Cellou Dalein Diallo, président de l'UFDG, chef de file de l'opposition guinéenneC’était quand même un pari risqué pour le chef de file de l’opposition. Les autorités locales saisies ont refusé l’ouverture d’un siège du principal parti de l’opposition guinéenne. Mais, comme promis, Cellou Dalein Diallo a bel et bien présidé, ce mercredi 24 décembre 2014, la cérémonie d’inauguration du siège de l’UFDG à Coronthie, dans la commune de Kaloum, siège de l’Administration, de plusieurs institutions et des affaires. 

Le risque ? Ce n’était pas forcément contre des militants (de plus en plus rares) du parti au pouvoir, qui ont voté pour la grande majorité contre la gouvernance actuelle, qui les rendent chaque jour plus pauvres, plus vulnérables et plus divisés qu’ils ne l’étaient la veille. La crainte, c’était contre ceux que les politiciens appellent des gens manipulés, probablement « importés », et surtout les forces de l’ordre qui ont toujours réprimé les opposants en Guinée sur ordre du pouvoir…

Il y a peu, c’étaient les militants d’Alpha Condé qui subissaient la répression du pouvoir (dont Cellou Dalein a longtemps été un des hauts responsables) ; et, depuis 2010, les militants de Cellou Dalein Diallo (et tous ceux qui sont jugés comme tels) subissent la colère du nouveau maître de la Guinée. C’est ainsi que les nombreuses manifestations électoralistes ont donné le prétexte à de multiples répressions des forces de l’ordre : un enfer pour les citoyens qui ont enregistré plus de cinquante morts parmi eux, uniquement pour avoir une assemblée nationale qui, jusque-là, ne fait qu’enregistrer le desiderata budgétaire et institutionnel du pouvoir. Même en faisant du bruit, ça n’a aucun poids, sauf pécuniaire au profit des « honorables élus ». Interrogé sur RFI, Lansana Kouyaté avait démontré par A+B que ceux qui voulaient (contrairement à lui) aller à l’Assemblée, n’apporteraient que du crédit pour ce régime qui avait mal organisé les élections. « Ils ne pourront rien ! », avait prévenu le seul élu qui s’est gardé de « souiller » son combat politique contre des sommes d’argent et des avantages que se distribuent nos « honorables élus » depuis maintenant un an…

Par ailleurs, cet-après-midi, à Kaloum, une autre « auto invitation » du président Condé n’était pas à exclure, comme il l’avait fait dans une mamaya qui sanctionnait un mariage où Hadja Halimatou Dalein Diallo était la patronne. On se rappellera longtemps de cet autre après-midi, très dansant ; quand le président de la République a voulu se montrer meilleur danseur que l’épouse de son adversaire politique. C’était le 14 juillet 2012, au boulevard Diallo Telli, dans la commune très prisée de Kaloum.

La dernière défiance de Condé à Dalein, il y a juste quatre jour, le samedi 22 décembre 2014, au siège du PUP. Mais- contrairement à son épouse qui avait bien « chauffé le coin » avant de bouger ; et, qui avait longtemps imposé le rythme endiablé de « Cellou Laamikhééé » de Lama Sidibé, contre le « A bamban n’fari ! Alpha bamban n´fari haa Sékoutouréah » du chef de l’Etat- l’opposant avait cédé à la fois son fauteuil et aussi les micros à son adversaire. Aux médias qui « l’embêtaient » avec la même question : pourquoi avoir cédé « son » fauteuil et les micros à son adversaire, Elhadj Cellou Dalein Diallo n’a pas appelé cela « être peureux » ou reculer devant son adversaire, le patron de l’UFDG s’est trouvé plutôt « républicain »… Et, ce sont les membres de sa garde qui se sont « débrouillés » face à l’improvisation présidentielle et de sa garde. Respectueux et affable face au président Condé, Cellou ne lancera ses « pics » qu’après le départ de ce dernier…

Aujourd’hui également, à Kaloum, Cellou Dalein Diallo (qui a rencontré un cortège présidentiel) a demandé à son cortège de  freiner « bouge pas », jusqu’à ce que le dernier accompagnateur du cortège présidentiel finisse de passer ! Une attitude forcément responsable. Parce que aujourd’hui, justement, il s’agissait d’un cortège funèbre, même s’il ne relevait pas de la présidence…

Mais, en général, le chef de file de l’opposition guinéenne est très « responsable » quand le président de la République apparaît ! Même s’il le critique, quelques fois avec une certaine sévérité, mais c’est à son absence ! Rarement face à face… Ce n’est pas pour rien qu’on prête au président Alpha Condé la ferme volonté d’aider Elhadj Cellou Dalein Diallo à garder une position indiscutable à la tête de l’opposition guinéenne… Qui pourrait haïr un « républicain » comme « principal adversaire » !

À féliciter ou à blâmer, cette façon du président de l’UFDG de s’opposer « poliment » ne peut que plaire Alpha Condé, son système et tous ses sympathisants, heureux d’avoir un « républicain », un pacifiste qui ne fait son combat, lutte et tous ses « guérés » que pour ceux qui l’écoutent… Mais, qui, face à l’adversaire, est respectueux, poli, républicain… « Mon jeune frère Cellou Dalein Diallo est un garçon très poli… », se jouait de lui Alpha Condé, à l’entre-deux tours des présidentielles de 2010, qu’il remportera finalement !

Un comportement aux antipodes des opposants anciennement connus et réputés, surtout un Bâ Mamadou (qui obligea un jour Lansana Conté à le laisser passer le premier sur un pont)… Et puis, un certain… Alpha Condé, qui a toujours brocardé ses adversaires… Il n’aurait d’ailleurs serré la main du président Conté qu’à l’occasion du décès de la maman de ce dernier. Être jugés « poli, respectueux et républicain » par l’adversaire, de surcroît détenteur du pouvoir, c’était l’exact-contraire d’Alpha Condé, comme tous les opposants qui ont remporté les élections contre le gré des tenants du pouvoir…

Vive le changement !

Nouhou Baldé

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