le parquet est un et indivisible. Le parquet est interchangeable, le parquet c’est l’unicité, cela veut dire qu’un procureur peut lancer une procédure, et celle-ci pourrait être suivie par un autre et ainsi de suite. Ce n’est pas comme les magistrats de siège. Lorsqu’un magistrat lance une procédure, il va jusqu’au bout. Malheureusement ce dossier a été renvoyé parce qu’un procureur est absent, pendant que nos clients sont en train de mourir à petit feu en prison. Ce qui viol le principe sacro saint du ministère public qui est l’unicité et l’interchangeabilité », a martelé l’avocat.

Évoquant à son tour la question de la demande de mise en liberté provisoire de leurs clients, l’avocat précise : «nous avons demandé une seconde fois la remise en liberté provisoire de nos clients, pour la bonne et simple raison que leur détention n’est plus nécessaire à la manifestation de la vérité. Un collectif est constitué, c’est des pères de familles, ils ont de garanties suffisantes de représentativité. Nous avions pensé que le tribunal aurait eu le courage d’accéder à cette demande. Mais, contre notre corps défendant, le tribunal a accédé à la demande de renvoi du parquet, ce qui nous a surpris. Et malheureusement, sans une raison valable, notre demande a été rejetée. Donc, nous sortons de cette audience triste, parce qu’une fois encore nous avons raté un principe du droit pénal qui est la continuation des débats en dépit du changement du ministère public au cours d’une audience criminelle ou correctionnelle. Ce qui est déjà une rétrogradation du droit dans notre pays » a-t-il regretté.

Saidou Hady Diallo et Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

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