Me Aminata Barry« Je suis de Dabola, donc de la Haute Guinée avec mon identité peulhe. Rien ne me fera renoncer à Dabola, mon berceau natal », écrit Maître Aminata Barry, la fille de BARRY Diawadou, assassiné au Camp Boiro en 1969

Votre site d’informations en images, vidéos et audio, Guineematin.com, est aussi un organe d’expression libre où vous pouvez défendre vos opinions et exprimer vos points de vue. C’est dans cette rubrique, « Libre Opinion » que Guineematin.com reçoit une dame de renom : Maître Aminata Barry, la fille de BARRY Diawadou, assassiné au Camp Boiro en 1969.

1-    Des questions qui interpellent

La Guinée n’a jamais fait comme tout le monde et c’est curieux.

Elle a toujours été avangardiste avant de finir dernière de la classe.

Pourquoi ?

Les exemples jalonnent son histoire.

Fille aînée des indépendances, elle n’a jamais été aussi dépendante.

Pourquoi ?

Dotée de tout, on l’a suffisamment dit, elle a toujours été enviée, puis conspuée.

Pourquoi ?

A elle seule, elle comprend 4 régions naturelles aussi différentes qu’interdépendantes, aucune ne pouvant se passer de l’autre, donc condamnées à être unies, elle n’a jamais été aussi décousue.

Pourquoi ?

Au cours de ses pérégrinations, elle a toujours failli basculer dans l’irréparable, mais s’est retenue en freinant à mort, malgré l’horreur dans laquelle ses fils l’ont souvent baignée.

Comment a-t-elle fait ?

Comment avons-nous fait pour nous contenter jusque là, à nous regarder en chiens de faïence avec des crocs qui ont beaucoup mordu jusqu’à ce que mort s’en suive helàs ! Mais on a toujours réussi à recoller les morceaux de cette chair en gardant en nous une haine d’encre que l’on tente d’étouffer jusqu’à la prochaine poussée de fièvre, car on n’a jamais pu purger ce feu qui couve, et tout le monde le sait.

Comment faire pour éviter le chaos définitif ?

En 2006 et 2007, elle a failli renverser la situation par la seule poignée de ses forces sociales, inaugurant un printemps guinéen, bien avant celui des Arabes qui s’est abatardi par l’intégrisme islamique déviationniste auquel il a servi de cheval de Troie.

Vu que ce chemin avant-gardiste pouvait conduire à changer le cours des choses, sans les forces armées, coutumières des faits.

Ayant eu peur de ce précédent guinéen, le syndicat des chefs d’Etat s’est vite dépêché de nous envoyer un empêcheur, Babaguinda, pour stopper l’effet de contagion guinéen et on parla pompeusement de « gouvernement de large consensus » sous le magistère d’un Général très jaloux de son fauteuil qu’il réussit à sauver.

S’en est suivi un changement factice qui n’accoucha d’aucune réforme réelle, puisque la  constitution resta fragilisée par un homme fort qui demeura.

A quoi aura servi ce printemps guinéen ?

Les forces sociales rien qu’elles, sans les politiques, ni l’armée avaient tenté et avaient  échoué.

Pourquoi ?

L’ethnocentrisme d’Etat érigé en mode de gouvernance ne réussira pas d’avantage,  parce que c’est la Guinée tout simplement.

Aucune région, aucune ethnie ne pouvant prospérer toute seule, vu le brassage démographique coagulé en une population métissée en grande proportion.

La guerre  religieuse entre chrétiens et musulmans ?

Elle n’y a jamais pensé, malgré l’écrasante majorité musulmane illustrant une laïcité à toute épreuve.

En dépit de ces atouts certains, nous n’arrivons toujours pas à pacifier ce climat volcanique pour penser au développement réel du pays.

Pourquoi ?

Elle n’a pas attendu non plus les consignes de la Baule du Président François Mitterrand pour se doter d’une démocratie avec une constitution prônant le multipartisme intégral et une limitation du mandat présidentiel, avant de tout remettre en cause pour une présidence à vie.

Pourquoi ?

2)    La réécriture d’une nouvelle constitution

* Comment éviter le piège de l’ethnostratégie ?

Le général Lansana Conté avait vu juste en ne proposant que deux Partis politiques dans la première version de la loi fondamentale. A tort, il dut céder à la pression pour passer à un multipartisme intégral.

La coagulation autour des ethnies ne se fit pas attendre avec le résultat que nous connaissons aujourd’hui.

Ce fait accompli s’est emmuré en blocs correspondant aux quatre régions naturelles.

Il est difficile, sinon impossible de revenir en arrière.

Au risque d’en choquer plus d’un, je pense qu’il faudra en assumer toutes les conséquences en affrontant courageusement cette donnée ethnique en la renversant à l’avantage de tout le monde dans l’intérêt supérieur de notre pays.

Je reste persuadée que la démocratie à l’occidentale n’est pas adaptée à nos sociétés agrégées autour des ethnies. On ne peut faire semblant d’ignorer cela.

Chez les Européens et plus près de nous en France, il y a les Bretons, les Basques, les Corses, etc… ; ce problème identitaire ne s’y pose pas au point de remettre en cause les fondamentaux de la Nation Française ; la République y veille jalousement.

Toutes nos constitutions sont du copier-coller de ce que nous avons importé.

Il n’y a aucune adhérence entre ces textes étrangers et nos coutumes et valeurs.

La Guinée qui a souvent été pionnière doit innover encore une fois en instituant une présidence tournante, un quinquennat à tour de rôle et par région.

Les constitutionalistes devraient se pencher sur cette proposition sans jouer « aux vierges effarouchées ». Le sujet est suffisamment sérieux.

L’abus de position dominante conduit le détenteur du pouvoir à coaguler autour de lui son ethnie en tribalisant tous les postes.

Les frustrations deviennent inévitables; s’en suivra un repli identitaire des autres, devenus presque des rebuts de la société par une malveillante politique d’exclusion.

Le Mali est entrain d’en payer le prix fort en perdant le  grand Nord par une menace de sécession. Ce n’est plus qu’une question de temps.

La Côte D’Ivoire devra se ressaisir, il est encore temps, même si pour le Nord de la Côte D’Ivoire cela est perçu comme une revanche du destin, vu que le Sud et le groupe Akan avaient régné avec splendeur sous l’ère Houphouët.

Mais à cette époque et j’y étais, cette pratique était plus discrète qu’elle ne l’est aujourd’hui sous le règne de  Ouattara et c’est étonnant de la part d’un si brillant cerveau qui a pourtant bien profité du pouvoir Baoulé à l’époque du Président Houphouët Boigny.

En Guinée, nous avons la chance d’avoir quatre régions naturelles à l’intérieur desquelles il y a un formidable brassage ethnique. Chacune de ces ethnies se réclame plus de la préfecture natale que de celle dont il est originaire par son ethnie.

C’est une énorme grâce.

Comme illustration, j’en suis l’exemple vivant. Je suis de Dabola, donc de la Haute Guinée avec mon identité peulhe. Rien ne me fera renoncer à Dabola, mon berceau natal.

Madame Bah Oumou Timbo m’avait bien fait remarquer la chance inouïe que nous avions de transcender la barrière linguistique en communicant d’une langue à une autre, chacun faisant l’effort de comprendre ce que l’autre dit dans son dialecte.

Toutes ces crispations ethniques sont liées à des logiques d’exclusion.

L’espace public existe, il est neutre  et s’impose à tout le monde quelle que soit l’ethnie ou la région.

Toutes ces différences ethniques que je qualifie de nuances ethniques, vu le métissage de la population, sont à repenser de manière à les rendre harmonieuses, donc enrichissantes pour notre nation irisée.

La captation de cet espace  public par une ethnie qui tenterait de s’imposer à toutes les autres en le confisquant doit être anti constitutionnelle.

Ce comportement doit figurer en bonne place dans la nouvelle constitution.

Pour aérer la démocratie, il faut combattre le culte de la stabilité politique qui étouffe toute remise en cause.

Il faut se convaincre et convaincre les autres que lorsqu’on a perdu, on peut revenir dans le jeu une autre fois en gagnant.

Les femmes, les jeunes, la société civile sont de nouveaux venus dans la sphère politique à l’instar des Partis. Ces acteurs doivent être pris au sérieux, à condition qu’ils se prennent eux même au sérieux, vu le poids écrasant qu’ils représentent.

La gestion ethnique du pays devrait être sanctionnée à l’échelon le plus élevé, celui de la constitution, la norme suprême.

La sélection des nominations par l’ethnie a conduit à écarter les meilleurs au profit des médiocres et cela se ressent à tous les niveaux. On ne peut plus continuer à laisser faire au nom de l’espace public. 

A SUIVRE …

Maître Aminata BARRY

     Fille de BARRY Diawadou

                Assassiné au Camp Boiro en 1969.

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