Arrivée du président à la mosquéeLe président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) s’est de nouveau lancé dans une tournée en Europe, au lendemain de l’ouverture des travaux de la Session des Lois de l’Assemblée nationale, alors qu’il venait à peine de rentrer d’un long périple en Amérique du Nord. Finalement, certains observateurs commencent à juger de l’opportunité de ces déplacements, qui au lieu de servir d’atouts, pourraient plutôt perdre Cellou Dalein Diallo, dont l’absence au pays laisserait un vide profitable à ‘’ses adversaires’’ pour piper les dés dans la perspective de la présidentielle prochaine.
Le chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo n’a fait qu’un bref passage à l’Assemblée nationale, dont les travaux ont été ouverts il ya une dizaine de jours, avant de s’envoler pour la Suisse, où il devait prendre part à la  16ème  édition du Forum Crans-Montana du  15 au 17 octobre, dans un hôtel ‘’huppé’’ au bord du lac Léman à Genève.

Le panel des participants à ce Forum est certes constitué de personnalités de hauts rangs, venues de divers horizons, mais bien des gens trouvent que le président de l’UFDG n’a pas toujours besoin de quitter le pays,  surtout quand il ya ‘’péril en la demeure’’. La Guinée étant confrontée à la pire des crises sanitaires qui pourrait avoir des répercussions sur le calendrier électoral. « L’absence est le plus grand des maux », a écrit La Fontaine. Une assertion qui devrait inspirer Dalein, qui  doit éviter de prendre des vessies pour des lanternes. C’est du moins l’avis de certains observateurs avertis qui soupçonnent le pouvoir de s’aventurer de plus en plus sur les plates-bandes de l’opposant. Avec des mouvements de soutien au président de la République qui naissent au fil des jours en Moyenne Guinée, dont le but serait simplement de provoquer une hémorragie au sein de l’électorat de l’UFDG.

Les clins d’œil du professeur Alpha Condé aux populations de cette région, votre semainier en a d’ailleurs fait cas dans une de ses récentes livraisons. Et la visite du chef de l’Etat à Mamou vendredi dernier ne serait qu’un couronnement de toute cette stratégie de rapprochement mise en œuvre par certains fieffés du palais, originaires de la région. Dans l’entourage du président de l’UFDG on n’a pas l’air de prendre la mesure de la situation. Sans oublier  cette lassitude qui semble faire son chemin dans les rangs du parti, avec des militants qui commencent à ne plus croire en la possibilité d’une alternance en 2015. Quand on sait que le vide créé par l’absence de Dalein et Sidya au pays, de façon récurrente  offre une brèche à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de préparer des élections dont l’issue ne sera favorable qu’au parti au pouvoir. Il suffit d’entendre les cris d’alerte du commissaire Etienne Soropogui, pour s’en convaincre.

L’autre facteur  qui  pourrait jouer en défaveur du  président de l’UFDG  est cette histoire de candidature unique, qui ne fera que donner un coup de grâce à l’opposition. Du moins de ce qu’il en reste, quand on sait que l’opposition guinéenne n’existe aujourd’hui que de nom. L’UFDG et l’UFR, les deux principales formations politiques qui la composent étant sur le point de se crêper le chignon, dans la perspective de la présidentielle à venir, autour de cette question de candidature unique.  Les autres partis dont  le PEDN de Kouyaté et le GPT n’ayant en réalité aucune assise électorale. Si on se fie en tout cas aux résultats des dernières législatives. D’ailleurs  Lansana Kouyaté et Kassory Fofana  semblent avoir  rangé depuis les armes. Le premier étant absent du pays, depuis belle lurette. Ses détracteurs l’accusent d’avoir fui le virus Ebola. Quant à Kassory, il pense satisfaire ses lubies en devenant le futur Premier ministre d’Alpha Condé. Un rêve qu’il aurait toujours caressé. Grade dont il a absolument besoin pour se hisser au même rang que Dalein, Sidya et Kouyaté. Ce trio d’anciens pontes de la deuxième République reconvertis en hommes politiques, qui a raté la marche menant au palais Sékhoutouréah lors de la présidentielle de 2010. Et à l’allure où vont les choses, rien ne semble présager l’accession au pouvoir d’un de ces leaders politiques. La raison, il ne faut pas la chercher ailleurs, que dans nos mœurs politiques. Le pouvoir a toujours réussi à affaiblir l’opposition en Guinée. Sous l’ère Sékou Touré, la dictature avait eu raison de tous ceux qui avaient un son de cloche différent de celui du président. Son successeur Conté avait à son tour réussi à réduire son opposition à la plus petite expression. Alpha Condé vivait le clair de son temps hors du pays. Une absence qui justifie son score de 18 pour cent lors du premier tour de l’élection de 2010.

Quant à Bah Mamadou et Siradiou Diallo, ils avaient fini par ne plus peser grand-chose dans la balance électorale. Le général Conté a été simplement trahi par sa santé. Ce qui a mis fin à son pouvoir. Et c’est malheureusement le remake de ces scénarios d’une opposition ‘’faible’’ face à un pouvoir ‘’hégémonique’’  qui guette notre pays, à la grande satisfaction des oligarques.

In L’Indépendant